Ben-Hur

De : Timur Bekmambetov

Avec Jack Huston, Morgan Freeman, Toby Kebbell, Rodrigo Santoro

Année: 2016

Pays: Etats-Unis

Genre: Péplum

Résumé:

Ben-Hur retrace l’histoire épique de Judah Ben-Hur, un prince accusé à tort de trahison par Messala, son frère adoptif, officier de l’armée romaine. Déchu de son titre, séparé de sa famille et de la femme qu’il aime, Judah est réduit à l’esclavage. Après des années en mer, Judah revient sur sa terre natale dans le but de se venger. Il va y rencontrer son destin.

Avis:

On le sait, c’est de notoriété publique, mais Hollywood a bien souvent les idées en berne, et quand un projet ambitieux voit le jour, il est de temps à autre blacklisté, de peur de ne pas rentrer dans des recettes intéressantes. De ce fait, les studios américains préfèrent largement miser sur des suites, des préquelles ou encore des spin-off de licences déjà existantes et providentielles sur les retombées financières. Néanmoins, on se pose toujours la question de l’utilité de faire un remake, si ce n’est de le remettre au goût du jour et d’attirer un public plus jeune, voulant peut-être voir un divertissement qui a marqué papa et maman. Derrière cet élan nostalgique et de passation de culture, on peut aussi y déceler une volonté pécuniaire, faire venir dans les salles les familles pour engendrer plus d’entrées et donc plus de bénéfice. Mais le cas Ben-Hur est encore un cas particulier. Déjà parce que l’œuvre de William Wyler se suffit à elle-même et demeure culte de chez culte. Mais aussi parce que le péplum, au cinéma, s’il n’y a pas un grand nom derrière, ça pue du cul. Et là, très clairement, ça sent le caca.

Pour succéder à William Wyler, les studios ont décidé de placer Timur Bekmambetov. Russe de naissance, le réalisateur s’est illustré dans sa carrière avec des films comme Wanted: Choisis ton Destin ou encore Abraham Lincoln: Chasseur de Vampires, des odes à la poésie et à la finesse. Et pour raconter l’histoire de Ben-Hur, ce n’est pas forcément l’idéal. En effet, derrière la célèbre course de chars, il y a toute une histoire à voir et à raconter. Celle de deux frères que tout sépare, l’un juif et riche, l’autre romain et en quête de la reconnaissance des siens. Deux frères qui vont se déchirer à cause de la barbarie des romains et de leur volonté de dominer le monde. Judah Ben-Hur et Messala sont deux personnages ultra charismatiques et qui sont touchants dans leur évolution, ne trouvant finalement aucun terrain d’entente à cause de leur religion et de leur objectif. Ici, tout est pris par-dessus la jambe pour n’arriver qu’à deux choses, du spectaculaire dans les scènes d’action et une course de chars qui résonne dès le départ comme une promesse, comme la finalité du film. Mais Ben-Hur, à la base, c’est bien plus que ça et visiblement, les studios et le réalisateur ne l’ont pas compris.

Les passages où les personnages discutent et tentent de développer un semblant d’intrigue ne marchent pas. Déjà parce qu’on se fout royalement des protagonistes, aussi épais que des timbres-poste, mais aussi parce que l’ensemble est creux. On parle d’amour, de trahison, de conquête romaine, mais globalement, on brasse du vent et le seul objectif du métrage, c’est d’arriver à cette vengeance, à cette course que l’on nous vend dès l’introduction avant de revenir huit ans plus tôt. En créant des personnages vides, le réalisateur va aussi rater son histoire d’amour. Que ce soit avec Judah ou Messala, on aura même du mal à deviner qui sont les amoureuses de chacun car non seulement les actrices se ressemblent, mais en plus, on n’a pas d’identification forte ou intéressante. Encore une fois, c’est juste fait pour combler un vide émotionnel impressionnant. Vide qui se traduira par la mise en scène putassière de Bekmambetov, usant et abusant d’effets numériques dans l’espoir de rendre les scènes d’action plus dynamiques, plus impressionnantes, histoire d’avoir quelque chose à concurrencer avec l’original. Sauf que là aussi, ça résonne comme faux et c’est très laid à regarder.

Une laideur qui s’affiche même dans les décors et la volonté de faire du grandiloquent. Ecourté d’une bonne heure, ce nouveau Ben-Hur n’a plus la substance si forte de l’original et ne saisit pas la sève même de l’œuvre, à savoir la rivalité entre ces deux frères malgré l’amour qu’ils se portent. Un amour qui sera mis à rude épreuve face à la religion et les obligations d’une origine donnée à la naissance. Les constructions des personnages sont calamiteuses, comme le départ de Messala sur un coup de tête, ou encore le final où le pardon est de mise. La religion prend une place trop importante dans ce métrage. Là où Wyler laissait planer le doute sur l’identité de Jesus et n’en faisait pas des caisses, Bekmambetov y va avec ses grosses chaussures pour bien marquer le spectateur. Il faut dire qu’il est un peu con le spectateur d’aujourd’hui et qu’il faut tout lui expliquer. Avec ce métrage, on n’est pas loin du prosélytisme et cela en devient carrément gênant.

Une gêne qui se caractérise dans le jeu calamiteux des acteurs, jeunes premiers comme confirmés. Difficile de passer outre la coiffure d’un Morgan Freeman en sous-régime, qui se contente de déblatérer des phrases philosophiques en tenue de moine bédouin. Mais le pire dans tout ça, c’est l’excellent Toby Kebbell qui ne trouve pas de rôle à la hauteur de son talent et qui se gâche constamment dans des daubes hollywoodiennes (heureusement qu’il a confirmé son talent avec Quelques Minutes Après Minuit). Et ne parlons pas de Jack Huston, plus proche d’un Kev Adams que d’un Charlton Heston, ou encore de Rodrigo Santoro qui joue un Jesus au charisme d’huître, lui, il multiplie les fruits de mer, pas les pains. Quant aux personnages féminins, on a droit à de très jolies femmes, comme Sofia Black D’Elia, mais ce ne sont que des faire-valoir masculins…

Au final, Ben-Hur version 2016 est une purge infâme qui n’a rien à voir avec le chef-d’œuvre de William Wyler. Sorte de réécriture moderne calibrée pour un grand public qui ne comprend rien au cinéma, Timur Bekmambetov réalise un navet des familles où l’action prime sur l’émotion et où le numérique prime sur le naturel. Un film d’une incommensurable connerie où la substance même de l’histoire est absente et qui ne promet qu’une chose, une grosse course de chars. En bref, et pour faire court, ce Ben-Hur est un très mauvais film qui ressemble plus à un crachat sur le cadavre de Wyler qu’à une vraie volonté de faire du cinéma.

Note: 04/20

Par AqME

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