décembre 2, 2020

Le Tarot des Eternels T.01 – La Culpabilité de l’Ermite – Daniel Bontemps

Auteur : Daniel Bontemps

Editeur : Nanachi Editions

Genre : UrbanFantasy

Résumé :

La jeunesse éternelle a beau être la meilleure assurance qui soit face aux ravages du temps, elle ne protège pas toujours des humeurs de la faucheuse. Alors quand la prestigieuse invitée de l’agora des nécromants de Toulouse est contrainte d’effectuer son dernier voyage sans avoir eu l’occasion de révéler ses ultimes secrets, les langues se délient et les pires intentions se révèlent, sur les tapis moelleux de la haute société qui se prélasse aux abords de la Garonne. Prisonniers d’une toile d’intrigues tissée par leurs impitoyables aînés, Ambre et Rodéric, deux jeunes enquêteurs débrouillards, vont devoir éclairer les zones d’ombre d’un crime à multiples facettes. Un meurtre parmi tant d’autres dans la ville rose, mais dont la particularité est qu’il concerne une immortelle.
Parcourez les ruelles étroites de Toulouse aux côtés d’un duo de détectives novices et d’un vénérable bibliothécaire roublard et calculateur, pour démêler les fils d’une intrigue où la politique se mêle de surnaturel, d’occulte et des secrets d’une communauté avide de conserver la vie éternelle qui coule dans ses veines, sans se soucier du prix de ce don divin.‌

Avis :

La culpabilité de l’ermite est un livre mené tambour battant qu’il est difficile de quitter sans émotion aucune. En plus de nous faire vivre des aventures dans un univers bien mystérieux et riche, ce roman ne cesse d’accumuler des énigmes et des révélations, nous laissant malgré tout dans un flou perturbant à la fin de la lecture. Le talent de l’auteur est indéniable quant au fait de faire patienter le lecteur en ne lui fournissant que de maigres indices à chaque avancée de l’intrigue.

Cette dernière se décompose en plusieurs parties. La principale est policière : Béatrice Holdt, une archéologue de renom a été tuée et deux jeunes enquêteurs ont été plébiscités pour mener l’enquête. Ambre Enki et Rodéric Nâbu sont deux jeunes personnalités au sein de l’agora constituée de nécromants. Leurs caractères sont bien opposés et leur alliance forme un duo étonnant et efficace. Caractériel et combattante, Ambre offre l’image d’une femme libre, curieuse et prête à tout pour les siens. Rodéric, plus propre sur lui et parfois plus agaçant, est également attachant à sa manière et ne laisse pas le lecteur indifférent, notamment via ses réflexions et l’exacerbation de ses sentiments.

Ces héros sont complexes et compétents dans leur rôle de détectives. On aime suivre leurs pérégrinations, leurs séances d’interrogatoire et leurs péripéties dans un milieu macabre et politiquement perfide. Ambre et Rodéric apparaissent comme les figures de proue d’un nouveau mouvement au sein de l’agora, qui prône la justice et la vérité plutôt que le mensonge et la trahison. Sans aucun doute naïfs (d’autres nécromants les affublent d’ailleurs de ce terme) et quelque peu idéalistes, on les apprécie pour leur fraîcheur et leur étonnement face à toutes les manigances sournoises de leurs semblables.

L’autre partie de l’intrigue concerne indubitablement le personnage principal du roman qui n’est d’autre que Daniel Bontemps, aussi « auteur » du livre. Chef de famille mélancolique, quelque peu antipathique et incontestablement charismatique, cet homme a une personnalité alambiquée qui laisse dubitatif le lecteur, ne sachant sur quel pied il doit danser. Les passages le concernant nous sont comptés à la première personne et offrent ainsi des moments intenses de réflexion, écrits avec poésie et envolées.

Daniel nous confie ses raisonnements et ses états d’âme sur des sujets qui lui importent tels que la famille, l’amour, la vie, la mort, le souvenir ou l’immortalité. Son esprit est mis à nu et cela permet au lecteur de s’approprier davantage le personnage. Cependant, Daniel cache de lourds secrets et les quelques confidences qui s’échappent de ces passages sont surprenantes et inattendues. L’auteur signe ici un personnage ô combien tortueux qui a encore de nombreuses surprises à nous dévoiler. La suite du roman s’annonce d’ores et déjà palpitante.

L’auteur ne nous explique pas clairement ce que sont les nécromants bien que l’immortalité semble être le point culminant de leur description volontairement hâtive et énigmatique. Animé par les tendances actuelles, le lecteur pourrait les assimiler à des vampires, alors qu’il n’en est rien. La description de certains de leurs pouvoirs et l’évocation de la genèse de ces êtres, sont autant d’éléments originaux qui font des nécromants une nouvelle création fantastique qui ne cessera de nous surprendre. L’origine des nécromants constitue une sous-intrigue prenante du roman dont les tenants et aboutissants volés de ci de là, font planer une aura étrange au-dessus des recherches d’Ambre et de Rodéric et des aventures de Daniel.

Le récit se déroule à Toulouse, une ville que l’on connaît bien et issue de notre univers contemporain, que l’on redécouvre pourtant sous une atmosphère plus noire et effrayante. Les descriptions sont joliment travaillées, tout comme les portraits des nombreux personnages et le suivi des scènes d’action qui sont peu présentes mais diablement captivantes. Le rythme du roman est bien dosé et jamais ennuyeux. Il se lit vite tant on est lancé : entre l’enquête à suivre, les excursions de Daniel et les mystères qui rôdent, le lecteur est facilement emporté dans cette épopée haletante. Notre soif d’informations est toujours apaisée tant on grapille des faits intéressants tout du long. Pourtant, elle n’est jamais comblée car pour un acte résolu, un autre inexpliqué vient s’ajouter à la liste qui ne désemplie pas.

La fin est un dénouement bouleversant et riche en retournements, attestant d’un roman rondement mené qui n’a pas tout révélé de son véritable potentiel créateur et imaginatif. Le titre du roman reste un mystère entier jusqu’à ce qu’une pépite nous saute aux yeux dans les dernières pages sans pour autant lever le voile sur sa réelle signification. La culpabilité de l’ermite est un roman prometteur où le nom de l’auteur véritable ne nous est même pas montré. Toute la narration en devient ainsi mystérieuse et à la fois pleine de sens.

Bien construit, avec l’alternance des chapitres policiers puis philosophiques et bien travaillé, avec des personnages ensorcelants, bien que certains des personnages secondaires soient des caricatures d’eux-mêmes, ce livre ouvre une série noire et belle, au charme certain.

Note : 18/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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