octobre 1, 2020

Dolemite is my Name

De : Craig Brewer

Avec Eddy Murphy, Wesley Snipes, Mike Epps, Craig Robinson

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Biopic

Résumé :

Quand Hollywood l’a écarté dans les années 1970, le talentueux Rudy Ray Moore décide de produire ses propres œuvres, dont le célèbre film de blaxpoitation « Dolemite ».

Avis :

Durant les années 80, Eddy Murphy était une grande star qui avait la côte à Hollywood. Des films comme Le Flic de Beverly Hills, 48 Heures ou encore Un Prince à New York lui ont permis d’assoir une certaine tranquillité et de traverser les décennies suivantes sans trop de souci, malgré un penchant pour la comédie grossière, comme ce fut le cas avec Le Professeur Foldingue ou encore Norbit. Pour beaucoup, Eddy Murphy, c’est aussi le Dr Dolittle ou la voix de l‘âne dans Shrek. Bref, c’est une icône du septième art qui, à force de mauvais choix, a quasiment disparu durant les années 2010. Il faudra alors attendre huit ans pour le revoir sur le devant de la scène, et encore, pas au cinéma, mais sur Netflix. En effet, après les très décevants Mille Mots et Le Casse de Central Park, Eddy Murphy se lance dans la production et l’interprétation de Dolemite is my Name, afin de rendre hommage à Rudy Ray Moore, un humoriste qui se cherche durant les années 70, et qui va atteindre la gloire avec un film fait avec quatre bouts de ficelle. Un biopic qui, sur le papier, pouvait être sympathique, et qui va faire mieux que de tenir de simples promesses.

En fait, le film ne va pas être qu’un biopic racontant comment Rudy Ray Moore a atteint le succès à force d’abnégation, il va aussi être une comédie à la fois drôle et touchante, aussi bien qu’un film qui parle de cinéma, d’artisanat, d’écriture et de comment on fabrique un film. Mais revenons pour l’instant à la première partie, le côté biopic. Il était évident qu’il fallait un film sur cet humoriste, comédie chanteur, qui multiplie les casquettes, et qui ne veut qu’une chose, connaître la gloire, le succès, devenir le centre de toutes les attentions. Un pari difficile et risqué qui ne marche pas au début, entrainant le personnage dans une légère dépression, le poussant finalement à se rapprocher d’un mendiant qui va lui raconter des histoires drôles qu’il va reprendre alors en public. Les premiers succès apparaissent, la folie des grandeurs aussi et c’est ainsi que, petit à petit, un film Dolemite va voir le jour. L’histoire est rondement menée, la mise en scène est classieuse sans en faire des caisses et on reste dans un biopic finalement assez académique, sans grande surprise sur son déroulement. Néanmoins, le portrait qui est fait de Rudy Ray Moore est loin d’être hagiographique, puisqu’on va voir les déroutes du bonhomme, autant que sa bonhommie et son altruisme. Loin des clichés de l’égoïste prêt à tout pour réussir, le comédien est aussi un homme qui va donner sa chance à ses potes et à une jeune femme qui sera sa protégée alors qu’il ne lui doit rien. Un beau portrait, peut-être un peu enjolivé, mais qui n’en fait pas des caisses et permet d’avoir un réel attachement à cet homme.

A travers cet aspect biographique, on va aussi avoir droit à une belle déclaration d’amour au cinéma. Le film va prendre le temps de montrer le tournage chaotique et plein de bonnes volontés de Dolemite. Avec un Rudy Ray Moore qui n’y connait rien, mais qui va entrainer dans son sillon un scénariste de théâtre, un acteur qui a eu un rôle mineur dans Rosemary’s Baby de Polanski et plusieurs de ses potes dans des rôles bien différents, ce moment est un vrai bonheur pour tous les cinéphiles. Car non seulement il montre les rouages de fabrication d’un film, de sa grande difficulté à tous les aspects financiers mis en jeu, mais aussi les astuces pour rendre l’ensemble plus facile. Mais en dehors de la technique, Dolemite is my Name va aussi s’amuser sur la complexité à jouer certaines scènes. Les moments de kung-fu, avec un acteur qui ne sait pas en faire, sont hilarants. Le passage où il faut simuler un acte sexuel est un pur délice, montrant la gêne que cela peut occasionner. Bref, dans sa deuxième partie, le film est truffé de trouvailles pour parler avec amour du cinéma, de ses rouages et de toutes ces petites choses qui en font un art unique. Et c’est amusant de trouver une telle déclaration d’amour dans un biopic dédié à un humoriste qui va faire un carton après une traversée du désert chaotique, un peu comme son acteur, Eddy Murphy.

D’ailleurs, le casting est tout bonnement excellent. Eddy Murphy délaisse les rôles un peu exubérants pour quelque chose de plus fin, qui demande une certaine décadence, mais aussi une retenue quand il redevient Rudy Ray Moore. En effet, Dolemite est un rôle qu’il se donne et dans lequel il va jouer avec ses mimiques et sa gestuelle, alors que lorsqu’il est avec ses amis, dans l’intimité, il redevient un homme humble, perclus d’envie de réussir, mais simple et aimant. Aimant et touchant, Eddy Murphy arrivant même à nous faire lâcher une petite larmichette sur la fin, lorsqu’il touche au but et qu’encore une fois, il faut passer son public avant lui-même, leur offrant un show plutôt que d’aller se glorifier dans une salle de cinéma. A ses côtés, on retrouve un Wesley Snipes à l’opposé de ses rôles habituels. Campant ici un acteur maniéré et presque puant dans son attitude, il va être en quelque sorte la personnification d’un Hollywood snobinard et égoïste. L’acteur est très bon, très juste et ça fait vraiment plaisir de le revoir comme cela. Pour les seconds couteaux, c’est aussi du très bon. Craig Robinson en chanteur de blues, c’est tout simplement parfait, et pour une fois, Mike Epps n’en fait pas des caisses et se révèle être un très bon acteur. Mention spéciale à Da’vine Joy Randolph qui est tout simplement incroyable dans ce film, étant peut-être le personnage le plus touchant.

Au final, Dolemite is my Name est un très bon film qui permet à Eddy Murphy de faire un retour tonitruant dans le monde du septième art. Malgré la vulgarité de l’ensemble, (les blagues faites par Rudy Ray Moore sont très salaces) le film est très drôle, très touchant et retrace une histoire assez incroyable qui, en sous-texte, nous dit de croire en nos rêves et de ne jamais abandonner. Un film que l’on pourrait croire hagiographique, ou pétris de trop bonnes intentions, mais ce n’est absolument pas le cas, Craig Brewer trouvant toujours le ton juste pour aborder les différents axes de son film qu’il veut le moins manichéen possible. Bref, à la fois biopic, comédie et déclaration d’amour au cinéma bis des années 70/80 et de la blaxploitation, Dolemite is my Name fait partie des meilleures productions Netflix et ce serait dommage de passer à côté.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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