Frayeurs

Titre Original : Paura Nella Città dei Morti Viventi

De : Lucio Fulci

Avec Catriona MacColl, Luciano Rossi, Christopher George, Carlo De Mejo

Année : 1980

Pays : Italie

Genre : Horreur

Résumé :

Trois jeunes gens tentent de conjurer la malédiction attachée à la mort d’un prêtre, qui, selon une prophétie, précède l’ouverture des portes de l’Enfer.

Avis :

Le cinéma horrifique a connu des heures de gloire dans de nombreux pays, mais à des époques différentes. En effet, si on peut parler des monstres de chez Universal dans les 30/40, durant les années 50, le cinéma de genre change de continent et passe du côté de l’Angleterre. La Hammer va alors devenir un fer de lance du genre, inspirant par la même occasion d’autres territoires comme l’Italie, qui va connaître un véritable essor durant les années 70 et 80. Si le premier nom de réalisateur qui vient en tête est forcément Dario Argento, il ne faut pas oublier qu’à la même époque, un certain Lucio Fulci connaissait aussi un beau succès. Seulement, ses films étaient beaucoup moins « mainstream », voire parfois plus incisifs, et du coup, il a été moins mis en avant dans un cinéma plus traditionnel. C’est dommage, car durant les années 80, il va faire trois films presque coup sur coup d’excellente facture, L’Enfer des Zombies, Frayeurs et L’Au-Delà. Trois films assez différents dans leurs thématiques, mais qui se ressemblent sur un point de vue technique. Mais revenons plus précisément sur l’un d’eux, à savoir Frayeurs.

Il s’agit-là d’un cas un peu particulier. Frayeurs arrive après L’Enfer de Zombies, Fulci doit alors confirmer son coup d’éclat et il va rester dans le domaine du mort-vivant, tout en lui apportant une portée différente, une vision que l’on pourrait rapprocher à un certain Lovecraft. En effet, le début et la fin de l’histoire se déroule dans un village sinistre qui répond au doux nom de Dunwich (référence immédiate), où un prêtre va se suicider au milieu d’un cimetière. A partir de là, des forces ténébreuses vont envahir le petit bled, et des zombies vont commencer à faire un petit carnage. Trois personnes vont alors se rendre sur place pour tenter d’arrêter le massacre. Avec Frayeurs, Lucio Fulci change son fusil d’épaule, présentant le zombie d’une manière différente et juxtaposant plusieurs styles de films d’horreur. Bien évidemment, la première chose qui vient en tête, c’est le côté ésotérique et presque post-apocalyptique. On aura droit à des séances de spiritisme, une nana qui se fait enterrer vivante ou encore des visions cauchemardesques. Le réalisateur commence d’ailleurs à toucher du doigt des thématiques qui seront présentes dans L’Au-Delà. On commence d’ailleurs à avoir une certaine vision de l’enfer, notamment sur la fin du métrage qui présente un mausolée lugubre, païen, sorte de cathédrale du mal que n’aurait pas renié l’écrivain Lovecraft.

Mais le film va aussi prendre des allures de slasher, avec un boogeyman implacable et très inquiétant. Le prêtre qui se suicide au début devient une véritable entité maléfique qui dirige les morts, mais qui fait aussi des apparitions remarquées. Il est réellement le méchant du film, celui qui tue par plaisir ou lorsqu’il voit des choses qui lui semble lubrique. On aura d’ailleurs une séquence qui fait très slasher lorsque deux adolescents se bécotent dans une voiture et que le prêtre surgit et les tue tous les deux, comme si faire l’amour avant le mariage n’était pas une bonne chose. Cet aspect est alors renforcé par une mise en scène syncopée, ultra cut dans les apparitions et les disparitions du monstre ou des zombies, rendant l’ensemble très anxiogène, voire même infernal. Car même les zombies sont soumis à ces phénomènes d’apparition, déambulant de façon claudiquante, mais se dévoilant parfois de manière abrupte pour disparaître par la suite. On s’éloigne volontairement du côté classique de la chose pour mieux surprendre et susciter une angoisse permanente.

Mais ce qui marque le plus dans Frayeurs, c’est clairement sa propension à montrer du gore toutes les minutes. Le film est sale et c’est qui lui donne son aura si particulière, ce côté malsain appuyé par le réalisateur. Non content de présenter des fulgurances trash durant les meurtres, comme cette fameuse main qui arrache l’arrière du crâne, faisant sortir le cerveau de la victime, on trouvera aussi des moments très dérangeants, comme cette femme qui crache petit à petit tout son système digestif. Cela peut paraître un peu putassier, voire même inutile au sein de l’intrigue, mais ce serait mal connaître le réalisateur qui ne laisse rien au hasard. Pour preuve, cette séquence si longue montre l’agonie de la victime, la puissance du prêtre tueur et le cauchemar vécu par son compagnon qui ne sait comment réagir. Tout ce passage sert à faire monter la tension et à montrer le côté implacable du monstre. A côté de ça, Fulci va créer le malaise de manière différente, incorporant un jeune garçon qui va voir sa sœur buter papa et maman de façon violente, ou encore un père de famille qui décide de tuer de façon brutale le benêt du village, pensant qu’il est celui qui commet toutes ces atrocités. Le réalisateur italien explore alors l’auto-justice, mais aussi et surtout la folie des hommes et leur violence quand tout semble désespéré. Encore une fois, on se rend compte que derrière l’aspect grand-guignol, Lucio Fulci maîtrise son art et ne fait rien gratuitement ou pour attirer les regards.

Au final, Frayeurs est peut-être bien l’un des meilleurs films de son réalisateur. Ultra violent, très référencé, jouant sur plusieurs codes de différents types de films d’horreur, Frayeurs est clairement un film qui met mal à l’aise et qui ne peut laisser indifférent. S’il semble être moins complexe dans son intrigue que L’Au-Delà, il reste un gros morceau de l’horreur italienne et fonctionne toujours à plein régime plus de trente ans plus tard. A noter aussi que la restauration effectuée par Artus est divine, et que les bonus sont d’une très grande qualité, comme d’habitude chez cet éditeur qui n’hésite pas à se mettre en danger pour proposer des objets de qualité.

Note : 17,5/20

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Par AqME

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