décembre 5, 2020

The ABC Murders

D’Après une Idée de : Sarah Phelps

Avec John Malkovich, Rupert Grint, Andrew Buchan, Eamon Farren

Pays: Angleterre

Nombre d’Episodes: 3

Genre: Policier

Résumé:

Hercule Poirot est confronté à un mystérieux tueur en série qui laisse pour seul indice un guide des chemins de fer « A.B.C. » sur les scènes de crime.

Avis :

Au même titre que les ouvrages d’Arthur Conan Doyle, les romans d’Agatha Christie sont considérés comme une référence incontournable en matière d’énigmes policières. L’inébranlable « whodunit » occupe une place fondamentale dans la majorité de ses récits. Maintes fois adaptée pour le petit et le grand écran, son œuvre demeure toujours un objet de fascination. Après sa version des Dix petits nègres et de Témoin indésirable, la BBC poursuit sa relecture des histoires d’Agatha Christie avec une enquête d’Hercule Poirot : The ABC Murders. Celle-ci n’est pas forcément la plus connue, mais elle se distingue par sa subtilité d’écriture et son protagoniste vieillissant.

Là où l’appropriation d’Hercule Poirot par Kenneth Brannagh dépeignait l’enquêteur hors pair avec un rien d’extravagance, la prestation de John Malkovich se veut beaucoup plus mesurée. Si le choix de l’acteur peut surprendre, il offre néanmoins une composition nuancée d’un personnage sur le déclin physique et non moral. En effet, il n’est pas question de remettre en cause ses capacités de déduction, son intellect ou ses méthodes pour mener ses investigations. L’homme possède toujours autant un esprit aguerri, à même d’entrevoir les détails qui ne collent pas derrière les évidences. De même, ses origines sont façonnées de telle sorte à lui proposer une nouvelle genèse.

Pour cela, les épisodes se construisent autour de flashbacks où l’on devine un passé tumultueux. Cette prise de risque offre une vision plus réaliste et éloignée des fantasmes habituellement véhiculés sur le personnage. Cela pourrait décontenancer les puristes. Il n’en demeure pas moins une approche à contre-courant de ce que l’on découvre d’ordinaire quand on met en scène Hercule Poirot. Le fait qu’il fasse l’objet de l’hostilité latente des forces de l’ordre et de considérations mésestimées auprès du grand public rend l’enquêteur plus tourmenté qu’à l’accoutumée. Et pour cela, l’intrigue se pare d’une atmosphère délétère, très contemporaine dans sa reconstitution des années 1930.

À ce titre, la description du Londres de l’entre-deux-guerres, ainsi que celle des communes avoisinantes, s’appuie sur le contraste entre la haute société et les logements miséreux. Entre prostitution, insalubrité et promiscuité, les conditions de vie sont parfaitement représentatives d’une approche sociétale sans concession. Ce choix est semblable à ce que l’on peut apprécier avec l’affaire John Christie (L’Étrangleur de Rillington Place) au cours des deux décennies suivantes. Ici, il est davantage question de dépeindre une certaine forme de xénophobie, à tout le moins une hostilité complaisante à l’égard des étrangers. Bien qu’il séjourne au Royaume-Uni depuis une vingtaine d’années, Hercule Poirot est également l’objet de ces comportements doucereux, voire méprisants.

Autre point qui dénote par rapport à d’autres enquêtes du détective belge : sa confrontation avec un tueur en série. Dans la majorité des ouvrages qui le concerne, les assassinats découlent de mobiles tangibles, motivés par la convoitise, la cupidité, la vengeance ou même la passion. Ici, les morts se succèdent en un jeu macabre déconcertant. S’il y a bien une logique dans la structure des crimes, la raison qui vient les justifier échappe à tout esprit cartésien. On pourrait presque penser que le rapport de force est inversé tant Hercule Poirot semble affaibli, vulnérable et pris au dépourvu. De plus, le modus operandi tient autant à quelques subtilités de vocabulaire et allusions bien tournées qu’à une violence explicite et inédite pour ce type d’histoire.

Au final, The ABC Murders détonne dans l’appropriation du roman d’Agatha Christie. Distillant une atmosphère bien plus sombre qu’à l’accoutumée, cette mini-série signée Sarah Phelps, déjà responsable des deux précédentes adaptations, se solde par une incursion marquante et surprenante. Outre la finesse de l’intrigue qui parvient à trouver un épilogue inattendu, on apprécie la composition de John Malkovich, à contre-courant de celle des précédents interprètes du détective belge. On découvre ce dernier plus humain, perclus de doutes et de cicatrices psychologiques. Son refus de vieillir, sa nostalgie du passé et, curieux paradoxe, des souvenirs qu’il préférerait oublier le rendent d’autant plus attachant, car ses failles s’avèrent crédibles. Une adaptation de qualité si tant est que l’on reste ouvert à certaines libertés consenties avec l’histoire et son personnage principal.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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