The Cured

De : David Freyne

Avec Ellen Page, Sam Keeley, Tom Vaughan-Lawlor, Stuart Graham

Année: 2018

Pays: Angleterre, Irlande, France

Genre: Horreur

Résumé:

Des années après que l’Europe ait été ravagée par le virus Maze qui transforme les humains en monstres cannibales, un antidote est enfin trouvé. Sean Brown est hanté par ce qu’il a fait. Alors qu’il revient vivre chez sa belle-sœur devenue veuve, la peur et la suspicion risquent de plonger de nouveau le monde dans le chaos.

Avis:

S’il y a bien une figure du cinéma horrifique qui a été bouffée à toutes les sauces, c’est le zombie. D’abord simple second couteau qui servait de chair à canon à d’autres monstres plus imposants comme Dracula, puis véritable créature néfaste servant à protéger un trésor, jusqu’à devenir une icône de la pop culture grâce à Romero, premier réalisateur à inclure un message sociétal au sein de son récit horrifique, le mort-vivant n’a jamais vraiment quitté les écrans et il est même devenu omniprésent. Le problème, c’est qu’au bout d’un moment, on a tendance à se répéter et il faut trouver de nouvelles choses à dire. Ainsi, le zombie a colonisé la comédie, la science-fiction, et même le drame. Et c’est sur ce secteur là que le zombie pense avoir trouvé son avenir. Tout d’abord avec Maggie où l’on pouvait voir un Schwarzy tout émotif face à la déliquescence progressive de sa fille, et maintenant avec The Cured, qui utilise le zombie pour dresser le portrait d’une société qui part à vau l’eau et qui n’a que faire des gens différents. Une façon comme une autre pour dénoncer le racisme et l’intolérance.

L’histoire du film est toute simple, mais démarre presque à l’envers d’un film de zombies conventionnel. Ici, l’épidémie est terminée, le virus a été endigué grâce à un vaccin qui marche sur quasiment toute la population qui fut infectée. Malheureusement, les gens guéris par ce vaccin se souviennent de toutes les atrocités commises lors de leur infection. Un programme doit alors les réinsérer dans la vie active, même si la majorité de la population refuse de revoir ces gens, qui sont devenus des meurtriers à leurs yeux. De plus, certaines personnes sont résistantes au vaccin et demeurent dans un état d’infecté. C’est dans ce contexte que Sean va essayer de réapprendre à vivre, alors qu’il cache un lourd secret et que son nouvel meilleur ami tente de se rebeller en voulant libérer le reste des infectés pour instaurer un nouvel ordre mondial. Sur le papier, le film demeure assez intéressant car il prend à revers tous les films de zombies connus et essaye vraiment d’insuffler une réflexion sur le comportement humain, et notamment le rejet de l’autre à cause de la peur. Une thématique intéressante et finalement encrée dans le réel, puisque le parallèle avec les migrants est vite fait. Cependant, ce n’est pas parce que l’on a du fond que cela demeure pertinent.

Si on va pouvoir y voir le sempiternel message comme quoi l’homme est pire que le zombie et que c’est lui le véritable méchant du film, il manque à The Cured ce petit plus qui fait que le film frappe fort et là où ça fait mal. Baignant dans une atmosphère dépressive à souhait, le film n’arrive pas à tenir le rythme et lasse très vite par sa façon de filmer ou de présenter ses personnages. Tout le monde tire la gueule, la photographie est terne et grise et il ne ressort rien de vraiment percutant. Même la fin, qui se veut plus pêchue, voire même nihiliste au possible, n’arrive pas à relever le niveau à cause d’un traitement trop terre à terre ou tout du moins qui s’axe trop sur une sorte de dépression et une montée en force d’un groupuscule terroriste. En effet, David Freyne ne maintient pas vraiment la pression tout du long à cause d’une exposition trop longue et donc pas assez dynamique et percutante. On sent bien une volonté d’approfondir les personnages, et surtout celui du « méchant », mais c’est fait de manière assez maladroite, et surtout très lourdingue. On aura droit à tous les chemins possibles, comme le rejet du père, le rejet de la société, la perte de classe, l’humiliation des militaires et tout cela fait beaucoup trop.

D’autant plus que les raisons de ce personnage sont assez lugubres. Politique avant l’infection, il revient comme balayeur dans la rue et n’accepte pas sa condition et va trouver comme solution la montée d’une haine envers tout le monde. Si on peut comprendre certaines paroles, les actes sont plus virulents et manquent parfois de réflexion. D’autant plus que la formation de ce méchant est tout simplement due à une société qui le rejette, remettant en cause notre fonctionnement et n’abordant jamais la réflexion de l’autre côté, c’est-à-dire de la population qui voit en ces personnes de potentiels dangers. D’un autre côté, on aura Sean, le « gentil » de l’histoire, qui cache un lourd passé, et qui va se faire embobiner avant de comprendre le malaise. Si le personnage demeure attachant, ses atermoiements interminables autour de son secret et ses errances viendront à bout de notre patience. Tout comme la tronche en biais d’Ellen Page, d’habitude si convaincante et qui peine ici à faire croire en son personnage de mère courage. A l’image même de l’ambiance du film et de sa photographie, l’actrice demeure terne.

Et c’est bien dommage. C’est bien dommage parce qu’il y avait du potentiel dans le script. Ici, le but est de montrer que même une fois guéri, l’homme reste un loup pour l’homme et que visiblement, on ne peut rien faire pour le sauver. Il y avait aussi toute l’histoire autour du remord et des regrets, puisque les gens se souviennent de ce qu’ils ont fait, mais là aussi, hormis pour le personnage central, les autres semblent plutôt bien le vivre puisqu’ils veulent faire un coup d’état. Et de l’autre côté, il y a aussi la perception des victimes ou des proches des victimes, afin de savoir s’il faut ou pas réintégrer ce gens. Seul le personnage d’Ellen Page aura un peu de nuances, mais c’est trop peu. Bref, il y a énormément de thèmes dans ce film qui auraient pu être brassé de façon intéressante, mais tout est survolé, et on se surprend à regarder de façon anodine un film qui aurait pu avoir une plus grande ampleur.

Au final, The Cured, à l’image de Maggie, est un film sur les infectés qui s’avère assez mou du genou, pour ne pas dire chiant. Malgré des thématiques riches et intelligentes, le film s’embourbe dans un faux rythme de film d’auteur et en oublie l’essentiel, divertir tout en faisant réfléchir. Sans être mauvais, The Cured est un film inoffensif, qui ne changera pas la donne du film de morts-vivants, brassant encore et toujours le même thème sur la nuisance de l’humanité. Bref, sous couvert de nouveauté, on nous place encore des vieilleries, ce qui est bien dommage.

Note : 11/20

Par AqME

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