novembre 30, 2020

Dr. Stone

Auteurs : Riichiro Inagaki et Boichi

Editeur : Glénat

Genre : Shonen

Résumé :

Taiju, un lycéen tokyoïte, est un jour victime d’un phénomène mystérieux : en une fraction de seconde, l’humanité entière est transformée en pierre ! Des milliers d’années plus tard, à son réveil, il décide de rebâtir la civilisation à partir de zéro avec son ami Senku !

Avis :

Le manga se dissocie principalement en trois genres. Le Shonen pour les adolescents, le Seinen pour les jeunes adultes et les adultes et le Shojo pour les jeunes filles. Bien évidemment, il existe d’autres sous-genres, mais principalement, ce sont ces trois genres-là qui sont le plus utilisés pour catégoriser les mangas. Et le Shonen est peut-être le genre le plus représenté avec des œuvres fortes comme One Piece, Naruto ou encore Bleach. Ce sont les mangas les plus vendus dans le monde et c’est ce genre qui se démocratise le plus. Pas étonnant donc de voir débouler dans les librairies de nouvelles séries à grands renforts de publicité pour attirer le chaland. Dr. Stone fait parler de lui dès le départ non pas à cause de son scénario, mais plutôt grâce à ses créateurs, Riichiro Inagaki au scénario, créateur de Eyeshield 21, un Shonen dans le milieu du football américain qui a connu un immense succès, et Boichi, le dessinateur de Sun-Ken Rock, là aussi un énorme succès. Mais ce n’est pas parce que l’on a fait un gros succès dans sa carrière qu’elle va être sillonnée de bombes atomiques, et une fois que l’on lit Dr. Stone, on peut vite s’en rendre compte, même si cela est loin d’être mauvais.

L’histoire est déjà assez difficile d’accès, et il faut briser certaines barrières que l’on s’était fixées. En effet, l’histoire prend place de nos jours mais met en place deux personnages complètement loufoques, à savoir Taiju, un immense lycéen à l’énergie débordante et Senku, un lycéen très intelligent, qui pourrait être assimilé à un savant fou, avec sa crinière en l’air. En fait, dès le départ, on se retrouve avec des personnages hauts en couleurs et qui ne correspondent pas forcément à des canons de la normalité. D’entrée de jeu, le manga fait la part belle à une sorte de monde invraisemblable, comme un univers parallèle avec des gens qui ne rentrent dans aucune norme. Ensuite, une fois que tout le monde se retrouve pétrifié, le manga change de ton. On passe dans un univers post-apocalyptique assez classique, où la nature reprend ses droits et dans lequel il va falloir réapprendre à vivre. Ce changement de ton va amener à réfléchir sur la notion de civilisation, sur la notion de survie, mais aussi de ce que peut nous apporter la science. Puis, encore une fois, le manga change de voie lorsque les deux protagonistes se font agresser par des lions et qu’ils doivent réveiller le lycéen le plus fort du monde, qui va buter les félins à mains nues. Là, on replonge dans un monde invraisemblable qui nous sort de ce contexte plus plausible.

Et c’est peut-être là la faiblesse de ce Shonen, qui n’en est qu’à son premier tome, suffisant pour montrer son univers et cette volonté de faire quelque chose à part, d’assez inédit, mais de parfois complètement bordélique. En fait, le principal souci avec cette histoire, c’est qu’elle emprunte aussi bien au Shonen qu’au Seinen sans jamais choisir vraiment sa voie. D’un côté, on aura droit à un humour pesant, à des personnages peu crédibles et des situations ubuesques, alors que d’un autre côté, il règnera une certaine violence dans certains actes (à savoir que les humains dont les statues sont brisées sont morts) et un message assez pessimiste sur l’humanité. Malheureusement, ces deux registres ne vont pas forcément bien ensemble et cela a tendance à sortir le lecteur de l’histoire, ne sachant sur quel pied danser. Pour autant, les réflexions amenées sont intéressantes et intelligentes. On parle de sélection humaine pour refaire une société plus pure. On parle de vulgarisation de la science pour s’en sortir et créer différents objets du quotidien qui aideront pour plus tard. Des thèmes assez peu exploités dans les récits pour adolescents et qui sont pourtant très matures. Alors bien évidemment, ce n’est pas traité par-dessus la jambe, mais ça reste encore clairsemé dans un univers étrange, peut-être trop, mais surtout avec des personnages peu attachants.

Là aussi, c’est un gros problème dans ce manga. Senku est un enfoiré de base, qui sait tout sur tout, mais qui exploite son ami Taiju pour récupérer des vivres. Ce dernier est un peu l’idiot de base, voulant toujours bien faire, mais qui manque de jugeote. Ajoutant à cela son amour éperdu pour une jeune fille qui semble n’en avoir rien à foutre et vous avez le portrait qui parfait imbécile. Ce duo fonctionne à moitié donc, et même si cela veut montrer l’efficacité du concept la tête et les jambes, on reste dans quelque chose de très surfait. Sans parler du bad guy qui se révèle dans ce premier tome, un homme fort, intelligent, à la morale douteuse, mais qui manque grandement de charisme. Il ne suffit pas de buter un lion à main nue pour avoir une présence. Néanmoins, on pourra se rattraper sur les talents de Boichi pour les dessins. C’est très vif, il y a du mouvement quasiment à chaque planche et on appréciera les musculatures saillantes des différents protagonistes.

Au final, Dr. Stone, sans être fondamentalement mauvais, reste un Shonen assez classique dans son déroulé, avec des personnages étranges et dont les péripéties vont les amener à faire un road trip dans un monde sauvage. Il est juste dommage que les sujets intéressants ne soient pas mieux traités et que l’univers exploré soit si brouillon, avec des personnages très forts, d’autres très intelligents, d’autres complètement fêlés, dans un univers qui se veut crédible et plausible. Une distanciation bizarre qui ne colle pas forcément et où les personnages et les actions ne collent pas avec l’univers. Bref, ça se laisse lire, c’est étrange, mais il faut peut-être laisser plus de temps au manga pour s’installer et approfondir ses sujets.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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