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SS-GB – Len Deighton

Auteur : Len Deighton

Editeur : Denoël

Genre : Uchronie

Résumé :

Novembre 1941. Depuis la capitulation de la Grande-Bretagne, l’armée allemande et sa bureaucratie tentaculaire ont pris possession du pays tout entier.
À Scotland Yard, le commissaire principal Douglas Archer, qui a perdu sa femme pendant les derniers bombardements, poursuit sans enthousiasme son travail sous les ordres du Gruppenführer Fritz Kellerman.
Lors d’une enquête de routine sur la mort d’un antiquaire, il découvre l’existence d’étranges tractations entre l’armée allemande et des membres influents de la Résistance. Quand le Standartenführer Huth, un proche de Himmler, arrive expressément de Berlin pour superviser l’enquête, Archer comprend qu’il a mis le doigt sur quelque chose de bien plus gros qu’il ne l’imaginait, quelque chose qui pourrait faire basculer le destin de l’ensemble du monde libre.

Avis :

À la lisière des genres (polar, historique et science-fiction), l’uchronie offre une approche pour le moins originale à la littérature. Avec ses codes et ses références, elle permet non seulement de triturer les fils des plus grands événements historiques, mais aussi de porter un regard nouveau sur leur importance. A fortiori quand on découvre l’autre côté du miroir, comme c’est le cas avec les intrigues où les nazis ont remporté la Seconde Guerre mondiale. On pense notamment à des œuvres emblématiques telles que Le maître du haut-château ou Fatherland. Moins connu et également notable dans le domaine, SS-GB explore la Grande-Bretagne sous l’occupation allemande.

Avec le roman de Philip K. Dick, on arpentait les États-Unis minés par la présence des nazis. Avec Swastika Night, la transposition était temporelle (plus de 500 ans dans le futur). Ici, SS-GB tente de représenter ce qu’aurait pu signifier une victoire de l’armée allemande sur les Anglais. Pour cela, l’auteur s’inspire librement (mais en conservant une certaine cohérence) de l’occupation de la France et de la Résistance. La mainmise sur les autorités publiques et les administrations se dévoilent grâce au personnage principal, un enquêteur de Scotland-Yard, tandis que le quotidien est relayé par quelques incursions extérieures avec les badauds et les citoyens britanniques.

Des dissensions hiérarchiques à la volonté de poursuivre le travail de policier, la trame montre à quel point il est délicat de tenir une telle position sans susciter le mépris des uns et l’animosité des autres. Le lecteur dispose d’un point de vue privilégié pour déterminer la place de Douglas Archer et définir ses motivations. En revanche, le doute est entretenu pour les autres intervenants où les actions de l’intéressé sont tour à tour une preuve de collaboration (trahison ?), puis de résistance. La difficulté étant de trouver le ton adéquat pour crédibiliser une succession de comportements en apparence contradictoire et irrationnel. Force est de constater que l’auteur parvient à exposer des situations représentatives du déchirement entre obligation professionnelle, légalité et patriotisme.

Si le contexte demeure uchronique, la progression s’arroge les codes du polar à l’ancienne. Bien que simplistes dans leurs enjeux et leur déroulement, les investigations sont bien menées. Entrecoupées d’intermèdes propres à donner plus de consistances aux protagonistes, elles jouent la carte du suspense en décomposant l’intrigue en deux parties distinctes. La première servant à flouer le véritable mobile, tandis que la seconde dévoile une portée bien plus importante qu’escomptée. Pour cela, le récit s’oriente sensiblement vers l’espionnage en rappelant régulièrement la nécessité d’une opposition afin d’empêcher une domination mondiale des nazis. Toute la subtilité réside dans les faux-semblants et les jeux de dupes.

Quid de la famille royale, de Churchill ou de l’état général du pays ? Les explications sont fournies au compte-gouttes, parfois de manière anecdotique, comme pour souligner le contraste entre la fiction et la réalité. Pour autant, la mise en abîme n’est pas aussi profonde que dans Le maître du haut-château. Il existe bien quelques interrogations quant à une potentielle victoire des Alliés, mais l’auteur évite de sombrer dans la redite de la réalité parallèle. Judicieuse initiative. A fortiori quand son prédécesseur est Philip K. Dick. L’ensemble demeure beaucoup plus accessible et offre une immersion moins abstraite. Par conséquent, cette approche plus légère sollicite moins l’attention du lecteur.

Au final, SS-GB est une version altérée de la Seconde Guerre mondiale plaisante, bien que moins connu que d’autres récits semblables. L’aspect uchronique est remisé au contexte pour mieux justifier les motivations. Pour le reste, le livre de Len Deighton tient surtout d’un mélange équilibré entre romans policier et espionnage. Les personnages sont bien campés et les situations font preuve de variété pour soutenir l’enquête principale. Il en ressort une ambiance travaillée non dénuée de suspense et soucieuse des détails historiques sans pour autant en être tributaire. Un traitement rigoureux, parfois trop dirigiste, mais qui n’empêche pas SS-GB d’être un récit de qualité.

Note : 15/20

Par Dante

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