Bronson

De : Nicolas Winding Refn

Avec Tom Hardy, Matt King, James Lance, Kelly Adams

Année: 2009

Pays: Angleterre

Genre: Biopic, Thriller

Résumé:

1974. Livré à lui-même, Michael Peterson, 19 ans, cherche à faire la Une des journaux: rêvant de devenir célèbre, il tente de braquer un bureau de poste avec un fusil à canon scié qu’il a lui-même bricolé. Rapidement interpellé, il est d’abord condamné à 7 ans de prison. A ce jour, il a passé 34 années en prison, dont 30 en isolement cellulaire. La métamorphose de Mickey Peterson en Charles Bronson, devenu le détenu le plus dangereux d’Angleterre.

Avis:

Le biopic est un genre qui marche plutôt bien, notamment lorsqu’il évoque des figures héroïques importantes de notre histoire, comme Nelson Mandela, ou encore des personnages hauts en couleurs qui ont fait des évènements qui valent le coup d’être racontés, et en ce sens, on peut parler de Florence Foster Jenkins de Stephen Frears. Pour autant, le biopic sert aussi à découvrir des personnages, parfois bons et quelques fois mauvais, comme c’est le cas avec Bronson, film de Nicolas Winding Refn. Habitué à la critique et choisissant souvent des projets qui font faire réagir le public, le réalisateur danois n’était pas partant pour faire ce film, puisqu’il venait de clôturer sa trilogie Pusher en évoquant des hommes violents. Mais difficile de passer à côté de la vie de Charles Bronson, le détenu le plus violent d’Angleterre qui a passé 34 ans de sa vie en prison, dont 30 en isolement total. C’est donc en 2009 que sort sur nos écrans ce biopic atypique, qui essaye d’avoir un vrai parti pris au niveau mise en scène et de mettre en avant un homme dont le mal-être peut se trouver en chacun de nous.

Ayant fait forte impression en Angleterre, la population ayant peur d’une hagiographie concernant un homme totalement maboul dont les œuvres artistiques ont fait le tour du monde alors qu’il était en prison, Nicolas Winding Refn va s’éloigner volontairement du biopic classique pour fournir un film explicatif, plutôt éclaté au niveau de la narration, fortement didactique, mais n’oubliant jamais de divertir un public amateur de sensations fortes. Dès le départ, le ton est donné, puisque Tom Hardy nous parle en face caméra et évoque le premier mal-être de son personnage, son envie obsessionnelle d’être quelqu’un de connu. De sa plus tendre enfance avec une mère laxiste, à sa première arrestation pour un braquage de banque qui tourne court, Charles Bronson va évoquer sa vie à travers une voix off et des éléments essentiels pour bien voir le parcours de cet homme violent, mais qui n’a commis aucun meurtre. Chaque séquence de la vie du malfrat est entrecoupée par une sorte de mise en abîme de la psyché de l’homme. On le voit tantôt dans le noir, tantôt face à un public où il se donne en représentation. Un moyen plutôt malin pour montrer l’envie de reconnaissance d’un homme qui est psychologiquement instable. La mise en scène est inspirée, intéressante et ne brasse jamais vraiment du vide.

En faisant ce film, Winding Refn donne du sens à la folie de cet homme bagarreur, colérique et complètement malade. De ses débuts tonitruants où il joue clairement du théâtre face aux juges et au matons, il va alors se révéler dans l’art plastique, faisant des dessins étranges, tout aussi malades que lui, et certains le compareront à Magritte. A chaque étape douloureuse de sa vie, Winding Refn apporte un élément nouveau. Quand il est drogué, on sera en pleine référence avec Vol au-dessus d’un Nid de Coucou. Avec la peinture et le dessin, son corps entier devient une œuvre à part entière. A chaque phase, Charles Bronson mute, essaye de se trouver, mais jamais ne se calme. Cette violence, on la retrouve aussi dans les traitements que subit le prisonnier. On est proche de la torture par certains moments et on peut comprendre que rien, absolument rien, ne s’arrange pour lui, tant il se fait mater à chaque fois, malgré des bagarres acharnées. La violence graphique du film, très rugueuse, renvoie immédiatement à la violence psychologique de certaines prisons, mais aussi à la violence physique de deux parties, aussi bien pour Bronson, qui semble aimer se battre, que des matons qui n’y vont pas de main morte.

Cependant, Bronson n’est pas un film exempt de défauts. S’il reste globalement un excellent métrage dressant un portrait sournois d’un homme complètement fou, il se compose de quelques errances et de quelques longueurs qui sont dues au personnage en lui-même. Si la prestation de Tom Hardy est tout bonnement incroyable, on aura du mal à ressentir de l’empathie pour un homme tel que lui. Violent, vulgaire, ne ressentant rien, l’homme demeure un fêlé antipathique, et le monde dans lequel il évolue ne vaut guère mieux. Winding Refn filme avec crudité une certaine misère sociale dans une Angleterre presque malsaine. Bronson côtoie des prostitués, des drogués, des organisateurs de combats de rue et cela plombe littéralement le moral. Si cela est nécessaire pour montrer à quel point le personnage est dans son élément, dans ce monde immoral, on nage tout de même dans une fange creepy qui n’est pas des plus agréables. Mais cela permet aussi de voir à quel point cet homme est prêt à tout pour être connu, quitte à se faire arrêter et à passer sa vie en prison. Une vie faite de coups de poing, de matraque et d’apologie de la peur. Le propos est très intelligent dans son fond et fait écho à notre société actuelle où tout le monde veut avoir son quart d’heure de gloire, veut forcément buzzer, quitte à passer pour un imbécile ou quelqu’un de mauvais. En ce sens, plus de dix ans plus tard, Bronson résonne comme une œuvre d’actualité.

Au final, Bronson est une œuvre forte, un biopic particulier qui possède clairement une âme et une volonté de bousculer les codes du genre. Violent, parfois drôle, cru et sans concession, le film doit beaucoup à la prestation impressionnante et massive de Tom Hardy qui n’hésite pas à se mettre à nu pour ce projet. Winding Refn profite de ce film pour en faire un terrain de jeu expérimental au niveau de la mise en scène, et le résultat est vraiment très intéressant, s’éloignant des biopics classiques ou du récit hagiographique pour fournir une petite pépite rare et précieuse.

Note: 17/20

Par AqME

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