La Ballade de Buster Scruggs

Titre Original : The Ballad of Buster Scruggs

De: Joel et Ethan Coen

Avec Tim Blake Nelson, James Franco, Liam Neeson, David Krumholtz

Année : 2018

Pays : Etats-Unis

Genre : Western

Résumé :

La ballade de Buster Scruggs est un western d’anthologie en six volets mettant en scène les légendes du Far West. Chaque chapitre est consacré à une histoire différente de l’Ouest américain.

Avis :

Les frères Coen sont des monstres du septième art, ni plus ni moins. Avec des films comme Fargo, The Big Lebowski ou encore No Country for Old Man, leur filmographie parle pour eux. Cependant, les deux frères ont un univers bien à eux et il faut parfois s’accrocher pour adhérer à leur délire. Des films comme Burn After Reading ou encore A Serious Man ne sont pas si accessibles que ça et il faut savoir où l’on met les pieds. Alors bien évidemment, quand ils s’associent avec Netflix pour faire un western, huit ans après leur remake de True Grit, cela attire les regards comme les craintes. Car oui, si Netflix est une plateforme qui laisse libre cours à la créativité des auteurs, c’est aussi un endroit tellement libre que parfois, la déception pointe toujours le bout de son nez. Alors concrètement, que vaut La Ballade de Buster Scruggs, western à sketches, qui présente certaines qualités du cinéma des deux frères, mais aussi certaines scories.

Il est très compliqué de parler du film dans sa globalité car les six segments du film sont très différents les uns des autres. Et cela aussi bien dans leur fond que dans leur forme, ou tout du moins dans leur longueur. De ce fait, on va revenir sur chaque histoire avant de synthétiser le tout. Le premier segment raconte la vie de Buster Scruggs, un chanteur et as de la gâchette qui s’amuse à répondre à tous les défis, amis un beau jour, il va tomber sur plus fort que lui. Ce premier moment est un peu une entrée en la matière dans le monde déjanté des deux frères. Ça chante beaucoup, l’histoire ne va pas pisser bien loin et s’évertue à montrer que l’homme reste un loup pour l’homme et qu’un jour ou l’autre, on tombe toujours sur plus fort que soi. Plutôt drôle dans la présentation de son personnage, assez joli au niveau de la mise en scène et de l’éclairage, ce segment sert de hors-d’œuvre avant d’attaquer des moments un peu plus intéressants. Mais tout ce qui s’apparente au cinéma des frères Coen est bien présent dans cette première histoire et on espère que cela inaugure le meilleur pour la suite.

Une suite tout aussi courte, mais beaucoup plus cynique dans son fond. Ici, on va tomber sur un malfrat qui décide de braquer une banque perdue au milieu du désert. Malheureusement, ce pistolero tombe sur un guichetier un peu farfelu et il va se faire attraper et ligoter à un arbre pour être pendu. On ne va pas en dévoiler plus pour garder toute la saveur de ce court moment qui pointe du doigt le mauvais hasard du destin et la malchance. Manipulant l’humour noir avec une thématique plutôt dure, à savoir que l’homme, bon ou mauvais, est de toute façon mauvais, ce deuxième segment s’avère assez plaisant et garde un ton badin qui sied parfaitement au western, du moins celui des frères Coen.

On restera plus dubitatif sur le troisième segment. Ici, on retrouve un homme de spectacle qui met en avant un autre homme qui n’a ni bras ni jambe. Son talent ? Raconter des histoires avec ferveur et passion. On va donc suivre ce théâtre itinérant au fil des saisons et se rendre compte que la recette ne suffit pas vraiment à vivre. Encore une, cette histoire n’est là que pour dire une chose, l’homme est une merde sans cœur. Ici, sans trop de paroles, juste avec des regards et des gestes équivoques, on comprend rapidement ce qu’il va se passer et on ne peut qu’être choqué par la finalité de l’histoire. Si le fond est très intelligent et bien mis en scène, c’est sur la forme que ça pêche. La photo est terne, la mise en scène demeure très classique, voire même répétitive, mais surtout, on s’ennuie ferme durant un bon moment. On suit ce convoi cahin-caha et au bout d’un moment, c’est long, malgré les prestations des acteurs, dont un Liam Neeson qui s’éloigne des actionners crétins.

Le quatrième segment relève un peu le niveau même s’il commence très lentement. On va suivre un chercheur d’or qui trouve un coin idyllique pour trouver une énorme pépite. On va suivre sa façon de procéder et comment il vit dans un milieu sublime mais dénué d’humanité. Comme d’habitude, il va se passer quelque chose sur la fin de l’histoire pour pointer du doigt la cupidité de l’homme. Et c’est justement cette fin qui va être intéressante. Non seulement parce qu’elle montre une vérité absolue qui se voit de nos jours, mais aussi parce qu’elle permet de sentir de l’empathie pour le personnage central. Ce vieillard en quête de richesse est touchant dans son abnégation et le coup final est d’autant plus percutant. Malheureusement, si la photo est jolie, grâce au cadre naturel, on restera plus de marbre sur une réalisation sans génie.

L’avant-dernier segment est le plus long et peut-être le plus recherché au niveau de l’histoire. Une jeune femme se retrouve sans son frère qui meurt d’une maladie et elle doit rejoindre l’Oregon pour être marié à l’associé de son frère. Mais en cours de route, un homme, M. Knapp, tombe un peu amoureux d’elle et souhaite l’épouser en évoquant une loi de l’Oregon pour avoir des terres. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, surtout si les indiens s’en mêlent. Et le problème avec cette histoire, ce n’est pas tant les indiens, qui viennent donner un coup de fouet à l’ensemble, c’est tout le reste juste avant, qui est bien trop long. Encore une fois, les frères jouent sur la malchance et le mauvais karma, mais lorsqu’arrive la fin, on se demande s’il était bien nécessaire de mettre tout ça en place pour un résultat si banal.

Enfin, la dernière histoire est étrange et pourrait prendre place dans n’importe quelle temporalité. Cinq personnes se retrouvent dans une diligence qui file à toute allure et chaque personne va exprimer sa vision de l’amour. On aura droit au trappeur qui rêvait à une vie simple plutôt loin de l’humanité, une bonne femme qui croyait en l’amour de son mari parce qu’il avait de la renommée et une certaine fortune, et un français dont la définition de romantisme reste à revoir. Pour les deux autres, leurs rôles resteront un mystère dans cette chronique. Avec cette partie, le fond est assez marrant et on retrouvera toute la fougue des frères dans des dialogues savoureux. Malheureusement, on grille très vite la finalité du bousin,  et on se surprend à s’ennuyer un peu devant ces échanges vifs, mais globalement peu intéressants.

Au final, La Ballade de Buster Scruggs est un western plutôt décevant quand on le regarde dans son globalité. Si les deux premiers segments font leur effet et s’avèrent plutôt sympathiques et dans la veine de ce que l’on attend des frères Coen, le reste demeure bien en deçà des attentes, notamment à cause d’un conformisme étonnant venant de la part des cinéastes. Les thématiques se rejoignent pour bien pointer du doigt l’immoralité de l’être humain, que ce soit dans sa cupidité, sa stupidité, sa violence ou encore son non-sens relationnel, mais il y a une certaine redondance qui s’installe au fur et à mesure des épisodes et on ne retrouve pas le génie des deux réalisateurs, qui avaient pourtant les coudées franches pour se faire plaisir. Un coup d’épée dans l’eau pour Netflix qui offre un film pas désagréable, mais très loin de la hype organisée autour de cet évènement.

Note : 12/20

Par AqME

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