novembre 30, 2022

Full Alert

Titre Original : Go do Gaai Bei

De : Ringo Lam

Avec Ching Wan Lau, Francis Ng, Amanda Lee Aday, Jack Kao

Année : 1997

Pays : Hong-Kong

Genre : Policier, Action

Résumé :

Pao Wai-hung, un flic acharné, arrête Mak Kwan, un simple perceur de coffre-fort, suite à la mort d’un architecte. Lors de la confrontation, les choses tournent mal : Mak Kwan n’assume pas son crime et est bien déterminé à s’évader au plus vite. Pao, de son côté, voit ses convictions remises en doute. Le flic et le criminel seraient-ils plus proches qu’ils ne l’imaginent ?

Avis :

En Occident, comme en Asie, certains réalisateurs disposent d’une filmographie atypique, pour ne pas dire imprévisible. Bien que fluctuante et inégale, la carrière de Ringo Lam s’est émaillée de métrages aux antipodes tels que Double Dragon ou Full Contact. Le cinéaste n’en oublie pas une critique sociétale avec des productions plus engagées, comme la saga « On Fire », qui se préoccupe, entre autres, de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine. Une période historique qui interpelle les artistes, conscients que leur liberté d’expression touche à son terme, à tout le moins s’altère au vu de la politique gouvernementale du pays.

Bien que Full Alert ait été souvent décrit comme une œuvre traitant de la rétrocession, il n’en est rien. Certes, le film de Ringo Lam s’inscrit dans un contexte particulier et fait écho à l’actualité de l’époque. De même, on peut y distinguer de furtives allusions au gré de certaines séquences, mais ce n’est clairement pas le propos. En revanche, cette préoccupation majeure s’avance comme un moteur créatif pour son géniteur, presque le testament d’une vision cinématographique en passe de s’éteindre. Cela ne signifie pas que les productions hongkongaises qui suivent ne présentent pas de qualités, mais elles délaissent une approche corrosive, sinon subversive, de leurs thématiques.

« Le traitement est sombre, presque nihiliste à appréhender. »

Eu écho à cette situation, on peut distinguer une influence occidentale dans le développement de Full Alert. Ce qui peut paraître étonnant au vu des problèmes de tournage rencontrés sur Risque maximum. Toujours est-il qu’il est difficile de ne pas songer à Heat de Michael Mann, en constatant cette confrontation entre le flic et le criminel. On y retrouve une sorte de respect mutuel, teinté d’une hostilité propre aux ambitions de l’un, aux devoirs et aux responsabilités de l’autre. Progressivement, le défi se mue en obsession, en une lutte d’ego où il est parfois nécessaire d’aller à l’encontre de ses valeurs pour parvenir à ses fins. De par cette approche psychologique, le film de Ringo Lam surprend.

Ainsi, on s’écarte de l’excentricité coutumière de la majorité des productions hongkongaises, y compris les précédentes réalisations du cinéaste. Le traitement est sombre, presque nihiliste à appréhender. Preuve en est avec des protagonistes qui démontrent des comportements et des caractères complexes, presque inattendus dans un tel registre. Si l’on observe une dualité entre deux camps, on s’éloigne de tout manichéisme dans l’évolution des personnages, de leur capacité à agir et réagir face à un évènement ou un retournement de situation subit. Là encore, il est question d’un tiraillement, d’une approche torturée dans ces confrontations, ces échanges teintés d’amertume.

« Sans paraître artisanale, cette façon de capter l’image sur le vif consolide le réalisme, voire la dangerosité de l’exercice. »

Quant au cadre urbain, il n’est pas forcément écrasant ou oppressant. Il n’en demeure pas moins un élément essentiel pour égrener le parcours des protagonistes dans un labyrinthe de venelles, de bâtiments et de logements insalubres, d’artères jonchées de badauds anonymes. À ce titre, les séquences tournées en extérieur s’appuient sur une mise en scène nerveuse, presque documentaire pour filmer, caméra à l’épaule, un quotidien qui ne souffre d’aucune interruption. On ne parlera pas d’épures, car on y décèle une réelle sophistication dans cette manière d’alterner les points de vue, de tordre les perspectives des espaces, d’enchaîner les actions.

Preuve en est avec la course-poursuite qui est à Full Alert, le braquage de Heat. Immersive au possible, elle démontre le savoir-faire du réalisateur. Pour autant, cette maîtrise tient presque de l’improvisation, car il n’a pu obtenir les autorisations de tournage. Sans paraître artisanale, cette façon de capter l’image sur le vif consolide le réalisme, voire la dangerosité de l’exercice. En total contraste, le vol du coffre-fort joue davantage sur l’ingéniosité et la subtilité pour intervenir sans violence ni effusion de sang, à tout le moins dans les intentions initiales. À noter que les préparatifs de l’opération sont majoritairement occultés, au contraire d’un film de casse.

Au final, Full Alert est un polar urbain âpre qui détonne dans le paysage cinématographique hongkongais de l’époque, voire dans la filmographie de son réalisateur. Reflet de ses préoccupations, il s’avance comme une confrontation implacable et sans concession entre deux hommes qui se retrouvent à l’opposé du prisme où la caméra capte l’action. Si le scénario peut présenter des atours simplistes, la qualité de la mise en scène, le traitement psychologique et l’ambiance délétère qui émane de la bobine suffisent à s’affranchir de ces facilités narratives. De même, la comparaison avec Heat est tout aussi élogieuse qu’elle préserve l’identité artistique du métrage de Ringo Lam.

Note : 16/20

Par Dante

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