octobre 26, 2020

Le Prince Oublié – Vice-Versa

De : Michel Hazanavicius

Avec Omar Sy, Bérénice Bejo, François Damiens, Sarah Gaye

Année : 2020

Pays : France

Genre : Comédie, Aventure

Résumé :

Sofia, 8 ans, vit seule avec son père. Tous les soirs, il lui invente une histoire pour l’endormir. Ses récits extraordinaires prennent vie dans un monde imaginaire où l’héroïne est toujours la princesse Sofia, et son père, le Prince courageux. Mais trois ans plus tard, quand Sofia rentre au collège, elle n’a plus besoin de ces histoires. Désarmé, son père va devoir accepter que sa fille grandisse et s’éloigne de lui. Dans leur Monde imaginaire, le Prince va alors devoir affronter la plus épique de toutes ses aventures pour conserver une place dans l’histoire.

Avis :

Michel Hazanavicius est un réalisateur français qui, aujourd’hui, possède une certaine aura qui fait que chacun de ses films est plus ou moins attendu. S’il commence sa carrière dans les années 90, c’est dans les années 2000 qu’il va crever l’écran grâce aux deux volets des OSS 117 mais surtout en 2011 avec The Artist, film pour lequel il décrochera l’oscar du meilleur film. Depuis, le cinéaste s’est fait plus discret et surtout, il a cherché des sujets toujours plus complexes. Tout d’abord avec The Search qui prend place durant la Seconde Guerre de Tchétchénie, puis avec Le Redoutable, qui retrace la vie d’un certain Jean-Luc Godard. En restant humble et en cherchant constamment des thématiques peu abordées au cinéma, le réalisateur a su conquérir une partie du public, sans pour autant tomber dans une spirale boulimique d’entrées à tout prix. Ses films restent, pour la plupart, assez corrects en termes d’entrées tout en s’octroyant de bons retours de la part de la presse et surtout du public. Avec Le Prince Oublié, Michel Hazanavicius tend à aller vers quelque chose de plus léger, mais qui semble aussi déjà-vu, sondant l’âme d’une adolescente à travers les histoires de son père. Un peu de Vice-Versa, une pincée de Demain Tout Commence et quelques moments qui évoquent Michel Gondry et on obtient une petite comédie familiale assez légère, intéressante par certains points, mais qui manque cruellement d’idées novatrices dans son sous-texte.

Djibi est un jeune papa veuf qui doit s’occuper seul de sa fille Sofia. Tous les soirs, pour l’endormir, il invente des histoires dans lequel un Prince, qui lui ressemble, sauve une princesse, qui ressemble à sa fille, des griffes de Pritprout, un vil méchant pas beau. Pour Djibi, sa fille est tout et au moment où elle rentre au collège et qu’elle lui demande d’arrêter ses histoires et sa fantaisie, il se sent perdu et presque trahi. Comment réagir face au passage à l’adolescence ? Doit-on tout laisser tomber pour son enfant et ne rien construire autour de soi ? Que se passe-t-il dans la tête d’une adolescente, chamboulée par les hormones et des sentiments dissidents ? Autant de sujets que va tenter d’aborder Michel Hazanavicius dans Le Prince Oublié, qui font forcément écho à d’autres films que l’on connait bien, à l’instar de Vice-Versa. Et la comparaison est assez logique et facile, puisque tous les passages un peu kitsch, dans un univers de ciné fantasmé et gentiment rétrograde, se déroule dans la tête de Sofia, le cinéaste voyant le cerveau et l’imagination de cette petite fille comme un plateau de cinéma. Chaque histoire est un film, chaque personnage est un acteur et des figurants et tout cela l’aide à se construire. Le prince est forcément celui qui accapare son cœur, comme son père au départ, alors que les autres auront des symboliques plus particulières, Pritprout étant l’âme un peu mesquine à titre d’exemple. Et ce n’est pas la première fois que le cinéaste aborde un petit peu l’envers du décor du cinéma et il s’amuse ici avec les codes du genre pour parler d’autre chose.

En effet, le film est construit en miroir entre deux mondes, celui du cerveau de Sofia qui ressemble à un plateau télé, et celui de la vraie vie, où l’on va voir un père de famille qui tente de comprendre sa fille, alors en pleine changement. Le sous-texte est assez intéressant, mais il manque cruellement d’approfondissement. Michel Hazanavicius se contente vraiment de parler de l’amour d’un père et des amourettes de sa fille qui commence à remplacer son paternel par un premier amour, un peu trop envahissant au goût du père. Ces changements sont plutôt bien vus et permettent ainsi de suivre le chamboulement interne de la jeune fille, où elle perçoit son père comme quelqu’un de presque perfide et jaloux lorsqu’elle tombe amoureux d’un beau blond qui deviendra le nouveau prince. C’est plutôt les moments dans la vie réelle qui sont un peu moins travaillés. Ici, on aura droit à un Omar Sy qui se pose les questions et qui semble en perdition face à une ado qu’il ne comprend pas forcément. La relation avec la voisine est un peu forcée et manque vraiment de travail sur le relationnel. Tout va trop vite entre Bérénice Bejo et Omar Sy et il manque une petite étincelle pour que la passion soit présente. C’est bien dommage parce qu’en dehors de ça, le couple fonctionne plutôt bien.

La mise en scène de ce film a aussi des atouts et des faiblesses. Tous les passages dans la vie réelle sont assez fades et ne recèlent d’aucune inventivité. Que ce soit dans la photographie ou bien le cadre, il n’y a rien d’extraordinaire et c’est ce qui va nettement trancher avec le côté fantastique. En effet, le monde imaginaire est très coloré, voire carrément saturé dans des tonalités criardes, allant du jaune au violet en passant par des bleus clairs. L’effet kitsch est totalement assumé et permet de montrer à quel point un cerveau d’enfant peut créer des choses diverses et variés en fonction de ce qu’il écoute, ce qu’il voit, ce qu’il lit. Le problème, c’est que visuellement, c’est une plongée dans un environnement un peu à la Michel Gondry, sans sa finesse. Outre les couleurs et l’aspect carton-pâte, il manque à cet univers une vraie sensibilité, qui ne tient qu’à une chose, le souvenir d’une maman disparue et le fait de toujours aller de l’avant pour voir l’avenir. C’est léger et il est très difficile de passer derrière le chef-d’œuvre de Pixar, dont on retrouve quelques accointances, notamment dans le monde des oubliés. Si Hazanavicius ne manque pas d’idées, il ne trouve pas vraiment ses marques pour se démarquer de la concurrence et fournir quelque chose de neuf. Alors oui, Omar Sy semble se régaler, Bérénice Bejo est toujours aussi pétillante (avec un petit côté Dame du Lac de Kaamelott dans le monde imaginaire), François Damiens est sous-exploité, mais tout cela manque d’une vraie folie et d’une volonté d’interroger le spectateur. Fort heureusement, la morale de fin redore un peu le tout, montrant, par la passation de flambeau, qu’une histoire n’est finalement jamais finie.

Au final, le Prince Oublié est un film plutôt mineur dans la carrière de Michel Hazanavicius. Après la parodie potache, le film muet, le film de guerre et le biopic, le réalisateur français s’essaye au film populaire et le résultat est plutôt mitigé. Si c’est loin d’être mauvais, on reste dans un survolage des thématiques abordées qui manquent de profondeur et d’envie de secouer le spectateur. Pour faire bref, c’est du Vice-Versa dans l’âme, mais à qui il manque un petit quelque chose pour embarquer le spectateur. Un petit film familial sympathique, mais loin, très loin d’être marquant…

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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