L’Ile du Docteur Moreau

Auteurs : Dobbs et Fabrizio Fiorentino

Editeur : Glénat

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Unique survivant d’un naufrage, Edward Prendick est secouru par Montgomery, l’assistant d’un certain Docteur Moreau. Depuis une dizaine d’années, sur leur île isolée du monde, les deux scientifiques se livrent à de terribles expériences, greffant et modifiant génétiquement des animaux pour les rendre doués de conscience et de parole. Sur place, les « Hommes-bêtes » obéissent à un ensemble de règles bien précises, la Loi, leur interdisant tout comportement primitif, et vénèrent Moreau tel un dieu. Mais Prendick découvrira bien vite que les pulsions animales de ces créatures sont loin d’être oubliées…

Avis :

Écrit entre La machine à explorer le temps et L’homme invisible, L’île du docteur Moreau reste l’un des romans emblématiques de l’œuvre d’H.G. Wells. Pourtant, l’histoire ne connaîtra que peu d’adaptations sur d’autres médias et la dernière version cinématographique (John Frankenheimer) avait de quoi faire frémir. Par ailleurs, les allusions et autres références culturelles sont plébiscitées au détriment d’une transposition fidèle de l’ouvrage. Bien qu’il ne soit pas son livre le plus populaire auprès du grand public, sa résonnance sur le questionnement de la condition animale et de l’éthique scientifique possède encore aujourd’hui une signification toute particulière. La rétrospective des éditions Glénat ne pouvait donc se faire en occultant cette histoire.

En l’occurrence, il s’agit du second récit de la collection à être condensé sur un unique tome. Pour autant, l’impact de ce format restreint est moindre qu’avec La machine à explorer le temps. Le sujet et l’approche sont différents, même si l’on peut remarquer plusieurs coupes drastiques dans le roman original. À commencer par la relation ambiguë qu’entretiennent Prendick et le docteur Moreau. À ce titre, la caractérisation de ce dernier reste en deçà du personnage tortueux dépeint par H.G. Wells. La personnalité est respectée, mais l’on occulte ses motivations pour mieux s’attarder sur l’aspect monstrueux de ses expériences et méthodes.

De fait, le contexte de sa société autarcique n’est guère représentatif des jalons et des efforts consentis à son développement. Il y a bien le fameux mantra sur la Loi ou cette sensation d’asservissement qui émane des planches, mais rien de suffisamment approfondi pour porter la réflexion plus loin. Pour cette adaptation, cela résulte davantage d’un malheureux hasard que d’une réelle volonté déterministe. L’on peut néanmoins discerner quelques allusions religieuses où la science et, par extension, sa symbolique personnifiée (Moreau) sont érigées au rang de divinité omnipotente. Le droit de vie et de mort, ainsi que la création de nouvelles espèces, faisant partie des pouvoirs « surnaturels » pour intimider les masses.

L’intrigue reste pourtant assez dynamique, reprenant les passages clefs du roman. L’ensemble forme une histoire cohérente et assez emportée dans la confrontation d’un homme et d’un environnement hostile. La singularité de sa situation réside dans les menaces sous-jacentes qui planent au-dessus du protagoniste et non dans l’apparente monstruosité des créatures du docteur Moreau. En cela, la présente bande dessinée offre une intéressante réflexion sur la notion d’humanité et d’identité. L’absence d’une figure d’autorité provoque-t-elle inéluctablement l’anarchie et l’effondrement de la civilisation ? Quels sont les éléments qui séparent l’homme de l’animal ?

Face à la noirceur de ses thématiques, le trait de dessin se veut plus réaliste et plus sombre que les précédentes adaptations d’H.G. Wells. L’expression des visages joue ici une importance particulière pour susciter le doute quant à l’empathie et la compassion des intervenants. On remarquera que les humains ont des traits figés et un air froid, presque impassible. Les créatures, elles, bénéficient d’une plus grande douceur dans leur regard, offrant un contraste assez saisissant au vu de leur difformité ; exception faite du porc dans sa dernière apparition. De même, l’ambiance diurne se pare d’une aura crépusculaire qui précède à quelques rares passages nocturnes où les instincts primaires semblent ressurgir.

Au final, L’île du docteur Moreau profite d’une adaptation relativement correcte, même s’il aurait été appréciable de s’attarder sur certains éléments fondateurs du roman. On songe bien évidemment au docteur Moreau lui-même, à ses motivations, mais aussi à la portée de ses expériences dans son propre environnement. L’accent est plutôt mis sur un rythme énergique où la personnalité du protagoniste passe par différents stades d’évolution (ou de régression). La sensation d’isolement dû au cadre naturel est, quant à elle, assez bien retranscrite pour former un huis clos à l’échelle d’une île. Une transposition au 9e art assez fidèle, mais qui aurait gagné à plus de profondeur sur deux tomes.

Note : 14/20

Par Dante

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