avril 17, 2024

Meurtres Sous Contrôle – Dieu est un Astronaute

Titre Original : God Told Me To

De : Larry Cohen

Avec Tony Lo Bianco, Sammy Williams, Sylvia Sidney, Sandy Dennis

Année : 1976

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier, Horreur

Résumé :

New York est frappée par une série de meurtres inexplicables perpétrés par des gens ordinaires. Ceux-ci affirment agir selon la volonté de Dieu. Troublé par cette affaire, l’agent Peter Nicholas mène l’enquête.

Avis :

Certains réalisateurs se font un nom assez rapidement dans certains genres, et notamment dans le cinéma de… genre. On connait tous les John Carpenter, Wes Craven ou encore Jordan Peele, mais d’autres cinéastes sont connus pour les fans de manière plus « underground ». Et en ce sens, feu Larry Cohen pourrait presque faire office de primauté. Tout d’abord scénariste débutant son métier dans les années 60, c’est dans les années 70 qu’il va se mettre à réaliser ses propres films, dont il signe souvent le scénario. Et son œuvre va rapidement devenir culte pour les amateurs d’horreur, notamment grâce à des films un peu punk sur les bords, mais qui possèdent toujours un fond qui fait jaser. Le Monstre est Vivant va être son premier coup d’éclat (bien que ce ne soit pas son premier film), et il va enchainer avec Meurtres Sous Contrôle.

Film policier horrifique qui remet tout simplement en cause la religion chrétienne et l’existence de Jésus, Meurtres Sous Contrôle, cinquième long-métrage pour Larry Cohen, a dû faire grincer des dents à sa sortie. Le scénario est assez alambiqué, mais dès le départ, il va poser les bases d’une réflexion sensible autour de l’existence de Dieu, et de ce qu’il nous demande de faire. En effet, le film débute avec un sniper fou qui va dézinguer des passants, avant d’avouer à la police que c’est Dieu qui lui a dit de faire, puis de sauter dans le vide. L’entrée en matière est froide, brutale et nous met dans une ambiance à la fois réaliste et délétère. On va alors suivre un policier qui va mener son enquête, puisque les meurtres gratuits s’enchainent, avec toujours la même réponse des tueurs avant de mourir : « God Told Me To ».

« Le scénario se révèle nébuleux. »

En arpentant ce chemin, Larry Cohen sait qu’il va choquer son public, et il va pourtant aller au bout des choses, et ne rien laisser de côté, quitte, parfois, on nous mettre un peu en décalage par rapport à ce que l’on voit. En effet, certaines ruptures dans le montage sont assez rudes, et manquent de liant. A titre d’exemple, on va se retrouver auprès d’un type qui a assassiné femme et enfants sans trop savoir comment le policier a pu arriver jusqu’à lui. Si la scène est marquante, avec un homme qui annonce avec sourire et froideur son triple homicide en mettant cela sur le compte d’un Dieu bon et miséricordieux, on se demande tout de même si cette séquence n’est pas un peu gratuite. Mais peu importe pour le réalisateur qui veut taper sur l’Eglise et les croyances en allant au bout des choses.

Des choses qui, petit à petit, vont devenir un peu trop hasardeuses. Le problème provient de ce policier qui est prêt à tout pour faire éclater l’affaire au grand jour, créant ainsi des émeutes et se découvrant alors un lien avec le potentiel criminel, celui qui influe sur les pauvres hères pour les pousser au crime. Le scénario se révèle nébuleux sur les recherches et les indices laissés, jusqu’à un final un peu ridicule, qui n’arrive pas vraiment à créer du liant avec tout ce que l’on a vu auparavant. D’autant plus que malgré la volonté de ce personnage à résoudre cette enquête, on reste devant un type qui trompe sa femme, et n’arrive pas vraiment à se rendre empathique. Mais est-ce le but de Larry Cohen ? Le film demeure cohérent dans son écriture clinique et froide, malgré une mise en scène et un montage parfois bordélique.

« Un final cynique, aussi froid que le reste du scénario. »

Mais cette mise en scène comporte parfois des moments de grâce assez inattendus, où l’on voit que Larry Cohen n’hésite pas à tomber dans le bis, voire le z. Ici, il est question de femme ayant eu des enfants sans relation sexuelle, et lorsqu’elle raconte ce qu’il lui est arrivée, on se retrouve face à un délire visuel qui plonge le film dans de la science-fiction. Années 70 oblige, les effets spéciaux ont pris un petit coup dans la trogne, mais cela donne un cachet ultra bizarre, qui rajoute de l’horreur au récit. Rajoutons à cela un flashback déroutant dans les tons sépia qui démontre la volonté du cinéaste de créer un film hybride qui déroute et se veut unique. Ainsi, on pardonnera aisément les quelques errances du scénario qui offrent parfois des meurtres gratuits sans trop de lien avec le reste.

Et, histoire d’enfoncer un peu plus le clou vers l’étrange et le dérangeant, le réalisateur va s’amuser à créer un final qui fait froid dans le dos, non pas par son visuel, ni même par sa finalité, mais tout simplement par sa bizarrerie glauque. Dieu est un astronaute, ses enfants sont donc des extraterrestres qui peuvent se reproduire via une plaie sur le torse, se sentant alors au-dessus de la plèbe. Cette séquence, qui prend la forme d’un duel, est très malaisante, autant de par ce qu’elle raconte que de par ce qu’elle engendre. Et de poser des questions autour de la religion chrétienne, et de l’existence même d’un puissance divine supérieure. C’est malin, mais c’est aussi marquant, offrant un final cynique, aussi froid que le reste du scénario.

Au final, Meurtres Sous Contrôle est un film qui est relativement étonnant, dans le bon sens du terme. Il s’agit d’un long-métrage qui ne suit pas forcément de codes précis pour avancer, et qui se veut sulfureux dans son sujet principal. Froid, clinique dans sa démarche, anarchiste dans son montage et ses révélations, Larry Cohen démontre avec ce film qu’on ne peut pas le ranger dans une case précise, et c’est sans doute pour cela que cet auteur est si apprécié des amateurs de cinéma bis et underground.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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