Le Signal – Maxime Chattam

Auteur : Maxime Chattam

Editeur : Albin Michel

Genre : Fantastique, Horreur

Résumé :

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.
Un havre de paix.
Du moins c’est ce qu’ils pensaient….
Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…..

Avis :

S’il s’est fait connaître pour ses thrillers, Maxime Chattam ne se cantonne pas à ce seul genre. En l’espace de sept volumes, la saga Autre-Monde explorait un univers propre à la fantasy. Véritable OVNI littéraire, et par conséquent inclassable, Le coma des mortels se révélait une lecture expérimentale, passablement déconcertante. Toujours est-il que le renouvellement de ses intrigues et cette remise en question sur l’orientation de son œuvre contribuent à faire de Maxime Chattam un auteur de talent et de convictions. Avec Le signal, il effectue une incursion dans le domaine du fantastique. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’une première puisqu’il s’était déjà essayé à cet exercice avec Le 5e règne.

L’on y dénotera quelques occurrences puisque l’action se trouve également en Nouvelle-Angleterre, plus particulièrement dans le Massachusetts. On note aussi la présence d’un groupe d’enfants qui ont une importance particulière au sein de l’intrigue. L’on délaisse toutefois Edgecombe pour Mahingan Falls. Une petite ville à la situation géographique assez spécifique, car proche de Salem. Au-delà de l’inspiration que renvoie Le signal, on y remarquera des allusions propres à d’autres écrivains de référence qui le précèdent sur ce terrain. Le cadre de l’Amérique profonde étant un terreau particulièrement fertile pour des histoires fantastiques à l’atmosphère toute mystérieuse.

Dans ce contexte, les clins d’œil à Lovecraft sont aussi évidents que faciles. Preuve en est avec une incursion à l’asile d’Arkham, l’évocation de l’université de Miskatonic ou encore la furtive présence du De Vermis Mysteriis, ouvrage fictif du Mythe de Cthulhu au même titre que le Necronomicon. À cela s’ajoutent également des allusions à Stephen King. La proximité avec la ville de Derry et le caractère de certains protagonistes renvoient clairement à Ça. S’il est référentiel dans son fond, Le signal ne manque pas pour autant d’identité. Le style de son auteur et sa capacité à tenir sur la longueur des « récits-marathon » (le texte très dense dépasse les 750 pages, grand format) contribuent à l’immersion du lecteur.

Outre le passif colonialiste de la communauté, on sent un vécu lourd où le conservatisme est aussi important que le calme apparent de cette bourgade. Bien que fictive, Mahingan Falls est dépeinte avec réalisme, s’inspirant de villages existants et de l’héritage folklorique de la région. À ce sujet, on touche autant à la sorcellerie (le procès de Salem au XVIIe siècle), aux hantises, voire aux phénomènes de possession. L’occultisme constitue une part essentielle dans la qualité de l’ambiance. De la présentation de rituels à l’obsession qu’engendre ce savoir ancien, il n’y a qu’un pas pour basculer dans des aspirations criminelles où l’horreur n’est jamais très éloignée.

Cette dernière ne sera pas uniquement suggestive, loin s’en faut. Si dans un premier temps, on officie dans le domaine du fantastique tendance ghost-story, le ton vire rapidement à une violence explicite. D’abord de manière ponctuelle et isolée, celle-ci s’étend progressivement. La force de description distille des séquences gores et sans concession où le moindre détail est synonyme d’une souffrance extatique, car poussée dans les extrêmes du supportable. De ce côté, on songe au travail de Clive Barker, notamment sur Hellraiser. Les deux histoires sont aux antipodes, mais le traitement de la douleur reste assez similaire dans les fondamentaux.

Au final, Le signal est un excellent roman fantastique, comme on aimerait en voir davantage, surtout de la part d’auteurs français. Avec une dynamique qui lui est propre pour happer son lectorat dès les premières pages, Maxime Chattam s’impose une nouvelle fois par son talent de conteur hors pair pour façonner une intrigue parfaitement maîtrisée. Entre une ambiance où l’angoisse monte crescendo, de nombreuses références cohérentes avec l’esprit du récit et des protagonistes aussi soignés qu’attachants, on tient là une véritable leçon de littérature. Et cela vaut pour tous les aspects d’une bonne histoire qui répondent présents à l’appel. Pas une surprise compte tenu de la constance (et de l’excellence) de sa bibliographie, mais une incursion notable dans le genre dont il serait dommage de passer à côté.

Note : 18/20

Par Dante

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