Baroness – Gold and Grey

Avis :

S’il y a bien un genre qui est assez difficile d’accès dans le monde du rock et du métal, c’est le Prog. Entendez par là des morceaux assez longs, à la structure complexe et pas forcément répétitive, qui essaye d’explorer d’autres contrées pour bousculer nos habitudes. Si cela peut entrainer un champ des possibles ultra intéressant, il faut aussi rentrer dans le délire, au risque d’y laisser sa santé mentale et de rester sur le carreau, ne comprenant pas vraiment ce que veut nous raconter le groupe à travers ce style qui peut sembler élitiste. Et les nouveaux cadors dans le genre sont américains, ils proviennent de Savannah en Georgie, je veux bien évidemment parler de Baroness. Fondé à l’aube des années 2000, il aura fallu un seul album en 2007 pour que la formation trouve un certain succès dans le milieu. Jouant avec les couleurs et des pochettes absolument sublimes, Baroness pousse toujours le concept un peu plus loin, quitte à perdre des auditeurs au fur et à mesure des skeuds, et pourtant, c’est tout le contraire qui se passe, puisqu’à chaque album, il y a une sorte de micro évènement qui se produit et de plus en plus de personnes deviennent raides dingues du groupe. Gold & Grey, cinquième effort du groupe, n’amorce pas vraiment de changement dans la musique du groupe, mais s’opère plus comme une expérience musicale assez inédite. Et cela a suffi à faire le buzz chez les amateurs.

Il faut dire que pour rentrer dans le nouveau Baroness, il faut se préparer un minimum, car si le début de l’album demeure très simple d’accès, c’est dans son intégrité que l’album se fait complexe et désarçonne par moments. Pour autant, les trois premiers titres sont relativement « classiques ». Avec Front Toward Enemy ou encore I’m Already Gone, le groupe explore de façon intéressante un rock progressif facile d’accès et qui peut prendre aux tripes. Il n’y a pas de gros solos dantesques, les rythmiques sont plutôt douces et on pourrait même croire que Baroness tombe dans une sorte de classicisme, ce qui n’est pas vrai. D’ailleurs, il nous le rappelle avec Seasons, un long morceau qui flirte constamment avec le Métal Prog, offrant cette fois-ci des passages plus complexes, une structure plus chaotique et une maîtrise technique qui frise l’insolence. Malgré une durée assez courte (un peu plus de quatre minutes), le groupe fait étalage d’un savoir-faire unique et d’une dimension épique qui enfle avec les écoutes répétées. Cependant, juste après, on va bouffer le premier interlude (parmi six) et c’est assez bizarre. Sevens est un titre instrumental particulier, presque printanier et délivre une nouvelle image du groupe, comme si celui-ci voulait construire son album comme un film, comme une pièce découpée en plusieurs actes. Ce qui n’est pas vraiment le cas, puisque sur la fin, on aura droit à quasiment un morceau/un interlude, hachant de façon drastique l’écoute. Tourniquet viendra nous rassurer sur la santé mentale du groupe en livrant un titre plus conventionnel, débutant de façon intime avant de lâcher les chevaux par la suite, pour offrir un excellent moment.

Le plus gros problème avec cet album, qui est certes excellent, c’est qu’il est très difficile d’accès et demande une réelle concentration pour en percevoir toutes les petites accroches. Il faut donc s’attendre à être dérouté et surtout à avoir des morceaux qui sortent complètement de l’ordinaire. Outre les interludes qui sont parfois bien perchées, comme pour Blankets of Ash qui lance de petits éclats dans les tympans ou encore Assault on East Falls qui lâche de petites bulles dans notre ventre (c’est vraiment la sensation que j’ai lorsque j’écoute ce morceau et c’est très déroutant), d’autres titres sont étonnants et parfois clivants. Emmett – Radiating Light est un titre aérien qui peut laisser sur le carreau par son côté expérimental alors que Pale Sun, qui clôture l’album, achemine doucement l’auditeur vers une sorte de méditation morbide très étrange. Fort heureusement, d’autres morceaux sont plus conventionnels et viennent apporter de la force à l’album. Throw me an Anchor, malgré son départ en mode 8-bit, se dirige rapidement vers un Métal Prog des plus sympathiques, avec un batteur qui doit posséder huit bras, puisqu’il fait un travail absolument remarquable. On retrouvera cette maestria sur le début de l’excellent Broken Halo, un titre bien pêchu et qui doit bien fonctionner sur scène. Enfin, difficile de passer outre Cold-Blooded Angels, un superbe titre à la fois doux et mélancolique, qui ne cesse d’évoluer au fil du temps et au fil des écoutes. Encore une fois, Baroness démontre qu’il n’est pas un groupe comme les autres et que chaque titre demande un réel effort d’écoute et d’attention.

Au final, Gold & Grey, le dernier album en date de Baroness, est encore une fois une belle réussite et prouve, si besoin l’en est, que le groupe est le meilleur dans la catégorie du Rock Prog. Très difficile d’accès, certainement plus que le précédent, la formation s’évertue pourtant à faire évoluer sa musique, à construire des choses plus complexes au sein même d’un tout qui prend de l’ampleur à chaque écoute et nous fait découvrir de nouvelles choses sans arrêt. Alors oui, c’est parfois déroutant, mais les groupes faisant fi du succès mercantile sont tellement rares qu’il faut les chérir à tout prix.

  • Front Toward Enemy
  • I’m Already Gone
  • Seasons
  • Sevens
  • Touniquet
  • Anchor’s Lament
  • Throw me an Anchor
  • I’d do Anything
  • Blankets of Ash
  • Emmett – Radiating Light
  • Cold-Blooded Angels
  • Crooked Mile
  • Broken Halo
  • Can Oscura
  • Borderlines
  • Assault on East Falls
  • Pale Sun

Note : 16/20

Par AqME

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