novembre 29, 2021

La Disparition d’Annie Thorne – C.J. Tudor

Auteure : C.J. Tudor

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller

Résumé :

Une nuit, Annie a disparu de son lit. Il y a eu des recherches. Tout le monde imaginait le pire. Finalement, au bout de quarante-huit heures, ma petite sœur est revenue. Mais elle ne pouvait pas – ou ne souhaitait pas – dire ce qui s’était passé. Quelque chose lui est arrivé. Je ne peux pas expliquer quoi. Je sais juste que, quand elle est rentrée à la maison, elle n’était plus la même. Elle n’était plus ma Annie. Je ne voulais pas avouer aux autres et encore moins à moi-même que, parfois, j’avais peur d’elle. Et puis, il y a deux mois, j’ai reçu un e-mail : Je sais ce qui est arrivé à votre sœur. Ça recommence…

Avis :

Dans le monde de la comm’, il y a des choses dont il faut se méfier, mais le pire du pire, ce sont les remarques et annotations sur des affiches de films ou sur le quatrième de couverture d’un roman. En effet, outre les phrases toutes faites de certains « influenceurs » peu scrupuleux afin de faire de la publicité pour un produit, on peut aussi avoir des remarques de certains grands auteurs pour inciter le public à lire tel bouquin ou aller voir tel film. Et ça, Stephen King s’en est fait une spécialité. Néanmoins, si on ne peut pas trop lui faire confiance en ce qui concerne le cinéma (il n’aime pas la version de Kubrick de Shining, il a financé un téléfilm du même nom réalisé par Mick Garris), au niveau des livres, il a plutôt bon goût. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai découvert C.J. Tudor, auteure anglaise qui avait laissé une belle trace avec L’Homme Craie, un thriller qui faisait écho à la jeunesse et au passé, ainsi qu’au monde de l’éducation et qui laissait transparaître quelques similitudes avec les écrits du maître de l’horreur. Réitère-t-elle l’essai avec La Disparition d’Annie Thorne ? Eh bien oui.

D’entrée de jeu, l’auteure nous met dans le bain. Un duo de flics s’aventure dans un cottage et retrouve deux cadavres, une jeune femme qui visiblement s’est tirée une balle dans la tête et son fils est retrouvé sur son lit, la tête éclatée. Au mur, des lettres de sang avec marqué « pas mon fils ». Difficile de faire mieux comme introduction, qui met le lecteur en situation de stress et qui sait qu’il va tomber dans un thriller un glauque, au fin fond d’une Angleterre minière. Cependant, l’histoire va prendre un autre tournant, puisque l’on va suivre Joe Thorne, un professeur désabusé, alcoolique et endetté jusqu’au cou, qui revient à Arnhill pour régler quelques affaires qui ont un lien avec le passé et une légende urbaine. Comme à son habitude, l’auteure va nous perdre dans les méandres non pas d’une enquête, mais plus d’un règlement de compte qui a pourri, et qui fait écho à un lourd passé, avec, en prime, un élément fantastique. Ici, ce qui est important, ce n’est pas tant l’affaire de Joe, qui doit de l’argent à un caïd, mais plus ses liens avec un passé étrange, où il perd son père et sa petite sœur. Jouant constamment avec les double-sens et les personnages troubles, C.J. Tudor nous mène en bateau et on adore ça.

Si toutes les ficelles du thriller sont utilisées, elles restent cependant affiliées à de l’horreur pure et à quelques passages qui permettent de dévier vers un tout autre style. C’est là la grande force de l’auteure, qui place son récit dans une réalité palpable, plausible, avec son lot de situations presque anodines, et qui va injecter, de temps en autre, des éléments fantastiques qui viennent troubler une lecture déjà intrigante. On ne sait jamais où l’on va aller, on ne devine pas quels personnages seront la clé de voûte du récit et surtout, le dénouement reste surprenant, l’histoire se terminant de façon pétaradante et presque avec regret, nous délaissant même avec quelques questions en tête. L’autre force du récit, c’est clairement sa tonalité et son personnage principal. Joe est un homme qui n’a plus rien à perdre et qui manie le cynisme avec une certaine dextérité. On retrouvera donc des traits d’humour très efficaces qui viendront dédramatiser une atmosphère lourde et poisseuse, une Angleterre profonde où les secrets n’aiment pas ressortir de terre. Et en utilisant la première personne, C.J. Tudor nous permet d’être au plus proche du héros, ou plutôt de cet anti-héros assez attachant.

Enfin, il réside dans ce roman une ambiance particulière qui est parfaitement retranscrite. Arnhill est une petite ville minière, avec de lourds secrets et des personnages plutôt atypiques. Pour autant, l’auteure arrive à les rendre tangible et à leur donner une vraie épaisseur. Ainsi, l’antagoniste principal de l’histoire sera un riche homme d’affaires imbu de lui-même, plutôt enclin à la violence et au racket, et qui restera la même personne détestable que durant son adolescence. Les chiens ne faisant pas des chats, son fils aura tendance à faire la même chose, harceler les plus faibles, ne craignant rien puisque papa veille au grain. On aura aussi droit aux hommes de main, des brutes sans cervelle qui auront aussi un écho avec le passé, montrant finalement que les personnages restent bloqués aussi bien dans cette ville miteuse que dans leur caractère. C’est d’ailleurs l’une des thématiques de ce bouquin, démontrant que quoi que l’on fasse, on ne change pas. Parmi les autres thèmes, on aura droit à l’enfance, puisque l’histoire se repose sur un élément du passé, mais aussi sur le monde éducatif, qui ne va pas fort et qui semble impuissant face à la délinquance, faisant les yeux doux aux donateurs financiers. Des thèmes récurrents chez l’auteure, puisque l’on retrouvait déjà cela dans l’excellent L’Homme Craie.

Au final, Stephen King ne nous avait pas menti en disant que C.J. Tudor est une excellente auteure. Elle transforme complètement l’essai avec La Disparition d’Annie Thorne, qui est un thriller rudement efficace, surprenant dans son twist et relativement roublard sur son déroulement. Bref, même si certaines questions restent en suspens à la fin de ce récit, il démontre tout le talent de son auteur, et c’est déjà pas mal.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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