Cannibal Ferox

De : Umberto Lenzi

Avec Lorraine De Selle, Giovanni Lombardo Radice, Zora Kerova, Danilo Mattei

Année : 1981

Pays : Italie

Genre : Horreur

Résumé :

Une jeune étudiante en cannibalisme part avec son frère et une amie en Amazonie pour enquêter sur une tribu anthropophage.

Avis :

Parmi tous les sous-genres qui peuplent le cinéma horrifique, le film cannibale tient une place intéressante qui s’est rapidement essoufflé après les années 80. Il faut dire qu’il fut porté par deux films majeurs, à savoir Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato et Cannibal Ferox d’Umberto Lenzi, et que par la suite, il a périclité jusqu’à ne devenir qu’un cinéma d’exploitation à grands renforts de productions Z sans le sou. Voulant redonner goût aux cannibales, Eli Roth a tenté sa chance avec The Green Inferno, mais sans grand succès, son film étant rapidement privé de salles et destiné au marché du DTV sans grand succès. Du coup, il est quasiment impossible aujourd’hui de voir un film d’horreur mettant en scène des cannibales de tribus reculées. Premièrement parce qu’il y a plus de censure qu’auparavant et que l’on ne peut plus se permettre de « dénigrer » certains peuples, les montrant comme des sauvages. Deuxièmement, parce que le cinéma d’exploitation est mort depuis belle lurette, lui préférant des films au même budget mais qui vise un public jeune et un peu imbécile sur les bords. Pourtant, déjà dans les années 80, certains cinéastes avaient des choses à dire en proposant des films sur le cannibalisme.

Longtemps considéré comme le concurrent direct à Cannibal Holocaust (et pour cause, le film est sorti une année plus tard, et aborde sensiblement les mêmes thèmes), Cannibal Ferox n’a pourtant pas la même aura, et cela même si les sujets sont récurrents et similaires d’un film à un autre. La seule grosse différence viendra du format, Umberto Lenzi s’éloignant volontairement du côté documenteur pour produire un film plus conventionnel, tout du moins dans sa mise en scène. Et cela va avoir un impact important sur les thématiques choisies. Là où Deodato mettait en avant les méfaits de la presse, des vidéastes qui laissent faire la violence pour avoir du sensationnel, Lenzi se repose un peu sur ses lauriers et ne veut que montrer que finalement, le cannibalisme n’est que le reflet de notre violence, l’apport de notre agressivité face à l’inconnu. Un sujet sensible, intéressant, mais qui est traité ici avec une certaine froideur et un regard cynique qui peut parfois faire frémir. En effet, on est bien loin de la finesse non dite de Cannibal Holocaust et on reste plus dans le frontal, voire parfois le stupide.

Si la mise en scène demeure correcte, elle n’est pas remarquable non plus. Il n’y a pas de marque de fabrique, de patte précise, laissant à Cannibal Ferox sont côté un peu cheap et parfois même je m’en foutiste. Pour preuve, l’homme qui se fait torturer, couper le sexe et malmener mais qui gambade comme un lapin quand on le change de camp. Il manque cette impression de douleur, ce sentiment désespéré et de bout du monde. Umberto Lenzi ne lésine pourtant pas sur la violence et le côté dégueulasse et voyeuriste, mais il loupe le coche dans ce qu’il veut transmettre par la peur ou le dégoût. En effet, on restera de marbre devant les personnages peu attachants et aux réactions complètement stupides. Entre le côté têtu de la jeune étudiante qui prend des risques insensés, son frère qui décide de la suivre, sa copine frivole qui se demande ce qu’elle fait là ou encore les deux trafiquants un peu louches, rien n’est fait pour ressentir de l’empathie pour les personnages et donc pour avoir mal pour eux. Umberto Lenzi se fiche d’ailleurs pas ml de leur cohérence, préférant aller au plus vite au chapitre gore pour choquer et faire réagir les gens, mais pas forcément dans le bon sens. C’est-à-dire qu’il veut montrer que le cannibalisme n’est présent qu’à cause de la violence apportée par les blancs, mais au final, il montre des indigènes qui aiment la violence, qui l’acceptent presque sans aucun mal et à partir d’un seul homme blanc complètement siphonné. Du coup, on ne ressentira aucune empathie pour les tribus locales, ce qui constitue un gros point faible.

Enfin, le seul côté un peu rigolo dans cette histoire, c’est la patte Lenzi, le côté gore complètement décomplexé et qui finalement n’apporte rien à l’intrigue ou aux thématiques. En effet, le film n’est pas avare en hémoglobine et il est même connu pour ça. Entre des têtes tranchées, des sexes découpés, des seins transpercés, des meurtres d’animaux complètement gratuits ou encore des piranhas affamés, le film enfile les scènes trash à la vitesse de l’éclair et tente par la même occasion d’affirmer sa différence avec le film de Deodato. Le problème, c’est que tout cela est gratuit et n’a pas parfois aucun sens. L’exemple le plus flagrant reste celui du salaud de l’histoire, qui va prendre cher pendant un moment pour finir sur une séquence inutile et crade, et qui ne semble être présente que pour sustenter quelques amateurs de gore. Si c’est assez drôle sur les faits, cela reste très maladroit et réellement putassier. Un peu comme la façon d’amener l’opération de sauvetage, qui essaye de lier deux affaires en une seule, mais qui ne marche pas vraiment, la faute à un traitement par-dessus la jambe des passages en ville et à des acteurs qui semblent s’en foutre royalement. Fort heureusement, tout n’est pas à jeter dans ce film et on prend parfois du plaisir sur certaines séquences, mais ça reste très léger.

Au final, Cannibal Ferox ne doit sa notoriété qu’à des séquences gores osées pour l’époque mais qui ne font rien avancer. Umberto Lenzi, gros bourrin dans l’âme, ne fait pas dans la finesse et n’arrive finalement pas à faire passer son message sur le cannibalisme, comme quoi il n’est pas naturel pour l’homme, mais juste une réponse à une violence apportée par une civilisation qui ne respecte plus rien. Si dans le fond, le message est intéressant, son passage à l’image reste beaucoup trop léger et putassier pour pleinement convaincre. Bref, un film bis sans réelle saveur mais dont on peut saluer les fulgurances gores même si elles ne servent à rien.

Note : 10/20

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Par AqME

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