octobre 24, 2020

Hantise – Shirley Jackson

Auteure : Shirley Jackson

Editeur : Pocket

Genre : Horreur

Résumé :

Construite par un riche industriel au XIXe siècle, Hill House est une monstruosité architecturale, labyrinthique et ténébreuse, qui n’est plus habitée par ses propriétaires. On la dit hantée. Fasciné par les phénomènes paranormaux, le docteur Montague veut mener une enquête et sélectionne des sujets susceptibles de réagir au surnaturel. C’est ainsi qu’Eleanor arrive à Hill House avec ses compagnons. L’expérience peut commencer, mais derrière les murs biscornus, les fantômes de la maison veillent et les cauchemars se profilent…

Avis :

Certains auteurs se sont illustrés dans des domaines bien spécifiques, s’attirant donc des fans de certains genres. L’horreur, parmi tant d’autres genres, attire beaucoup de curieux et possède une grande armée de fans, et cela depuis le XIXème siècle. On notera des auteurs alors détestés à l’époque et qui ont connu leur heure de gloire post-mortem comme Edgar Allan Poe ou encore H.P. Lovecraft. De nos jours, l’horreur et le fantastique sont des genres qui sont plus acceptés, tant et si bien qu’ils possèdent leur propre rayon dans les librairies au même titre que les romances ou les récits de vie. Shirley Jackson est un cas un peu à part. Non seulement parce que c’est l’une des premières femmes à écrire de l’horreur, mais aussi parce qu’elle a écrit très peu (seulement six romans), mais cela a suffi pour la rendre indispensable à ses contemporains comme Stephen King qui la considère comme une pionnière du genre. Son roman le plus connu demeure Hantise, écrit en 1959 et qui ne parviendra chez nous que vingt ans plus tard, en 1979. Adapté au cinéma en 1963 par Robert Wise, puis par Jan De Bont en 1999, Hantise refait parler de lui à travers la série de Mike Flanagan, The Haunting of Hill House. Du coup, replongeons nous un petit peu dans ce récit fantastico-horrifique des années 50.

Avec cette histoire, Shirley Jackson n’y va pas par quatre chemins. Elle fait une présentation assez sommaire de chaque personnage qui évoluera dans la maison, afin de construire un rythme étrange, assez lancinant et pourtant addictif. Ainsi donc, on croisera le Dr. Montague, un homme assez sympathique qui aime faire des expériences paranormales. Il invite donc trois personnes à se joindre à lui, chacune ayant plus ou moins des sensibilités avec les esprits. On aura donc Theodora, une jeune femme assez délurée et étrange, Eleonor, une jeune fille fragile qui vit encore chez sa sœur et qui n’a pas vraiment d’attache, prenant ce voyage comme un exutoire, et Luke, le neveu de la propriétaire des lieux, un beau parleur qui n’a jamais rien fait de bien dans sa vie. Ces quatre personnes seront livrées à elles-mêmes au sein de la maison et seule Mme Dudley, la servante, sera présente le jour. Enfin, en fin de récit, la femme du docteur viendra rejoindre le groupe avec un ami à elle, Arthur. Tous ces personnages possèdent peu de bagages et ne sont pas forcément touchants au départ. Shirley Jackson livre le minimum d’informations, se concentrant surtout sur Eleonor, dont l’histoire semble centrée sur elle. En faisant ainsi, elle va prendre un point de vue assez innocent, mélangeant les moments à la première personne et les moments à la troisième. On se retrouve donc devant un texte hybride assez étrange, mais qui colle finalement au thème.

Ce qui est très bien fait avec ce roman, c’est que l’on ne sait jamais où est la part de vérité et la part de fantasme. Les fantômes sont invisibles, les coups se déroulent uniquement la nuit et les phénomènes étranges se limitent à une zone de froid avant de pénétrer dans une pièce, des mots écrits sur les murs et coups sourds aux portes. Toutes ces manifestations pourraient être une vilaine blague, tout comme parfois, on sombre dans les délires obscurs d’Eleonor, ce qui laisse un sentiment étrange et un doux malaise s’installe. Hantise est un livre qui joue beaucoup sur l’ambiance et sur la folie qui plane au-dessus des personnages. En effet, très rapidement cette petite troupe va sympathiser, créant des liens parfois forts alors qu’ils se connaissent à peine. Ce côté exacerbé va permettre de renverser la vapeur des sentiments, passant de l’amour à la haine, de la joie à la tristesse, de la confiance à la méfiance. Eleonor est bien évidemment le personnage central, celui par qui toute cette palette d’émotions va fluctuer et du coup, on ne sait jamais sur quel pied danser, si ce qu’on lit et vit est réel ou imaginé. Cela a un côté très intéressant car il permet de perdre le lecteur et donc de plonger avec le personnage central, mais cela est aussi assez frustrant de ne jamais savoir où l’on se situe.

Néanmoins, le plus grand point faible de ce roman, c’est clairement son verbiage. A la manière d’un Lovecraft, Shirley Jackson aime décrire et proposer des dialogues qui n’ont parfois soit aucun sens, soit qui sont tellement pompeux qu’ils ne font pas naturels. C’est un véritable frein à l’immersion car rien ne fait vraiment naturel, hormis les phénomènes paranormaux. Les balades à l’extérieur, les dialogues faits pour rigoler ou encore pour exprimer ses sentiments font très superficiels et il est difficile de rentrer dedans. Alors oui, il faut remettre cela dans son contexte, à savoir les années 50, mais quand bien même, cela manque de fluidité. D’un autre côté, cela participe à l’étrangeté de l’ensemble et renforce un petit peu cette ambiance délétère. Malheureusement, quand la femme du docteur arrive dans la maison, on a la sensation de tomber dans une sorte de parodie de film d’horreur avec une marâtre qui pense tout savoir et qui en devient insupportable. Le roman bascule presque dans la parodie à ce moment-là, mais il se rattrape avec une fin inattendue et assez violente.

Au final, Hantise de Shirley Jackson est un bon roman. L’auteure distille une atmosphère glaçante à souhait où l’on ne sait jamais si l’on est dans la vérité ou dans le fantasme. Cette façon de faire est assez pertinente, mais elle peut aussi perdre le lecteur, notamment à cause du fait de ne jamais savoir où l’on se trouve. On aura aussi tendance à trouver les dialogues peu crédibles, trop verbeux et ralentissant donc le rythme de lecteur, tout comme en rendant les personnages peu naturels. Hantise est loin d’être un mauvais roman, bien au contraire, mais il comporte quelques défauts pour pleinement transporter son lecteur dans une maison hantée horrible et vivante.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.