juin 21, 2024

No Way Out – Il court, il court, l’enfoiré

Titre Original : Collide

De: Eran Creevy

Avec Nicholas Hoult, Felicity Jones, Ben Kingsley, Anthony Hopkins

Année: 2017

Pays: Angleterre, Allemagne, Chine

Genre : Action

Résumé :

Un jeune Américain nommé Casey vit avec sa compagne Juliette en Allemagne. Un jour, celle-ci est victime d’une insuffisance rénale. Le verdict ne tarde pas à tomber : Si Juliette veut vivre, elle doit se faire greffer un nouveau rein au plus vite. Casey décide alors de renouer avec son passé criminel pour sauver sa bien-aimée. Il retrouve Geran, son ancien commanditaire, qui le charge de dérober une importante quantité de drogue. Malheureusement le vol échoue et Casey se retrouve pourchassé par le mafieux Hagen Kahl car ce dernier veut récupérer une précieuse mallette que Casey lui a volé.En réprimande, Kahl n’hésite alors pas à s’en prendre à Juliette. Le jeune homme se retrouve alors embarqué dans une course poursuite infernale sur les réseaux routiers allemands afin de sauver la vie de celle qu’il aime avant qu’il ne soit trop tard.

Avis :

Ah, les joies de la distribution.

Il fut un temps où la majeure partie des productions (au moins américaines) sortait sur les écrans, que le film soit un blockbuster ou un film plus confidentiel (et là je parle d’il y a à peine 20 ans, une époque où l’on pouvait voir sur grand écran Komodo ou le Guerrier d’acier, si on remonte plus loin, quand les vidéo-cassettes n’existaient pas ou à peine, tout sortait au cinéma).

Avec l’avènement des vidéo-clubs s’est créé un circuit alternatif, souvent pour un public de niche et aux budgets plus réduits, le célèbre DTV, pour Direct to Video. Il s’agissait là de créer un nouveau marché à la source pour une nouvelle catégorie de spectateurs qui préférait déguster des films moins connus tranquillement dans leur canapé plutôt que d’aller voir Terminator 2 comme tout le monde. Le marché du DTV avait ses propres réalisateurs, acteurs, voire genres, et les productions étaient pensées dès le départ pour ce support.

Et puis le nouveau millénaire est arrivé, les supports se sont multipliés, les distributeurs se sont vus plus frileux et moins intéressés par la découverte que par la monnaie sonnante et trébuchante. Les sorties sont sacrifiées, avec des mois, parfois des années de retard (voir The Jane Doe Identity qui débarque cette semaine dans nos contrées, presque 6 mois après une sortie sur internet, ou Office, thriller coréen sélectionné à Cannes en 2015 et sorti 3 mois plus tard en Corée, qui pointera son nez dans les salles françaises cette année seulement), les films sont très mal distribués avec souvent à peine quelques copies dans l’Hexagone, quand ils ne sont pas tout simplement remisés à une sortie numérique en catimini.

No Way Out (ou Collide, les français ayant toujours tendance à prendre le public pour des imbéciles plus prompts à venir dépenser en masse si le titre contient des mots déjà vus ailleurs) a donc subit le traitement des mal-aimés qui ne voit jamais l’ombre d’une salle obscure, qu’ils aient mérité ou non cette punition.

Pourtant nanti d’un casting de choix (Nicholas « Fury Road » Hoult, Felicity « Rogue One » Jones, Ben Kingsley, Anthony Hopkins, excusez du peu) et d’un réalisateur qui s’était fait remarqué en 2013 avec le sympathique Welcome to the Punch en la présence d’Eran Creevy, le film a atterri en toute discrétion sur les plates-formes VOD la semaine dernière, sans l’ombre d’une publicité et dans l’anonymat le plus total.

Et quand on pense aux blockbusters bordéliques et sans âmes qui pullulent sur grand écran, et que l’on constate le capital sympathie et la fluidité de mise en scène de celui-là, on se dit que c’est fort dommage.

Sans être un film d’action exceptionnel, No Way Out s’avère pourtant une série B échevelée qui va à cent à l’heure, avec un démarrage un peu ronronnant mais qui sait enclencher le turbo dès lors qu’elle a atteint son rythme de croisière. Toute l’introduction fait pourtant craindre un thriller mou faussement entrainant, avec une exposition peu emballante et qui n’en finit pas. Casey, petite frappe qui fait le chauffeur pour les casses d’un mafieux turc, rencontre Juliette, barmaid qui ne veut rien avoir à faire avec le milieu du crime. Bien sûr par amour il va quitter son boulot, bien sûr va suivre une litanie de scénettes romantique en rose bonbon, et bien sûr notre héros va devoir reprendre du service pour le coup le plus dangereux de sa carrière lorsque sa dulcinée se découvre un rein à changer d’urgence. Et l’aventure va tourner court lorsqu’il se retrouve entre les mains de celui qu’il devait détrousser, le magnat du crime caché derrière un masque d’homme d’affaires Hagen Kahl.

C’est à ce moment-là que le film démarre enfin sur des chapeaux de roues, et voir Casey ne plus s’arrêter un seul instant (ou presque), pour fuir, retrouver sa chérie en danger, et si possible récupérer l’argent qu’il comptait voler au passage. En voiture, à pied, poursuivi par des hommes de main sanguinaires, martyrisé par les méchants, le brave Nicholas Hoult ne ménage pas sa peine et dépense autant d’énergie qu’il en prend plein la gueule, tout ça au nom de l’amour bien entendu.

On peut sourire devant l’émotion ingénue et désuète dégagée par No Way Out dans ses moments de calme, mais impossible de lui reprocher son sens du rythme et son énergie. Une fois partie, le film ne s’arrête plus pendant trente bonnes minutes (avant de trouver un rythme de croisière entre action, suspens, et un peu d’humour, devenant moins prenant mais toujours agréable), tout en étant filmé de très belle façon, fluide, efficace, et parfois très originale. On notera notamment un plan-séquence d’évasion tout simple mais assez incroyable qui nous fait nous demander comment la scène a été réalisée.

Dans les paysages exotiques de l’Allemagne de l’ouest (et ses autoroutes sans limitation de vitesse), Cologne et quelques petits patelins typiques (le film est une coproduction anglo-germanique), No Way Out enquille trois scènes de course-poursuite pétaradante à la suite, avant de terminer cette seconde partie virtuose sur un duel façon western dans une station-service teutonne. On ressort de ces trente minutes le sourire aux lèvres et les yeux grands ouverts.

Si le dernier tiers du film se calme un peu, préférant construire un peu son histoire avec quelques traits d’humour et autres rebondissements, on ne s’ennuie pourtant pas, et s’il y a une seule à reprocher à cette fin de métrage, ce serait une absence de véritable climax explosif digne de ce nom. Bien sûr c’est une volonté du réalisateur de préférer s’appuyer sur le scénario plutôt que les effets pyrotechniques, mais après de telles scènes d’action, on attendait la cerise sur le gâteau. Et ce même si voir un face à face entre Ben Kingsley et Anthony Hopkins a quelque chose de jouissif.

Car les acteurs ne déméritent pas.

Si Felicity Jones n’offre pas beaucoup plus qu’un joli minois et une certaine fraîcheur, Nicholas Hoult confirme être à l’aise dans tous les styles de film et se démène comme un beau diable, Ben Kingsley en fait comme d’habitude des tonnes en mafieux turc déjanté mais on ne peut s’empêcher de sourire, quant à Hopkins, il est assez effrayant en trafiquant de drogue implacable, le genre de rôle qu’on ne l’avait pas vu endosser depuis longtemps.

Petite série B très agréable qui vaut mieux que certaines grosses machines molles du gland, No Way Out ne méritait peut-être pas une sortie nationale sur tous les écrans de France et de Navarre, mais aurait pu espérer plus qu’une sortie sacrifiée en VOD.

Note : 14/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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