The Lodgers

De : Brian O’Malley

Avec Charlotte Vega, Bill Milner, Eugene Simon, David Bradley

Année : 2017

Pays : Irlande

Genre : Horreur

Résumé :

Un frère et sa sœur sont liés par un terrible secret qui les contraint à ne jamais quitter la maison recluse que leurs parents décédés leur ont laissée en héritage. Un jeune homme va bientôt faire voler cette situation en éclats.

Avis :

Parmi les pays les plus prolifiques en matière d’horreur, l’Irlande ne fait clairement pas partie du haut du tableau. Préférant bien souvent un cinéma dramatique ou social, le pays du Leprechaun tente tout de même quelques incursions dans un genre assez codifié mais où chaque pays possède une patte certaine. Et l’Irlande ne fait pas exception, profitant de ses décors grandioses et froids pour fournir quelques bobines alléchantes et souvent désespérées. En vrac, on peut citer le très étrange Isolation et sa vache mutante, le très lugubre Citadel et son père dépressif dans les cités ou encore Le Sanctuaire et ses légendes folkloriques vengeresses. Des films qui possèdent tous une grosse identité visuelle, préférant le rythme lent et l’atmosphère froide pour s’insinuer insidieusement dans le cervelet des spectateurs. Brian O’Malley est un réalisateur qui avait frappé un grand coup avec Let Us Prey, un film d’horreur irlandais donc, qui se passe dans une prison et qui possédait une atmosphère très prégnante, faisant penser à du John Carpenter par moments. Avec The Lodgers, le cinéaste change son fusil d’épaule, préférant l’épouvante à l’horreur pure et imposant un style gothique dans une période noire d’après Première Guerre mondiale.

L’histoire se focalise sur un frère et une sœur, jumeaux, qui doivent tenir une vieille baraque gothique suite au suicide de leurs parents. Les deux jeunes gens, alors âgés de 18 ans, semblent avoir peur d’une prophétie, qui faire venir des esprits tous les soirs à minuit dans leur baraque. Lui est agoraphobe et ne peut plus sortir de la maison. Elle doit faire les courses dans le village proche et tombe amoureuse d’un ancien soldat, estropié à la jambe. Voulant se sortir de la malédiction familiale, elle va se heurter à la résistance de son frère et de sa déchéance. Le pitch peut paraître complexe dit comme ça, mais il reste assez limpide dans son déroulement. Très rapidement, Brian O’Malley va poser les conditions de la malédiction avec une petite comptine, ajoutant donc un côté mystique qui n’est pas pour nous déplaire. La présentation des deux personnages est sommaire mais suffisante pour que l’on comprenne que le garçon a le dessus physique sur sa sœur, mais qu’elle est plus forte psychiquement. D’ailleurs, on va rapidement voir que le jeune homme perd peu à peu les pédales, comme soumis à la malédiction familiale, alors qu’elle essaye de s’en sortir en trouvant l’amour et en s’ouvrant au monde extérieur. Le travail sur les deux personnages principaux est assez bien fait, même s’il reste léger.

Le problème va venir de tout le travail qui est effectué en arrière-plan. En premier lieu, si on situe bien temporellement le film, il manque l’aspect rude de la guerre et des cicatrices qui restent sur le paysage et sur les gens. On aura bien un jeune soldat blessé, mais c’est surtout sur les habitants n’étant pas partis sur le front que le film s’arrête un petit peu, les montrant comme des salopards de première. C’est beaucoup trop terne pour passionner et cela ne rentre pas en ligne de compte par rapport à l’intrigue principale. On a l’impression que c’est juste du remplissage pour démontrer que le monde à l’extérieur est moche et sans avenir. Une façon comme une autre pour dissuader la jeune femme de partir de la maison hantée. On notera aussi que les personnages secondaires sont fades au possible et que personne n’est réellement attachant, hormis sur le personnage féminin qui se veut fort. Prenons par exemple le personnage joué par David Bradley (The Strain, Game of Thrones), un vieillard qui se faire vendre la baraque et dont le sort funeste ne sera que mérité. Un personnage fonction qui va juste montrer la folie grandissante du frère. Bref, il manque pas mal d’épaisseur pour densifier l’ensemble du film et lui donner un contexte plus solide.

Il ne faudra pas compter non plus sur le rythme du film qui est très, mais alors très, lent. Voulant faire dans le gothique esthétique, Brian O’Malley livre une prestation qui risque fort d’en endormir plus d’un. En fait, avec ce film, on a la sensation que le jeune réalisateur veut renouer avec les films d’épouvante des années 50/60 et de l’âge d’or de la Hammer. Pour ce faire, il livre un film lent, avec de longs plans de caméra, débouchant sur finalement pas grand-chose. Alors oui, le film est très beau. Les décors sont à tomber, la lumière est très bien agencée et les aplats de noir favorisent justement quelques apparitions intéressantes. Le problème, c’est que l’esthétisme ne fait pas pour autant un bon film et tout cela manque de panache. Les apparitions sont clairsemées, les effets spéciaux sont vraiment hideux et finalement, le seul qui tire son épingle du jeu, c’est l’acteur Bill Milner, délivrant une belle prestation où la folie l’habite petit à petit. D’ailleurs, il prendra au fur et à mesure du métrage, l’aspect d’un spectre, faisant des apparitions glauques au gré des recoins sombres. Il est une sorte d’entité entre la vie et la mort, une espèce de vampire en devenir, qui se déplace silencieusement dans l’ombre et qui apparait de façon progressive pour mieux surprendre le spectateur. Ici, peu de jump scare, mais une atmosphère travaillée pour favoriser des apparitions spectrales intéressantes.

Et si le film bénéficie d’une belle ambiance qui renoue un peu avec les films gothiques, la peur, elle, n’est pas forcément au rendez-vous. Le rythme est tellement lent et la progression des personnages tellement linéaire qu’il est bien impossible d’avoir un peu peur. Il manque à The Lodgers un impact émotionnel fort avec des personnages attachants. Ici, seule Charlotte Vega tire son épingle du jeu en matière d’empathie car elle est victime de son sort et semble déterminée à s’en sortir. Le problème, c’est qu’il ne lui arrive pas grand-chose et que le parallèle entre sa malédiction et la Première Guerre mondiale est assez maladroit. On se surprend donc à suivre le film sans jamais rien ressentir, ni peur, ni angoisse pour les personnages et c’est bien dommage.

Au final, The Lodgers est un film qui souffle le chaud et le froid. Si on peut saluer son côté référentiel aux films gothiques de la belle époque, il lui manque tout de même beaucoup d’éléments pour marquer le spectateur. Brassant beaucoup de vide, laissant beaucoup trop de mystère autour de cette malédiction familiale, le film s’embourbe dans un faux rythme lénifiant et n’arrive pas à passionner, la faute à des personnages peu attachants. Bref, un film assez moyen, qui peut valoir le coup d’œil pour son esthétisme, mais c’est bien tout.

Note : 10/20

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Par AqME

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