La Force du Temps – Deborah Harkness

Auteure : Deborah Harkness

Editeur : Calmann-Lévy

Genre : Fantastique

Résumé :

L’amour peut-il bâtir un pont entre les siècles ?
Sur un champ de bataille durant la guerre d’indépendance américaine, Marcus MacNeil, un jeune chirurgien du Massachusetts, croise la route du vampire Matthew de Clermont. Alors que le monde semble à l’aube d’un avenir meilleur, Matthew offre à Marcus l’opportunité de devenir un vampire, et de s’affranchir d’une existence puritaine étouffante, ainsi que la promesse d’une vie éternelle. Mais sa transformation ne se fait pas sans mal, et les anciennes traditions et responsabilités qui pèsent sur la famille De Clermont ont tôt fait d’entrer en conflit avec les valeurs de Marcus, qui ne rêve que de liberté, d’égalité et de fraternité.
À Paris, de nos jours, Phoebe Taylor, jeune employée de Sotheby’s dont Marcus est tombé amoureux, s’apprête à faire le même choix d’immortalité que son âme-sœur. Le processus, modernisé avec le temps, semble facile, mais le couple doit très vite faire face à la réalité : par le passé comme aujourd’hui, un humain souhaitant devenir un vampire doit en subir les conséquences. Et les ombres auxquelles Marcus avait échappé des siècles auparavant pourraient revenir les hanter tous les deux, malgré tout le soutien que leur apportent Matthew et Diana.

Avis :

Les romans sur les vampires, ou toutes autres créatures de la nuit, en parlent souvent et alimentent de nombreuses réflexions sur ce que deviendrait la valeur de la vie si celui-ci pouvait s’étendre à l’infini. Nous parlons du temps, cette variable magique qui nous permet de profiter de chaque instant, comme s’il était le dernier ; d’aimer grand comme si l’être adoré pouvait disparaître ; de faire des choix parfois difficiles qui nous façonnent ; de vivre intensément et de se rappeler des meilleurs moments. Le temps est le « personnage » principal de ce roman magique, comme le sont finalement toutes les œuvres de Deborah Harkness.

Après Le livre perdu des sortilèges, L’école de la nuit et Le nœud de la sorcière, l’auteure best-seller revient avec son dernier roman, tout en finesse, Histoire passionnante et questionnements. Il est dommage que la série télévisée, voulant reprendre cette trilogie, n’ait pas fonctionné. Il y a des scénaristes un peu trop téméraires, qui préfèrent réinventer une histoire, plutôt que de la suivre, et le fan-service, en réaction, n’est pas toujours au rendez-vous, surtout lorsque l’essence même des personnages est modifiée.

Dans La force du temps, on retrouve avec un immense plaisir tous les personnages que l’on avait côtoyés précédemment, dont Diana Bishop, la sorcière intrépide ; Matthew de Clermont, le ténébreux vampire aux mœurs particulières ; leurs quelques enfants, ainsi que tous les autres membres de leurs familles. Pour ceux qui n’ont pas lu les autres ouvrages, il sera sans doute difficile de supporter l’accumulation de la trentaine de prénoms, ajoutés aux nouveaux, dont les liens ne sont pas toujours rappelés, pour ne pas alourdir la narration. Fils adoptif, fils de sang, tante, oncle, cousin, grand-parent, amis, domestiques, membres de groupes politiques, partenaires commerciaux, camarades de bataille, … toutes les possibilités y passent, demandant au lecteur un travail attentif pour se rappeler de tous les personnages, et de toutes leurs implications. D’autant plus que, La force du temps, présente de nombreuses personnalités, dont des ayant réellement existé, du passé de Marcus, un des enfants du couple fétiche, embrouillant davantage un lecteur peu concentré. Un arbre généalogique, un glossaire, ou des rappels, auraient été bienvenue pour faciliter la lecture de ce roman.

Bien que le thème semble s’adresser aux adolescents, Deborah Harkness écrit pour des adultes. L’écriture est soutenue, détaillée et riche en descriptions historiques. La force du temps s’intéresse à un personnage qui n’avait pas été très approfondi dans la trilogie précédente : Marcus. Son passé incroyablement animé nous fait voyager dans l’Histoire, pendant la guerre d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique et la Révolution française. Les images sont incroyables de véracité. On s’imagine bien les amoncellements de cadavres dus à la guerre ou aux maladies, les champs décimés, les villes et villages rasés, les handicapés déformés ou la rage de vaincre des laissés pour compte. Les indications précises de l’auteure attestent de travaux de recherche importants, permettant aux personnalités telles que La Fayette, Marat ou Washington de ressortir plus vrais que jamais. Le lecteur apprend et s’évade à la fois.

Les chapitres sur le passé de Marcus s’intercalent entre deux autres parties tout aussi géniales et passionnantes : la transformation en vampire de sa compagne, Phoebe Taylor, et la vie de tous les jours chez la famille de Clermont. Les deux petits jumeaux de Diana et Matthew, de quelques mois à peine, sont adorables et donnent des sueurs froides à leurs parents. Seront-ils des sorciers comme leur mère ? Seront-ils acceptés pour leur double pouvoir ? Parviendront-ils à maîtriser cet héritage varié provenant de leurs parents ? Comment doit-on éduquer des vampires-sorciers ? Leurs bêtises sont rafraîchissantes et mignonnes. De plus, les histoires de famille chez les Clermont ne sont jamais de tout repos.

Alors que Marcus leur raconte les bribes de son passé dont il se rappelle avec douleur, Diana effectue des recherches pour l’aider à approfondir quelques passages, et Matthew essaie de rassurer son fils sur la force de sa bien-aimée, qui parviendra, sans doute aucun, à devenir une vampire qui saura se maîtriser et qui l’aimera, avec la même puissance dont elle faisait preuve en étant mortelle. Phoebe apprend, pas à pas, à devenir une buveuse de sang et son apprentissage, à l’ancienne, est captivant. Elle progresse, chaque jour, et comprend que la force et la soif chez un vampire, ne sont pas des paramètres à prendre à la légère. Parviendra-t-elle à tuer de sang-froid pour se nourrir ? Réussira-t-elle à ne pas sauter au coup des premiers humains venus, à la première fringale ? Supportera-t-elle l’écoulement long et langoureux du temps, qui ne sera plus jamais une variable gênante dans sa vie ? Saura-t-elle choisir les souvenirs dont elle se veut se rappeler, et ceux qu’elle doit supprimer, après plusieurs milliers de vies et l’incapacité de tous les sauvegarder ? Saura-t-elle maîtriser sa grande force ? Tant de questions auxquelles devra répondre Phoebe, après plusieurs mois d’apprentissage et d’isolement, en compagnie de professeurs charismatiques, attachants et durs.

Les relations hiérarchiques compliquées entre vampire dépeignent un univers aux règles strictes et maîtrisées. Les Clermont, un peu à l’image d’anciens dignitaires de la Cour, restent classes en toutes circonstances et n’hésitent pas à interférer dans les affaires politiques du monde. Pour combattre l’ennui, ces activités semblent efficaces. Les trois parties de ce roman s’enchaînent à merveille, et amènent différents niveaux de lecture. L’auteure y dépose des messages sur le temps et la façon dont on le perçoit. L’atmosphère sombre et délicate, ainsi que son univers complexe, riche et attachant, font de ce roman un véritable coup de cœur. L’action n’est pas spécialement présente dans La force du temps, alors qu’il se passe, pourtant, énormément de choses.

Deborah Harkness parvient à nous charmer, une fois de plus. Ses personnages incroyables et profonds, ainsi que leurs histoires rocambolesques et savoureuses, apportent tout ce dont les amoureux des vampires ont besoin.

Note : 20/20

Par Lildrille

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net