septembre 28, 2020

Zone d’Anomalie – Andriy Kokotukha

Auteur : Andriy Kokotukha

Editeur : Pocket

Genre : Thriller

Résumé :

Plus de vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl, une jeune femme, Tamara Tomilina, entre en contact avec un journaliste du journal Faits incroyables. Elle veut qu’il publie son histoire. À cause de l’explosion de la centrale nucléaire soviétique, sa mère, alors enceinte d’elle, a dû être évacuée de Pidlisne, un village du nord de l’Ukraine. Tamara a donc grandi loin de là. Mais depuis quelque temps, la nuit, elle entend des gémissements effrayants, et un irrésistible appel de ce village où elle n’a pourtant jamais mis les pieds. Et elle a entendu dire que d’autres avaient ressenti la même chose, s’étaient rendus là-bas et avaient disparu pour toujours dans la zone de Tchernobyl. Le jour suivant la publication de l’article, Tamara disparaît. Puis le journaliste disparaît à son tour…

Avis :

On connaît les polars scandinaves pour leur atmosphère délétère évoluant bien souvent dans un cadre glacial. Moins plébiscités, mais presque autant présents sur la scène littéraire internationale, les écrivains d’origine soviétique et du bloc de l’Est ont également une certaine prédilection pour les récits désenchantés, voire nihilistes en certaines circonstances. C’est notamment le cas de Zygmunt Miloszewski, auteur de La rage et Les impliqués. Aussi, la découverte d’un romancier qui n’en est pas à son coup d’essai (près de 60 publications en Pologne) est toujours bonne à saisir, surtout quand il se penche sur les stigmates de Tchernobyl…

D’une tout autre manière, le sujet avait déjà été habilement exploité par Franck Thilliez avec Atomka. Avec le présent ouvrage, l’approche est beaucoup plus radicale, privilégiant l’aspect paranormal de l’affaire sous l’angle du journalisme à sensations. Il n’est pas question de reprendre les tenants qui ont amené à la catastrophe nucléaire, mais d’évoquer des anecdotes, des témoignages, qui laisseraient entendre des événements étranges se déroulant dans le village de Pidlisné. La zone d’anomalie à proprement parler serait le théâtre de disparitions répétées après que lesdites personnes furent « appelées » par la ville. Une tournure pour le moins déstabilisante.

Et c’est précisément sur ce point que se focalisent toutes les attentions. À savoir, entretenir un mystère en apparence insoluble pour entraîner le lecteur dans une histoire où les frontières du tangible sont ténues. À tel point qu’on évoque un monde parallèle, sans pour autant rentrer dans les détails. De plus, la plume de l’auteur reste fluide et particulièrement affûtée pour développer ses propos. Après une première partie qui laissait augurer du meilleur, le soufflé retombe dès le tiers du livre. Et ce ne sont pas les incursions sporadiques au cœur d’un village désolé qui changeront la donne. Bien au contraire, ces petites visites sont bien loin d’égaler les attentes que le lecteur nourrit à sa simple évocation.

Très vite, l’auteur semble dépasser par son sujet. Au lieu de tisser la trame pour lier les tenants à la suite des événements, il va les occulter pour explorer d’autres pistes. En pareil cas, on serait tenté d’espérer que ces digressions aboutiront à une quelconque justification, même alambiquée. Or, les histoires secondaires prennent le pas sur l’intrigue principale. Soit dit en passant, l’assassinat d’un riche homme d’affaires et le passé nébuleux de Victor Chamray sont bien moins intéressants et originaux que l’idée de départ. D’ailleurs, le journaliste s’efface progressivement de la scène, n’en déplaise à son statut de protagoniste.

Ce n’est pas un mal de rester dans une approche rationnelle sans sauter le pas du fantastique. Encore faut-il parvenir à trouver l’inspiration pour la crédibiliser. De fait, l’immersion et l’engouement s’étiolent au profit d’une déconvenue inéluctable. On délaisse bien vite les éléments qui sortent du cadre de l’ordinaire sans explications aucunes. Le dénouement se veut poussif et d’une rare indigence. Tout comme les idées d’introduction qui se contentent de présenter les personnages en train de manger ou boire, les chapitres se raccourcissent à un rythme effréné. Répétitifs et redondants, ils imposent une conclusion d’une banalité confondante.

Zone d’anomalie est l’exemple typique du livre où l’auteur ne respecte pas sa promesse de départ. Malgré un début engageant, ce polar saupoudré de surnaturel n’en possède que les atours. Là où le sujet laissait à penser un traitement aussi original qu’étrange, l’histoire s’essouffle pour exposer des sous-intrigues sans intérêt. L’évolution du récit s’en ressent tout autant que le déséquilibre qui se forme dans les fils narratifs et la place allouée à chaque intervenant. On erre de confusion en déconvenues pour aboutir à une cruelle désillusion. Celle d’avoir entraperçu le potentiel d’un cadre et d’un concept gâché par une absence (presque) totale d’imagination. Un polar aussi décevant que frustrant.

Note : 08/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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