Backup – Guy-Roger Duvert

Auteur : Guy-Roger Duvert

Editeur : Auto-édition

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Dans un futur plus ou moins proche, l’immortalité est devenue un service, un monopole détenu par la multinationale Backup. Les clients procèdent régulièrement à des sauvegardes de leur psyché – souvenirs, personnalité, tout ce qui les définit en tant qu’individu. Le jour où ils meurent, leur sauvegarde la plus récente est téléchargée dans l’un de leurs clones, prêt à être activé. L’immortalité à la portée de tous. Du moins des plus nantis.

Aiden Romes est un flic. Honnête, droit dans ses bottes, psychorigide, même, diraient certains de ses collègues moins regardants avec la loi. Il est bon dans ce qu’il fait, mais un tel métier effrait de plus en plus sa compagne, enceinte de plusieurs mois et terrifiée à l’idée de perdre son époux. La situation change cependant le jour où il contribue à sauver la fille du dirigeant de la firme Backup, qui le remercie en lui offrant un abonnement gratuit aux services de la compagnie. Il va rejoindre la caste fermée des immortels, et pourra enfin continuer le job qu’il aime sans que sa compagne n’ait plus à en souffrir. Il s’installe dans le siège de connexion, ferme les yeux…… et les rouvre quelques secondes après dans un lieu qu’il ne connait pas. Mais surtout dans un corps qui n’est pas le sien! C’est pour lui le début d’une descente aux enfers, où il devra voir jusqu’où il sera prêt à violer ses propres principes et ainsi se salir les mains afin de protéger les siens et déjouer un complot de portée mondiale. La technologie Backup constitue-t-elle l’accès à l’immortalité pour l’être humain, ou bien la perte de son identité ?

Avis :

Le pitch de Backup rappelle les univers cyberpunks que l’on commence à avoir l’habitude de fréquenter et, pourtant, il fascine par ses péripéties endiablées, ses personnages intéressants et ses discours philosophiques bien construits. Le roman fourmille d’actions, les enchaîne même à un rythme effréné, ne laissant pas de répit au lecteur. On a davantage l’impression de regarder un film d’actions que de lire un roman de science-fiction. L’ouvrage aurait mérité quelques dialogues profonds supplémentaires pour nous permettre de respirer et de mieux s’imprégner des décisions des personnages principaux. Malgré cela, l’intrigue s’avère prenante, comme tout ce qu’elle implique sur l’humanité, sa nouvelle immortalité et l’avènement des Intelligences Artificielles (IA).

Le décor du monde technologique et futuriste créé par l’auteur semble faire partie intégrante des héros du récit. Il est décrit en détails, à de multiples reprises, de sorte que cela nous permet de comprendre les inventions utilisées, les créations nouvelles, et la culture de ce monde accro à l’informatique. La narration externe, celle qui renvoie à la vue d’un observateur et non à celle des personnages, facilite la compréhension de certains passages, même si elle perturbe au démarrage. On ne sait pas très bien ce que le personnage sait ou voit à un instant Y, notamment à cause de cet observateur externe. Avec le temps et l’habitude, le lecteur s’y fait et ne se pose plus autant de questions.

Dans Backup, on retrouve des éléments classiques : des voitures volantes, des publicités invasives, des clones, des armes intelligentes, des implants cybernétiques, des villes gigantesques qui s’étendent à l’infini vers le ciel, des groupes terroristes extrémistes, et des entreprises au monopole sans nulle autre pareille. Les descriptions sont efficaces, usent de mots précis et donnent au roman une atmosphère sombre bienvenue. Cette dernière contraste bien avec la personnalité du héros de l’histoire, Aiden, un jeune homme qui rêve d’un monde meilleur et d’une justice idéale. On s’attache rapidement à lui, à ce caractère réfléchi et droit, qui essaie de lutter contre des forces qui le dépassent, et qui se sacrifie pour sa famille, pour ceux qu’il aime, même s’il les a perdus.

Aiden est en effet une image d’un autre Aiden, avec cinq années de retard. Le roman ne développe que peu cette réflexion mais lance des pistes : qui est le véritable Aiden au final ? Etant donné que les deux êtres sont des clones de l’original, peuvent-ils se considérer, l’un ou l’autre, comme des Aiden légitimes ? A l’aide d’un groupe religieux, l’auteur approfondit nos questionnements : où se trouve l’âme ? Si celle-ci est liée au corps, peut-on alors penser que les clones n’en ont plus ? L’immortalité du monde de Backup, aussi malsaine que celle de la saga Altered Carbon, fait douter le lecteur sur ses bienfaits rêvés. L’humanité est-elle faite pour perdurer aussi longtemps ? Backup nous envoie des messages aux résonances variées et ouvre de nombreuses pistes de débat, sans pour autant les exposer plus avant.

Le roman est avant tout dédié à l’univers noir et à l’action. L’histoire nous prend réellement aux tripes à partir du moment où le nouvel Aiden naît. Avant cela, on ne voit pas très bien où l’auteur souhaite nous mener. Une fois le mystère embrayé, le lecteur ne peut plus s’arrêter jusqu’à ce que celui-ci soit dévoilé. Le rythme rapide et soutenu nous tient en haleine jusqu’au bout. Les scènes endiablées sont haletantes, hautes en couleurs et bien menées. Elles ne s’avèrent pas trop longues, et ne lassent pas malgré le fait qu’elles se répètent inlassablement.

Explosions, carnages, incendies, destructions grandioses, meurtres crapuleux, tueries d’innocents… L’auteur parvient à nous faire apprécier sa démarche, grâce au fait que l’on soit profondément attaché aux personnages et que l’on ne sache pas s’ils vont s’en sortir. Aiden ne supporte pas ces massacres et partage avec nous sa peine. Il se bat pour sauver sa famille, et son amour transparaît dans tout le roman. Ses émotions nous touchent et donnent de sa force au roman. Même s’il ne l’a jamais désiré, il a tout du héros moderne que l’on suivrait sans réfléchir.

De plus, un autre mystère, qui s’étend sur tout le roman, mais qui reste discrètement en tâche de fond, permet à l’histoire de nous intriguer à chaque instant. Backup raconte une histoire palpitante, à la fin émouvante et satisfaisante. Les dernières pages laissent tout de même une légère ouverture, peut-être pour une suite ou pour amener le lecteur à se questionner davantage.

L’auteur parvient également à nous rapprocher des personnages les plus violents et les plus abjectes de l’ouvrage, grâce à des descriptions de passés douloureux, des ambitions qui pourraient être les nôtres, et des personnages gris, au caractère complexe et riche. Le roman s’intéresse aussi bien aux héros, qu’aux supposés méchants. Connaître les plans de ces derniers ne gâche rien au suivi de l’histoire. Bien au contraire, cela nous permet de nous focaliser sur Aiden et son évolution.

Finalement, Backup nous décrit une humanité que l’on connaît bien, que l’on aime et déteste à la fois, qui nous fait envie, et qui nous dégoûte. Les pages s’enchaînent à une cadence endiablée, les explosions et les massacres parsèment ces pages, tout comme les idéaux de justice et de moralité d’un héros qui nous ressemble.

Note : 18/20

Par Lildrille

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net