Le Bon Apôtre

Titre Original : Apostle

De : Gareth Evans

Avec Dan Stevens, Michael Sheen, Lucy Boynton, Bill Milner

Année: 2018

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Un homme se rend sur une île lointaine à la recherche de sa sœur, kidnappée par une dangereuse secte.

Avis:

Il y a encore quelques temps, personne n’aurait misé un kopeck sur les productions cinématographiques de Netflix. La preuve, les films ainsi produits étaient au mieux moyens, au pire très mauvais, et cela en a refroidi plus d’un. Pourtant, il aura fallu attendre un film et un réalisateur prisé, Okja de Bong Joon-Ho, pour que les autres grands réalisateurs commencent à y mettre leur nez. Et pour cause, malgré des budgets plus limités qu’avec de grosses productions réservées aux salles, Netflix apporte une liberté de création et certains cinéastes ont besoin de cela pour faire des films plus libres et donc plus dissidents. Et s’il en fallait une preuve, Le Bon Apôtre en serait une. Gareth Evans est un jeune réalisateur qui connaîtra le succès en 2011 avec son deuxième film, The Raid. Présentant un script simpliste au possible, le cinéaste va fournir un travail de mise en scène grandiose pour un film d’action qui allait renverser tout le monde. Et il recommencera avec une suite fort plaisante trois ans plus tard. Sauf qu’au bout d’un moment, on a envie de sortir de sa zone de confort, ce que va faire Gareth Evans grâce à Netflix.

Le Bon Apôtre (ou Apostle en VO) est un film de genre, et qui dit film de genre, dit film d’horreur. Sauf que faire un simple film d’horreur n’intéresse pas forcément le jeune garçon qui a envie de dire des choses. C’est assez étonnant quand on regarde sa filmographie, préférant la castagne au récit, mais il semble vouloir approfondir son boulot en créant un film avec une atmosphère poisseuse et une critique bien cinglante de notre société actuelle tout comme notre religion. Néanmoins, Le Bon Apôtre ne bénéficie pas forcément d’un grand scénario, et d’ailleurs, il ne sera qu’un prétexte pour poser une ambiance glaçante sur une île perdue. En gros, on va suivre un homme qui part à la recherche de sa sœur qui a été enlevée par une secte en échange d’une rançon. Se rendant sur place, il va découvrir une communauté aux mœurs étranges, tenue par trois frères cachant un lourd secret. On se doute bien que ce voyage vers l’île va créer un malaise et que finalement, la quête de la sœur ne sera qu’un point de départ pour quelque chose de beaucoup plus lourd.

Et on va vite être servi. Gareth Evans va rapidement tirer à boulets rouges sur la religion et sur l’état de notre société actuelle. Le film se veut subversif car il présente une communauté vivant en autarcie sur une île et vivant selon les préceptes d’un homme lambda qui a eu l’idée d’écrire un bouquin. Cependant, derrière le côté sectaire et très dirigiste, on va trouver une communauté qui semble heureuse, loin des contraintes d’une vie à la ville. Ici, pas d’impôts, pas de jugements, mais une vie faite de partage et de quelques règles assez strictes pour qu’il n’y ait pas de débordement. Néanmoins, derrière l’aspect presque bienveillant de cette secte, le réalisateur va rapidement nous aiguiller vers une possibilité de religion étrange et de coutumes locales assez dérangeantes. On va y découvrir quelques dons de sang, des trappes secrètes et surtout des lois où la peine de mort est bien présente et de façon très sordide. Tout cela nous est présenté de façon lente et langoureuse, permettant au spectateur de se mettre à la place du « héros », en découvrant en même temps que lui les habitudes de cet endroit. Cela renforce donc l’aspect angoissant de la chose et permet au réalisateur de peaufiner son écriture, envoyant plusieurs pistes, comme le film de fantômes ou encore le film de cultistes. Il y aura d’ailleurs pas mal de similitudes avec The Wicker Man et ce n’est pas plus mal, renvoyant à des films d’horreur d’excellente facture qui font passer l’ambiance avant le jump scare outrancier.

La deuxième partie du film va être bien plus bizarre puisqu’elle aborde un aspect ésotérique, fantastique et horrifique. Et c’est peut-être là que le film perd un peu en intensité. On se retrouve face à une enquête qui amène le personnage à découvrir le secret de l’île et de la secte. On part rapidement dans un délire horrifique proche d’un Silent Hill avec quelques scènes marquantes et un juste équilibre entre des moments de trouille frontale et des moments plus éthérés. Si l’équilibre est plutôt bon et que certaines scènes valent leur pesant de cacahuètes, on restera tout de même circonspect par certaines séquences qui tombent comme un cheveu sur la soupe et des personnages qui ne bénéficient pas forcément d’un background intéressant. A force de trop vouloir en raconter, Gareth Evans se perd un petit peu et rallonge beaucoup trop son film. D’autant plus qu’il n’apporte pas forcément de réponses à toutes nos interrogations, ce qui peut apporter une certaine frustration. Mais il se rattrape rapidement avec une transition forte et très intelligente. En effet, à défaut de placer ce qui est « magique » comme un potentiel ennemi, il va montrer l’être humain comme un ogre vengeur qui veut faire régner sa loi, quitte à tuer des proches. La transition est violente, gore, mais très percutante.

Alors oui, le film est imparfait et il dure clairement trop longtemps. On pourrait facilement lui imputer vingt minutes que cela ne serait pas dérangeant, mais on a vraiment la sensation d’assister à un film où son auteur est libre. Il n’y a pas de contraintes de studio derrière et cela se voit. Que ce soit sur le gore, sur la longueur ou encore sur la technique, Gareth Evans fait ce qu’il veut et c’est très satisfaisant. D’autant plus que ce film brasse des thèmes très intéressants et nous questionne sur notre propre condition, notre propre foi. Sans émettre de jugement, sans imposer un laïus pro catholique gerbant, le cinéaste démontre d’une belle critique de la foi montrant que l’homme détruit tout, même ses déités, pour finalement imposer ses choix et ses règles. Bénéficiant d’une mise en scène sublime, qui alterne les plans aériens et les moments plus proches des personnages pour renforcer une certaine violence, le jeune réalisateur change de registre et il le fait bien, gardant tout de même son côté percutant. On appréciera aussi les prestations de Dan Stevens (Legion), toujours habité par son personnage qu’il tient parfaitement, ou encore un Michael Sheen ambigu, qui perd peu à peu de sa verve pour se faire remplacer par un frère trop ambitieux, figure suprématiste de l’ogre affamé.

Au final, Le Bon Apôtre est un très bon film qui oscille entre plusieurs genres mais qui peut parfaitement se ranger dans la catégorie horreur. Préférant un aspect démonstratif dans sa première partie pour imposer des choix forts dans sa seconde, Gareth Evans livre un film parfois trop long mais qui appuie là où ça fait mal et propose une vraie vision d’auteur, interrogeant par la même occasion le spectateur sur sa religion, sur la nature de sa foi et plus globalement sur sa nature d’être humain. Que dire d’autre si ce n’est que c’est dommage que cela ne sorte pas au cinéma.

Note : 16,5/20

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Par AqME

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