La Ligne Verte

Titre Original : the Green Mile

De : Frank Darabont

Avec Tom Hanks, Michael Clarke Duncan, David Morse, Sam Rockwell

Année: 2000

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Fantastique

Résumé :

Paul Edgecomb, pensionnaire centenaire d’une maison de retraite, est hanté par ses souvenirs. Gardien-chef du pénitencier de Cold Mountain en 1935, il était chargé de veiller au bon déroulement des exécutions capitales en s’efforçant d’adoucir les derniers moments des condamnés. Parmi eux se trouvait un colosse du nom de John Coffey, accusé du viol et du meurtre de deux fillettes. Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques, Edgecomb va tisser avec lui des liens très forts.

Avis :

Beaucoup de films obtiennent assez rapidement le statut de film culte alors que peu d’années se sont écoulées. Et il est de bon ton de savoir ce que signifie le terme « film culte » pour ne pas l’utiliser à tour de bras. Il semblerait que lorsque l’on évoque un film culte, c’est un film qui est censé durer sur la longueur. C’est-à-dire que bien des années plus tard, son message est toujours d’actualité et sa mise en scène continue de fasciner que ce soit par le choix des images ou par les mouvements de caméra. En ce sens, il est compliqué de statufier sur un film qui n’a que peu d’années au compteur et il semblerait qu’une bonne dizaine d’années soit suffisant pour parler de « culte ». Alors bien évidemment, certains films sont très réussis de nos jours, mais faut-il immédiatement parler d’œuvres majeures ? Faut-il de suite dire qu’un film qui fait le buzz dans le bon sens du terme soit « culte » ? Non. Et il est parfois bon de se replonger dans des films qui ont bercé notre enfance ou notre adolescence pour se rendre que finalement, ce n’était pas si bon que ça. Sauf qu’avec La Ligne Verte, c’est tout le contraire qui se passe et on peut aisément dire que nous sommes face à une œuvre culte.

Ce qu’il faut savoir avant d’entrer dans une « analyse » plus fine de ce film, c’est qu’à sa sortie en 2000, certaines critiques avaient été assez cinglantes avec le métrage de Frank Darabont. Les Cahiers du Cinéma, les Inrocks, même Mad Movies et l’Ecran Fantastique émettaient quelques réserves sur La Ligne Verte, trouvant que Darabont se répétait après son immense succès avec Les Evadés. Fort heureusement, le public fut là pour redorer le blason de cet immense film de plus de trois heures. Adapter un Stephen King n’est pas une chose facile et il semblerait que le seul qui soit capable de le faire de façon plus que correcte, ce soit Frank Darabont. Avec La Ligne Verte, il arrive à montrer la sensibilité de l’écrivain, à faire passer des messages humanistes importants et surtout à respecter un univers à la fois crédible et un peu fantasmé, avec sa petite touche de magie.

Il ne faut pas croire que La Ligne Verte soit un film sur des assassins qui vont braver le couloir de la mort, mais il s’agit d’une histoire entre un gardien de prison profondément bon et un prisonnier, bon lui aussi, mais qui porte un lourd fardeau et qui en souhaite qu’une chose, que tout cela cesse. Cette rencontre va alors montrer tout ce qui est bon chez l’Homme, mais aussi tout ce qui est mauvais en la présence de divers personnages vraiment ignobles. On pense bien évidemment à William Warthon, joué par Sam Rockwell, qui est un tueur de sang-froid complètement dément. On pense aussi à Percy, petit gardien pourri jusqu’à la moelle et qui ne respecte rien ni personne. Ces deux êtres, les seuls à être vraiment mauvais, seront là pour montrer la monstruosité de l’être humain, incapable de pardon, de compassion ou d’amour. C’est à cause de ces gens comme ça que John Coffey, dans le film, en a marre de vivre, à force d’entendre toute la douleur du monde. Il en résulte un pamphlet poignant sur la nature humaine, sur sa faculté à se détester et à détruire tout ce qui est beau.

Fort heureusement, Stephen King et Frank Darabont arrivent à renverser la tendance avec des personnages profondément touchants et bons. Bien évidemment, on parle des gardiens de la prison, qui sont tous poignants et jouent avec une justesse affolante (Barry Pepper est par exemple incroyable), mais aussi de certains condamnés dont on ne sait rien sur eux, hormis qu’ils ont dû commettre l’irréparable, et qui pourtant se révèlent sympathiques comme Delacroix et sa souris M. Jingles. C’est la grande force de ce récit, de montrer que rien n’est unilatéral et que dans chaque personne, il peut y avoir plusieurs couleurs, plusieurs nuances. Là encore, on voit l’humanité incroyable qui se dégage de l’écriture et qui montre que malgré les pourris et la douleur dans le monde, il existe des personnes lumineuses. Et par-dessus tout cela, le film va aussi être un pamphlet contre la peine de mort et contre le racisme. Le premier thème est bien évident, puisque nous sommes dans les couloirs de la mort et que l’on électrocute des personnes qui auraient pu se repentir, ou qui sont tués alors qu’elles sont innocentes. Ce procédé inhumain est démontré aussi à travers une exécution ratée, montrant tout le côté infâme de la chose. Pour ce qui est du racisme, on le voit très bien avec la couleur de peau de John Coffey. Il est inculpé pour le meurtre de deux jeunes filles, mais à travers les nominations comme Nègre, on se rend bien compte que la justice ne compte pas faire des recherches approfondies, trouvant là son coupable idéal. Encore une fois, Stephen King montre qu’il n’est pas que le maître de l’horreur, mais qu’il est aussi quelqu’un de profondément humain.

Enfin, on pourrait parler des prestations sans faille de tous les acteurs de ce film (le meilleur rôle de Michael Clarke Duncan) ou encore du plaisir de la simplicité de certaines choses que l’on a perdu comme de voir les étoiles ou sentir la terre, mais La Ligne Verte c’est aussi une direction artistique à tomber par terre. Frank Darabont a réussi à faire de ce drame un film fantastique qui évolue sans cesse entre réalité dure et fantasmagorie. Non pas que le métrage présente des images éthérées, mais surtout parce que les décors et certaines situations offrent un parallèle intéressant entre ce qui est vrai et ce qui touche à la magie. Si la religion y tient une place particulière, c’est surtout pour montrer que l’on est là pour faire de bonnes actions et non pas pour faire le mal. Une idée reprise en fin de métrage, lorsque Paul Edgecomb continue à vivre alors qu’il voit ses proches mourir les uns après les autres. Une malédiction pour avoir tué un miracle de Dieu. Là encore, la mise en scène joue constamment entre le réel et l’irréel, offrant une fin émouvante et véritablement poignante.

Au final, La Ligne Verte est bel et bien un film culte. Dix-huit ans après sa sortie, le film fonctionne encore à plein régime, et que ce soit sur la réalisation, l’interprétation ou encore les messages qui sont contenus dans cette œuvre de plus de trois heures. Frank Darabont réussit le pari insensé d’adapter ce roman feuilleton de Stephen King, un film qui résonne encore dans beaucoup de cœurs et que l’on revoit avec plaisir, malgré sa longueur, car il est toujours d’actualité et ne prend pas une ride avec les années qui passent. A croire que John Coffey a donné un peu de sa magie pour insuffler une si longue longévité.

Note : 20/20

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Par AqME

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