septembre 22, 2020

Carmina!

Titre Original : Carmina y Amèn

De : Paco Leon

Avec Carmina Barrios, Maria Leon, Paco Casaus, Yolanda Ramos

Année : 2016

Pays : Espagne

Genre : Comédie

Résumé :

Carmina, sévillane, femme extravagante, décide lors de la mort subite de son mari chéri de ne pas déclarer son décès afin d »encaisser ses derniers salaires. Elle convainc sa fille Maria de sa bonne intention. Une succession de péripéties et situations loufoques s’entremêlent alors…

Avis :

Quasi-inconnu chez nous, en Espagne, Paco León est une grande figure du cinéma. Acteur, il tient plusieurs rôles aussi bien pour le grand que le petit écran, même si c’est ce dernier qui le fait exploser notamment avec la série « Aída« , dans laquelle il joue pendant près de dix ans. À la réalisation, il y passe d’abord sur le petit écran, réalisant plusieurs épisodes pour la série « Ácaros« . Il vient au grand écran avec « Carmina !« , film dans lequel il fait tourner une partie de sa famille, avec notamment sa mère, l’actrice Carmina Barrios, à qui il offre le premier rôle.

Il y a des films dont on n’entend absolument pas parler et qui d’un coup, sur la base d’un argument, d’une accroche, piquent sévèrement la curiosité et deviennent même une priorité. Alors que je cherchais tout autre chose, je suis tombé sur le DVD de « Carmina ! » et en plus d’une affiche qui m’a accroché l’œil, il y avait écrit en grand, « On le compare déjà à Almodovar » et sincèrement, il ne m’en fallait pas plus pour me jeter corps et âme sur ce premier long-métrage de Paco León et je dois dire que j’ai bien fait, car si on n’est ici pas encore au niveau des films du maestro espagnol, il est vrai que le ton et l’intrigue auraient très bien pu se retrouver dans la cinéma d’Almodovar.

Carmina est une femme forte et extravagante. Elle mène une vie paisible, même si parfois difficile, à Séville avec son mari. Quand ce dernier meurt d’un coup d’une crise cardiaque, Carmina décide de ne pas déclarer la mort de son mari de suite. Et oui, d’ici deux jours, l’homme devait toucher une grosse pension de retraite et si elle le déclare mort, elle ne touchera rien. Convaincant sa fille de ses bonnes intentions, il ne lui reste plus qu’à cacher la mort de son mari tout le week-end, ce qui ne va pas être une chose si facile que ça, finalement.

Envie d’une petite comédie à l’humour bien noir, voire presque macabre, alors ne cherchez plus et laissez-vous tenter par cette petite curiosité espagnole passée inaperçue par chez nous.

Pour son premier film en tant que réalisateur, Paco León choisit un pitch de départ bien curieux, pour livrer un film qui va être certes peuplé d’humour noir, mais qui va être surtout un film plein de vie. Un film qui à travers la mort parlera des vivants et nous entraînera vers un final aussi beau qu’il est inattendu.

Si le film a ses défauts, notamment dans sa mise en scène, qui parfois a tendance à s’essouffler pour mieux se rattraper, si le scénario n’est pas toujours juste, allant parfois dans le brouillon, Paco León arrive toujours à nous surprendre et finalement son film se laisse regarder avec amusement, et même une pointe d’émotion. On s’amusera, autant qu’on peut être catastrophé par ce qui se passe à l’écran. Le scénario amène notre pauvre Carmina vers des situations qui sont simples, presque réelles, et le réalisateur nous tient bien souvent sur le « comment va-t-elle se défaire de ces affaires-là ? ». Il nous tient aussi parce qu’il a en premier plan une actrice extraordinaire, Carmina Barrios. L’actrice tient le film à elle seule sur ses épaules, arrivant à être aussi drôle que très touchante. On a envie de la suivre n’importe où cette femme, bien souvent, on craint pour elle, et surtout, on se demande là encore comment elle va bien pouvoir se sortir de cette histoire. Puis à travers le décès brutal de son mari, à travers les discussions qu’elle peut avoir, ce personnage parle avec sensibilité de la vie en général. Bref, derrière les défauts, c’est une petite pépite, un petit bijou de tendresse, d’humanité et d’amour.

Du côté de la mise en scène, « Carmina ! » est là aussi un petit exemple de curiosité et de fascination. Comme dit plus haut, il est vrai que le film peut avoir tendance à s’essouffler, mais il n’en reste pas moins beau et bon. Tourné en très grande partie en huis clos, dans l’appartement de Carmina, Paco León tient assez bien de manière générale « la tension » de son film et le réalisateur nous propose toujours quelque chose pour renouveler l’intérêt de son film. Partagé entre comédie et drame, Paco León oscille entre les genres, et modélise finalement son film pour lui donner un air, un ton, une touche, que Pedro Almodovar n’aurait pas reniée (on retrouve aussi cette touche dans ce scénario, tout à fait Almodovarien soit dit en passant). On notera tout le burlesque qui peut couler de certaines situations, qui rendent parfois le film jouissif. C’est d’ailleurs bien souvent le burlesque qui redonne un coup au film, quand ce dernier s’essouffle l’espace de quelques minutes.

« Carmina ! » est donc une bonne comédie bien noire, qui dans un sens, nous donne tout ce que l’on est venu chercher ici. Mais si la comédie est excellente, c’est bien le drame qui est meilleur ici. Avec ce film, Paco León décide de commencer par la mort pour mieux parler de la vie et porté par une actrice qui mérite toutes les récompenses, on en ressort finalement plus touché qu’amusé. « Carmina ! » est donc une très jolie curiosité, qui avec ses défauts et ses qualités, mérite qu’on s’y arrête et qu’on la sorte de l’ombre dans laquelle elle se trouve. Bref, je suis bien content que cette accroche, si grosse fut-elle, merci El País !

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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