Cortex – Ann Scott

Auteure : Ann Scott

Editeur : J’ai Lu

Genre : Drame

Résumé :

Los Angeles, aujourd’hui. La cérémonie des Oscars va commencer. Plus de trois mille personnes dans la salle. Soudain, une explosion. Au cœur du chaos, très vite, les rumeurs courent. Julia Roberts, Steven Spielberg, Al Pacino ? Qui est mort, qui est blessé ? Dans cet Hollywood qui pleure ses icônes, Angie, une jeune réalisatrice française, Russ, un vieux producteur californien, et Burt, un humoriste new-yorkais, se croisent pendant quelques jours. Entre amours perdues, sidération et passion du cinéma, chacun se demande : de quoi sera fait le futur, sans tous ces visages familiers qui ont façonné nos rêves ?

Avis :

Comme on le sait tous, le cinéma américain est une industrie dévastatrice qui bouffe tout et tout le monde sur son passage. Et si on trouve de nombreux bouquins parlant de l’histoire des studios hollywoodiens, rares sont ceux qui essayent d’en faire une analyse à travers une histoire plausible et glaçante. Ann Scott est une auteure française qui a baigné dans l’univers du mannequinat et de la publicité avant de tout lâcher pour écrire des romans sous l’impulsion de l’éditeur Michel Luneau. Cortex est son septième roman et il va prendre pour point d’appui dans son intrigue, la cérémonie des Oscar et un drame immonde, un attentat à la bombe au sein même du théâtre où a lieu la cérémonie. En partant de ce principe, l’auteure va explorer l’impact d’un tel geste, mais surtout l’importance qu’a le monde du cinéma aujourd’hui à travers trois destins, celui d’un producteur dépressif, d’une jeune réalisatrice française paumée et d’un humoriste cynique qui ne sait plus où donner de la tête. Avec Cortex, Ann Scott livre une analyse passionnante du monde du cinéma, mais aussi et surtout de notre société et de ses dérives.

Le livre va s’intéresser à trois personnages qui ont tous des passifs différents. On va faire la connaissance de Russ, un producteur qui a perdu sa femme suite à un suicide pour fuir la maladie qui la rongeait, et qui va vivre cet évènement comme un signe du destin. On verra aussi Angie, une jeune réalisatrice française qui était venu à Los Angeles pour signer un contrat et qui va tout perdre à quelques secondes, remettant alors en cause sa vie passée et ses choix. Enfin, on verra Burt, un humoriste qui manie l’humour noir tout le temps caché sous un masque et qui va entrevoir les limites de son art avec cet ignoble attentat. On le voit rapidement, Cortex n’est pas un livre qui va parler précisément du cinéma. Il est très référencé, évoque beaucoup d’œuvres et d’artistes, mettant en avant les connaissances de l’auteure dans ce domaine, mais il va surtout parler de la vie en règle générale et chacun des protagonistes va avoir une façon très personnelle de faire un flashback sur ce qu’il a raté et sur comment il voit la société actuelle.

Ainsi donc, Russ vit cela comme une tragédie et il repense au vide qu’a laissé sa femme en décidant de partir. Croisant Angie lors de l’attentat, il va la prendre sous son aile et essayer de lui redonner goût à la vie. Tous les deux écorchés vifs, les relations seront à la fois tendues et paternelles. Cependant, Russ va faire un énorme retour sur soi et il va pousser des réflexions sombres sur le monde contemporain. Il regrette l’existence même des réseaux sociaux et du nouveau cinéma. Il déteste la nouvelle perfection affichée par les actrices et regrette profondément le cinéma d’antan, son artisanat et sa volonté de raconter la vie tout simplement. Aujourd’hui, pour lui, tout est trop superficiel, sans intérêt. On va voir donc un personnage très sensible, très triste, presque en dépression et qui ne veut qu’une chose, rejoindre sa femme au plus vite. Il s’agit-là du personnage le plus touchant et peut-être du plus clairvoyant sur une société de consommation qui va trop vite et perd complètement le sens des choses.

Avec Angie, le constat sera tout autre et la femme peut apparaître comme agaçante et percluse de vanité. Bouffeuse de bobines, voulant à tout prix réussir dans le septième art, c’est plus sa solitude qui va revenir. Perdant à la fois son contrat et son homme, qui était déjà mariée, dans cet attentat, la jeune femme va devoir faire face toute seule à cette ignominie, sans jamais accepter l’aide de quelqu’un d’autre, et notamment de Russ. Elle sera d’ailleurs en partie responsable du drame qui va en découler à la toute fin du roman. Ici, la jeune femme ne parle que d’elle, de son passif, de ses envies et de son parcours chaotique malgré une mère aimante et compréhensive. Elle représente finalement clairement un système qui vient de s’écrouler et qui ne sait plus où donner de la tête. Paumée, elle sera plus attristée par la mort de Meryl Streep que par la perte des deux jambes de son ex-compagnon. Ce personnage n’est pas très attachant, mais il démontre un cheminement de reconstruction intéressant, un peu trop égoïste, mais qui se veut crédible et finalement intéressant.

Quant à Burt, l’humoriste acide, son schéma de pensée est tout autre. C’est lui qui détient la clé des raisons de l’attentat et l’identité du tueur, mais il va surtout se rendre compte à quel point Hollywood est une machine à broyer les gens. Scénariste reconnu, humoriste autant aimé que détesté sur les réseaux sociaux, Burt sera celui qui va le plus parler de l’industrie du cinéma et du mal qu’elle fait. Il va aussi se rendre compte du poids des mots qu’il emploie et que parfois, la méchanceté a un prix. Celui de la crédibilité, celui de la vérité, de l’honnêteté, et il va tenter de se racheter au prix d’une ultime vidéo. Car oui, cet attentat va faire prendre conscience à Burt du danger de l’art, du danger de faire du mal aux autres et à quel point, finalement, Hollywood n’est pas là que pour faire rêver les gens. Avec ce dernier personnage, Ann Scott fait une belle critique d’un système qui vend des rêves, mais qui donne peu, ou tout du moins à qui elle a envie de donner. Derrière Cortex se cache une analyse pertinente du monde contemporain, tout comme trois modes de réflexion intéressants sur la reconstruction et l’égo.

Au final, Cortex est un court roman assez intéressant qui ne se focalise pas uniquement sur le cinéma ou sur les conséquences d’un tel drame. Ici, il n’est pas question d’anticiper un monde sans Jake Gyllenhaal, Meryl Streep ou encore Steven Spielberg, mais plus de voir comment trois inconnus, vivant dans le monde du septième art, peuvent se reconstruire en perdant leurs repères et leurs icones. Cortex est un roman savamment écrit, fluide, qui fait réfléchir sur notre monde, sur notre société de consommation et sur notre façon d’appréhender la culture. Bref, un excellent roman.

Note : 17/20

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net