novembre 30, 2020

Nosfera2 – Joe Hill

Auteur : Joe Hill

Editeur : J.C. Lattès

Genre : Horreur

Résumé :

Il suffit que Victoria monte sur son vélo et passe sur le vieux pont derrière chez elle pour ressortir là où elle le souhaite. Elle sait que personne ne la croira. Elle-même n’est pas vraiment sûre de comprendre ce qui lui arrive.
Charles possède lui aussi un don particulier. Il aime emmener des enfants dans sa Rolls-Royce de 1938. Un véhicule immatriculé NOSFERA2. Grâce à cette voiture, Charles et ses innocentes victimes échappent à la réalité et parcourent les routes cachées qui mènent à un étonnant parc d’attractions appelé Christmasland, où l’on fête Noël tous les jours ; la tristesse hors la loi mais à quel prix…
Victoria et Charles vont finir par se confronter. Les mondes dans lesquels ils s’affrontent sont peuplés d’images qui semblent sortir de nos plus terribles cauchemars.

Avis :

Quand on a un papa connu et que l’on suit ses traces, il faut généralement mettre les bouchées doubles pour percer. Alors certes, on peut avoir le piston du daron, mais si on choisit la même voix que son paternel et que celui-ci cartonne dans ce qu’il entreprend, pour sortir de son ombre, ce n’est pas une chose aisée. Certains y sont arrivés en restant dans le même domaine artistique, mais en dérivant vers un autre genre. Prenons par exemple Alexandre Aja qui est parti vers l’horreur pour ne pas faire comme son père, Alexandre Arcady. On peut aussi citer le fils de David Cronenberg ou encore Sofia Coppola. Bref, les exemples sont multiples. Mais s’il y a en a bien un pour qui ça a dû être très compliqué, c’est Joe Hill. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est le fiston de Stephen King, et comme son papou d’amour, il a décidé d’écrire des romans d’horreur, tout en s’affranchissant du patronyme « King ». Pour autant, il a réussi à convaincre, plusieurs fois, et plus particulièrement avec Nosfera2 qui aura droit à son adaptation en série télé.

L’histoire se concentre sur Victoria McQueen, de sa plus tendre enfance jusqu’à son âge adulte. Œuvre plus ou moins fleuve, Joe Hill va prendre le temps de bien raconter la vie tumultueuse de la jeune femme pour nous expliquer ses choix de vie et sa difficulté à rentrer dans une vie dite normale. Toute jeune déjà, à l’aide de son vélo, elle pouvait créer un pont qui l’amenait dans des endroits précis pour retrouver des choses. Elle va alors rencontrer des personnes qui ont des facultés extraordinaires comme elle, comme piocher des lettres de Scrabble pour deviner l’avenir ou encore créer tout un pays imaginaire pour enfermer les âmes d’enfants kidnappés. En grandissant, Victoria va tomber sur Charlie Manx, un kidnappeur dénué d’empathie qui emmène les enfants à Christmasland, un monde qu’il a créé de toutes pièces grâce à son pouvoir. Enfermé puis laissé pour mort, c’est lorsqu’elle devient maman que Charlie Manx revient d’entre les morts pour kidnapper son enfant. Une course contre la montre se met alors en place mais la police et le FBI pense que Victoria est complètement siphonnée. Voici en gros, très gros, le fond de l’histoire, qui commence à l’enfance, pour se terminer à l’âge adulte.

Et il va être difficile pour Joe Hill de renier les liens familiaux avec son père, car on retrouve la même façon d’écrire et surtout, les mêmes thématiques. Ici, on aura droit à un regard à la fois tendre et acerbe sur l’enfance, notamment sur tous ces enfants qui sont malmenés par leurs parents ou qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils font à leur progéniture. Une enfance qui va trouver des égos dans les enjeux du méchant de l’histoire, ne kidnappant que des enfants issus de familles malheureuses dans lesquels ils sont maltraités. Une enfance qui trouve un écho dans la vie de l’héroïne, qui va être quasiment incapable de bien s’occuper de son fils à cause du traumatisme de Charlie Manx, mais aussi de son addiction à l’alcool et à certains produits illicites. Tout comme son père, il y aura aussi un énorme rapport à la création et à ce besoin de créer pour se sortir du quotidien et de certaines phases de folie. Vic dessine, retape des motos, et va même devenir une auteure à part entière en faisant des livres pour la jeunesse. Il y a un vrai travail sur la création, même auprès du grand méchant, qui se crée un monde à lui, pour héberger des enfants qu’il estime malheureux. Enfin, comme avec Stephen King, on aura droit à certains clins d’œil au sein d’un univers qui pourrait très bien s’étendre avec des tomes suivants.

Outre les thématiques qui sont bien présentes et très bien exploitées (en même temps, le livre que j’avais entre les mains faisait 870 pages, il y a donc de quoi raconter des choses), l’autre gros point fort du livre réside en la présence de personnages très attachants. Bien évidemment, le personnage le plus travaillé est Victoria, cette jeune enfant un peu rebelle qui va devenir une maman particulière. On va suivre son évolution, on va voir ses blessures, ses démons intérieurs, et malgré des prises de position parfois pénibles, comme son incapacité à aimer de façon simple, on va ressentir une profonde empathie pour elle. Sorte de mère courageuse badass, Joe Hill croque parfaitement ce bout de femme forte qui en aura chié toute sa vie. A ses côtés, Charlie Manx convoque un méchant convaincant, pourri jusqu’à la moelle et dont on a qu’une seule envie, qu’il crève vite, lui et sa gueule de plouc. Pour autant, c’est surtout son bras droit qui sera une véritable ordure, un psychopathe de première qui abuse des mamans en les droguant et en leur faisant faire des saloperies sexuelles avant de les buter. Encore une fois, Joe Hill va au fond de la psyché d’un taré et nous offre un tableau très sombre pour un personnage dont la finalité réjouit. Beaucoup. Enfin, difficile aussi de ne pas aborder les personnages secondaires comme Louis Carmody, ce papa obèse, geek et pourtant adorable. Sorte de nounours sur lequel on peut compter, il n’intervient pas beaucoup, mais il est important dans l’histoire car il canalise Vic et demeure un socle solide pour sa stabilité mentale.

Enfin, la chose la plus importante dans un tel récit, c’est de savoir s’il fait peur ou non. Et à première vue, ceux rompus à ce style n’auront pas peur, mais le roman possède quelques passages qui sont vraiment sales. La cave de Bing Partridge où il viole et tue des nanas est un moment assez effrayant, d’autant plus que l’auteur s’amuse à s’immiscer dans la tête du tueur. On peut aussi évoquer ces enfants démoniaques dont les dents deviennent des crochets une fois qu’ils investissent Christmasland. Il y a aussi ce moment très tendu où Vic se fait tabasser par Charlie Manx et s’en sort de justesse. Même si le livre ne fait pas vraiment peur, le fantastique prenant trop le pas sur une horreur réelle et donc plus percutante, il possède des passages qui ont un réel impact sur nous et démontre tout le talent d’écrivain de Joe Hill, digne héritier de son papa.

Au final, Nosfera2 est une vraie réussite dans le genre. Il s’agit d’une œuvre fleuve, d’un long roman qui part de la jeunesse de son héroïne pour en arriver à son âge adulte de maman courage qui va tout faire pour sauver son fiston d’une vengeance dont il n’a rien à voir. Joe Hill propose un récit dense et complet, cohérent dans son univers et peuplé de personnages forts qui ont un vrai background. Suivant donc les traces de son père, l’auteur arrive à nous immerger dans une histoire glauque, puissante et qui a sa propre personnalité. C’est dire si c’est réussi !

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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