octobre 24, 2020

Madame Einstein – Marie Benedict

Auteur : Marie Benedict

Editeur : Les Presses de la Cité

Genre : Historique

Résumé :

Zurich, 1886. Mileva Mari quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion. C’est Albert Einstein. Les deux parias tombent aussitôt amoureux. Et élaborent ensemble leur pensée scientifique. Mais y a-t-il de la place pour deux génies dans un même couple ? De drames domestiques en humiliations conjugales, Mileva apprend la dure réalité du mariage, passé les premières ferveurs de l’amour.

Avis :

Madame Einstein est un livre étonnant qui nous fait voyager à travers le temps. L’époque fin XIXe – début XXe est bien mise en scène et on s’y plonge avec plaisir. Le mode de vie ne diffère pas tant que cela du nôtre, si ce n’est que la condition féminine est bien plus terrible et plus soumise à l’autorité masculine. Même si l’on sait très bien que les femmes avaient moins de droit que maintenant il y a à peine quelques dizaines d’années, cela fait tout de même étrange de lire que les femmes ne pouvaient pas vraiment faire d’études ou qu’elles étaient presque forcées d’être mère au foyer.

La première femme d’Einstein fait partie de ces femmes fortes dont on ne sait pas grand-chose et qui ont essayé de faire fi de ces idées pour être celles qu’elles voulaient être. Une autre femme de sciences, cette fois-ci bien connue, apparaît vers la fin du livre. Marie Curie y tient un rôle important et son apparition laisse place à un passage qui apporte une vraie bouffée d’oxygène et surtout de l’espoir pour l’héroïne qui s’était perdue en chemin.

La lecture de ce roman est éprouvante lorsque l’on s’attache au personnage. Et ne pas s’y attacher est difficile puisque tout est fait pour cela. Mileva Maric est une personne au talent génial qui rêve de marquer l’histoire de la physique par ses recherches et découvertes. Jeune, elle n’avait pas beaucoup d’amis et son envie de faire des sciences la distinguait de la quasi totalité des autres filles qui finissaient par la rejeter. Les multiples flash-backs sur la jeunesse de la jeune femme sont bien faits et ne dérangent pas la lecture comme le rythme de l’histoire. On aime en apprendre plus sur elle et ses passions.

C’est en Suisse qu’elle trouve enfin des personnes à qui se fier, au sein d’une communauté exclusivement de jeunes filles qui elles aussi ont l’ambition de faire des études. Leur amitié ne fait que grandir au fil des pages et s’épanouit. Le lecteur est ravi de cette atmosphère qui laisse à Mileva le loisir d’étudier et de ne pas se faire mal juger pour cela. La Suisse était alors un pays plus ouvert que d’autres, même s’il fallut à Mileva un caractère combatif pour essuyer tous les sous-entendus et insultes échangés à son égard. C’est également en Suisse qu’elle fit la rencontre du futur ô combien célèbre physicien Albert Einstein. Et cette rencontre bouleversa sa vie.

Ce roman, tant et si bien que l’on s’attache à l’héroïne, nous fait détester cet homme. En effet, Albert Einstein finit par devenir excentrique au possible, allant jusqu’à retirer le nom de sa femme de leurs publications et se donnant ainsi tous les mérites. Au fil de la lecture, on s’aperçoit que le physicien vit dans un monde complètement à part et que les relations sociales comme amoureuses restent un mystère pour lui. Tel un Sheldon Cooper (de la série télévisée The Big Bang Theory), Monsieur Einstein nous montre l’image d’un sans-cœur, d’un égoïste et d’un enfant gâté.

Ce personnage que l’on apprécie d’abord beaucoup, finit par nous devenir irritable. La seconde moitié du livre est vraiment désagréable à lire, tant on sent que Mileva perd de sa combativité et de l’estime de soi. Le ton est plus sombre, l’atmosphère plus pesante et les mots plus durs. Le lecteur ne souhaite alors plus qu’une chose : que la jeune femme réponde à son mari et qu’elle redevienne celle que l’on a connue dès les premières pages du livre. Une femme ambitieuse qui désire être autre chose qu’une mère de famille et une mère au foyer mal aimée.

Toute l’intrigue autour de leur première fille est complexe et met en avant les défauts de la société de l’époque, qui peuvent paraître stupides. Mileva souffre beaucoup et le lecteur avec elle. Le thème des études et de la physique est ainsi mis à l’écart un bon moment. La relation d’Albert et Mileva est mise en avant et les premiers mois d’idylle du couple sont vraiment adorables, jusqu’à dériver et prendre des proportions abominables. L’auteure manie les sentiments, aussi bien positifs que négatifs, à la perfection.

L’écriture est belle et en accord avec l’époque décrite. Les mots utilisés, la construction choisie et les expressions citées nous plongent dans cet univers pas si lointain et dans tous ces pays que l’on ne connaît pas forcément. Le travail de recherche est fascinant et on en apprend beaucoup. Marie Benedict nous offre un roman historique de qualité.

La fin du livre est également intéressante car l’auteure y explique son travail et ce qui tient ou non de la romance. Cette critique n’en dira pas davantage pour ne pas gâcher la lecture.

Les explications scientifiques sont multiples et parfois un peu poussées, voire difficiles à comprendre pour des personnes qui ne sont pas du domaine. La lecture n’en est pourtant pas gênante. La relativité est bien évidemment mise à l’honneur, ainsi que les prémisses et évolutions de cette idée.

Ce livre est incroyable tant dans sa description de l’époque que de celle de la relation entre Mileva et Albert. Telle une psychologie de couple, la lecture de ce roman nous fait bien comprendre que la communication est un élément essentiel au maintien sain d’une relation. A la fois déçu par les réactions de Mileva, et excédé par celles d’Albert, le lecteur est pris au piège de rouages qui ne cessent de se complexifier. Albert Einstein perd quelque peu de sa superbe, comme le monde du début du XXe siècle auquel il est difficile d’envier les conditions de vie.

Note : 18/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.