The Persistence

Résumé :

Le « Persistence » est un vaisseau d’ensemencement transportant à son bord des colons à la recherche d’une nouvelle vie. Un bond spatio-temporel malencontreux a cependant placé ce dernier dans le disque d’accrétion d’un trou noir, provoquant au passage des dégâts considérables et la transformation de l’équipage en une horde de mutants…

Avis :

Dans le domaine cinématographique, l’horreur et l’espace se sont principalement démocratisés avec Alien – Le 8e passager. Si la saga initiée par Ridley Scott a fourni de nombreux jeux vidéo, peu d’entre eux sont parvenus à réellement effrayer. Il faudra attendre Alien : Isolation pour retrouver les sensations du premier métrage. Entre temps, les amateurs de frissons intersidéraux ont pu apprécier l’ambiance unique de Dead Space. Bien que la conclusion de la trilogie soit en deçà des deux premiers opus, il en ressortait une franchise ambitieuse et indéniablement maîtrisée. Depuis, les incursions en la matière sont soit modestes (Syndrome), soit rares (Prey).

De prime abord, The Persistence s’inscrit directement dans cette lignée de jeux angoissants. À bord du Persistence, le personnel de bord a été décimé. Il ne subsiste plus que des mutants et des créatures dégénérées pour hanter les lieux. Au vu du pitch initial, l’intrigue n’a rien de foncièrement surprenant à offrir. D’ailleurs, elle reste généralement en retrait au fil de l’aventure. Le principal intérêt est l’usage du PlayStation VR pour immerger le joueur d’une tout autre façon. Les ambitions du projet sont clairement affichées et promettent des sensations inédites dans la manière de se familiariser avec le gameplay.

Le titre de Firesprite s’aborde sous l’angle du FPS. Là où le genre semble bien balisé, l’utilisation du casque VR change foncièrement la donne. Avant de s’attarder sur la qualité de l’ambiance, la confrontation avec The Persistence est aussi déstabilisante pour les experts du shoot à la première personne que pour les novices. Sur ce point, les différents publics sont mis sur un pied d’égalité. Les déplacements se font d’une manière assez classique avec des mouvements latéraux, la possibilité de ramper, mais pas de sprint possible. On notera deux éléments novateurs qui obligent à adapter ou modifier ses réflexes de joueur.

Le premier tient plus à l’ergonomie du titre. Le ramassage des objets, l’ouverture des portes et l’activation de certaines commandes se font uniquement par l’orientation de la tête. Il suffit de fixer un item ou un mécanisme du vaisseau (porte, casier…) pour l’enclencher. Le confort de jeu et la fluidité des actions sont ainsi optimisés pour rendre naturel des tâches annexes. Quant au second point, il tient à une appréhension très particulière des affrontements. Il n’est pas ici question de tirer à tout-va, mais de privilégier une approche plus directe par le biais d’armes de mêlée. Les attaques sont agressives et il convient de se plier à un bon timing pour savoir à quel moment frapper ou user de son bouclier protecteur.

Les premiers essais peuvent rendre les actions assez pataudes, pas forcément réactives, pour occire de la manière la plus rapide et efficace ses ennemis. D’ailleurs, il ne faut guère se réjouir si l’on trouve un revolver ou un pistolet. La visée est plus qu’aléatoire (alors que vos adversaires font preuve d’une précision presque agaçante), même à bout portant. Il est donc nécessaire de réfréner ses velléités pour progresser. S’il est toujours possible de se risquer à ne pas faire dans la dentelle, la vulnérabilité du personnage décourage fortement cette orientation de jeu. L’infiltration est fortement recommandée, et ce, pour plusieurs raisons.

À commencer par la difficulté « extrême » de The Persistence. L’adjectif ne vaut pas ici pour définir un space opera horrifique à la sauce « Dark Souls », mais plutôt à des choix de base particulièrement restrictifs et punitifs. Chaque mort vous oblige à reprendre la section dès le début. Le titre n’est pas découpé en chapitres, mais en quatre grandes zones. Il est tout à fait possible d’avancer pendant une à deux heures, puis de tomber sur un piège, une sentinelle ou un ennemi particulièrement retors. Le résultat ? En plus de revenir à la case départ, vous perdez la collecte de tous vos items, exception faite des « objets » faisant office d’argent pour améliorer vos capacités.

De même, les ennemis réapparaissent inévitablement et de manière aléatoire. Vous ne pouvez pas aborder une partie familière du vaisseau sereinement sans craindre une irruption aussi inattendue qu’inopportune. L’apprentissage par l’échec offre un challenge de taille, mais une plus grande souplesse aurait permis moins de frustration. De fait, l’action semble assez répétitive et aura raison des joueurs les moins persévérants. Pour contourner la difficulté, il est toujours possible d’user des capacités de téléportation ou du « sonar » pour détecter les présences aux alentours. D’où la nécessité d’aborder le titre sous l’angle de l’infiltration.

Au regard de cette difficulté, c’est la peur de l’échec qui prévaut sur toute autre forme de frissons. Malgré une ambiance particulièrement soignée, l’absence d’une véritable mise en scène atténue considérablement la crainte d’arpenter des couloirs sans contraste ni variété. Il n’y a qu’à voir le travail réalisé par Visceral Games pour se convaincre des possibilités offertes par un tel environnement. Ici, on joue davantage sur l’aspect labyrinthique et les différentes approches envisageables pour proposer une aventure non linéaire dans son cheminement, mais qui brille aussi par un manque de ressenti et d’émotions. Pour vulgariser l’impression générale, le ton donné tient davantage de Doom que de Dead Space. Ce qui n’est en rien un défaut, juste une erreur d’appréciation.

En ce qui concerne la durée de vie, on se situe entre sept et dix heures pour boucler l’aventure. Cela sans compter la succession de morts et d’échec qui découle des multiples tentatives pour réaliser un parcours sans fautes. Une longévité tout à fait correcte pour un titre de cet acabit. Le fait de customiser les aptitudes, les éléments de protection et l’arsenal de son personnage offre également des possibilités assez jouissives pour progresser. Enfin, il existe aussi un « mode assisté » pour proposer une partie plus facile. Les ennemis sont plus simples à éliminer et l’utilisation de la téléportation est illimitée. Toutefois, ce choix est irréversible et ne permet pas de revenir vers une difficulté « normale ».

Au final, The Persistence est un survival-horror qui s’appuie sur la difficulté de son aventure en délaissant l’ambiance et la narration. L’usage du PlayStation VR offre une immersion inédite dans un tel contexte, mais le challenge corsé laissera plus d’un joueur sur le côté. Les amateurs de Doom peuvent s’y plonger sans crainte. Ceux et celles qui désirent un titre plus posé et travaillé sur l’atmosphère des lieux seront moins enclins à s’y risquer. Une initiative appréciable qui porte définitivement bien son nom, mais qui aurait gagné en qualité par une mise en scène plus soutenue et une approche moins intransigeante pour chaque trépas.

Note : 14/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net