The Yards

De : James Gray

Avec Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix, Charlize Theron, James Caan

Année : 2000

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier, Thriller

Résumé :

A sa sortie de prison, Leo Handler revient chez lui avec un seul but : rester dans le droit chemin. Il trouve du travail chez son oncle Franck, patron de l’Electric Rail Corporation, qui règne sur le métro dans le Queens. Son ami de toujours, Willie, l’initie aux méthodes de la société. Leo découvre la face cachée des florissantes opérations de son oncle. Témoin de chantage, corruption, sabotage et même meurtre, il est au centre d’une situation explosive : il détient un secret qui fait de lui la cible de la plus impitoyable famille de la ville… La sienne.

Avis :

C’est en 1994 que James Gray attaque sa carrière de réalisateur pour le cinéma avec Little Odessa. Alors qu’il n’a que 25 ans, le jeune cinéaste va tomber rapidement dans un récit âpre, dur et réaliste, au milieu des gangsters et autres parrains. Si ce film lui permet de connaître une certaine renommée, c’est surtout avec son métrage suivant qu’il va se faire un nom. The Yards est un film policier à tendance thriller qui s’inspire grandement des œuvres qui fascinent James Gray, à savoir Le Parrain de Francis Ford Coppola, mais aussi Sur les Quais d’Elia Kazan et Rocco et ses Frères de Visconti. Des films qu’il a même projeté à son équipe afin que ceux-ci s’imprègnent de l’ambiance globale de ces œuvres. Et on peut dire que le jeune cinéaste a bien fait, puisque The Yards bénéficie d’une sacrée ambiance et surtout d’une trame dramatique bluffante, jouant avec les codes du polar pour finalement livrer une tragédie familiale sans précédent.

Le film commence avec le retour dans la famille de Leo, qui vient tout juste de sortir de prison pour des vols de voitures. Accueilli à bras ouverts par sa famille, il retrouve sa mère, fragilisée par une maladie du cœur, mais aussi sa cousine et sa tante. Cette dernière s’est remariée avec un magnat du transport ferroviaire et Leo, accompagné par Willie, va travailler pour lui dans des transactions plus ou moins crapuleuses. Malheureusement, une nuit, tout tourne mal. Willie assassine un homme et Leo plonge dans le coma un agent de police pendant que leur équipe pratiquait des sabotages sur des trains de concurrents. Dès lors, The Yards va prendre un autre tournant funeste, où les personnages vont se mettre à douter d’eux-mêmes, mais aussi de leurs proches, car la trahison conduirait tout le clan dans le trou. C’est sur ce principe assez simple de loi du silence que James Gray va peaufiner son intrigue en y insufflant un triangle amoureux et des suspicions entre membres de la même famille. Difficile donc de ne pas y voir un parallèle avec Le Parrain, l’un de ses films de chevet, dont il s’inspire grandement, sans pour autant avoir l’indécence de faire aussi grandiloquent. The Yards se veut plus intimiste, moins épique, mais pourtant tout aussi touchant.

La grande force de ce récit est forcément les personnages qui sont très travaillés et possèdent un sacré background. Leo, qui est joué par Mark Wahlberg, est assez impressionnant car il fait passer beaucoup d’émotions sans pour autant être communicatif dans l’expression de son visage. Il est relativement mutique, sauf avec sa cousine, et semble cacher quelques secrets dont on devinera rapidement les tenants et les aboutissants. L’homme est sensible derrière son faciès de gros dur et il va montrer des fissures à la fin, brisant même l’un de ses crédos. A ses côtés, on trouve Willie, le petit ami de sa cousine, interprété par Joaquin Phoenix. Ici, le personnage est plus binaire, plus simpliste. Il s’agit d’un frimeur, d’une grande gueule, comme on en trouve dans tous les récits de mafioso, et bien évidemment, cette façade va se décomposer au fur et à mesure de l’intrigue. Le réalisateur esquisse bien ce protagoniste qui va petit à petit sombrer dans une sorte de folie destructrice. Quant à la cousine, jouée par Charlize Theron, elle est l’atout charme du film, mais aussi et surtout l’une des raisons de l’effritement de la famille. Plongeant son film dans un triangle amoureux interdit, James Gray utilise ce personnage féminin fort pour briser tout le monde et construire une vraie tragédie qui ne peut que mal se terminer. The Yards, c’est aussi la rencontre d’un casting de jeunes étoiles montantes avec des monstres sacrés comme James Caan, jouant finalement le rôle de parrain (répondant presque au film de Coppola où il jouait le fils du parrain), Ellen Burstyn et Faye Dunaway.

Enfin, le dernier gros point fort de ce métrage, c’est clairement sa réalisation. Si on peut reprocher un ton un peu trop contemplatif (la director’s cut est plus courte, ce qui est une chose très rare), le film va asséner des plans d’une beauté à couper le souffle. A titre d’exemple, la séquence en clair-obscur où l’on voit juste une larme couler le long de la joue de Joaquin Phoenix est tout simplement incroyable. Non seulement par la beauté du plan, mais aussi par la justesse de sa signification, la fin d’une tragédie, la fin d’une vie, la fin d’un amour, la fin de tout. En faisant le choix de plans larges et d’une mise en scène sobre mais efficace, James Gray pose son film dans une ambiance crédible et réaliste. Le film ne fait pas de chichi, n’essaye pas de tromper le spectateur avec des effets spectaculaires, il reste simple, rendant le tout plausible et donc plus proche de nous, nous touchant plus qu’il ne le faut.

Au final, The Yards, le deuxième film de James Gray, est encore aujourd’hui une excellente histoire d’amour doublé d’un drame familial poignant et implacable. Citant aussi bien Le Parrain que des films dramatiques plus intimistes, le réalisateur a parfaitement su doser ses références pour produire un film personnel, fort et bourré de personnages empathiques tous plus différents les uns que les autres. Sans être pour autant un pur chef-d’œuvre du fait de sa lenteur parfois agaçante, The Yards reste un gros film à découvrir et redécouvrir pour trouver de nouvelles subtilités et être encore plus touché par ce triangle amoureux sensible et dangereux.

Note : 17/20

Par AqME

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