janvier 19, 2021

Annihilation – Jeff Vandermeer

Auteur : Jeff Vandermeer

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Science-Fiction

Résumé :

La Zone X, mystérieuse, mortelle. Et en expansion. Onze expéditions soldées par des suicides, meurtres, cancers foudroyants et troubles mentaux. Douzième expédition.

Quatre femmes. Quatre scientifiques seules dans une nature sauvage. Leur but : ne pas se laisser contaminer, survivre et cartographier la Zone X.

Avis :

La science-fiction est un domaine vaste où l’on peut aussi bien englober le space-opera que le post-apocalyptique et l’uchronie. Toutefois, certaines histoires cadrent difficilement avec une catégorie spécifique. Mais le mélange des genres donne lieu à de nouveaux courants littéraires, comme le fut en son temps le steampunk. En l’occurrence, l’amalgame de la science-fiction, de l’horreur et de la fantasy emprunte le terme de « New Weird ». Avec China Miéville, Jeff Vandermeer est le précurseur d’un style très particulier, ô combien original et immersif. Premier volet de la trilogie du rempart Sud, Annihilation est aussi discret (un peu plus de 200 pages) qu’intrigant.

Il est vrai qu’une bonne histoire débute souvent par un mystère. La qualité du récit visant à le démêler progressivement pour apporter des éléments de réponses satisfaisants. Ici, ce n’est pas tant un quelconque éclaircissement qui prévaut, mais l’entretien du mystère initial. Pour cela, l’auteur élude toute question de contexte, de critères temporels et géographiques. L’absence de repères suscite la curiosité et l’engouement tout en travaillant l’immersion. À ce stade, le lecteur se situe dans le même état d’esprit que les membres de l’expédition. À savoir, dépourvu d’a priori pour une plongée progressive dans l’inconnu afin de mieux descendre les paliers successifs d’une horreur abyssale.

Pour cela, le récit se montre très circonspect du point de vue des protagonistes. D’une part, on les nomme par leur métier (psychologue, anthropologue…). D’autre part, on reste volontairement évasif sur leur passé ou leur caractère. Certains y verraient un écueil maladroit propre à déshumaniser les personnages, ne les rendant guère attachants. Toutefois, ce choix se justifie par l’influence de la Zone X sur les individus qui se basent sur leurs expériences et leurs connaissances pour la découvrir. Un des facteurs responsables des échecs à répétition. Étant donné que l’on se place sous le point de vue de la biologiste, seuls quelques pans de son ancienne vie sont ici évoqués, notamment sa relation houleuse avec son mari.

Le fait qu’il n’est guère évident de s’identifier aux membres de l’équipe n’a rien de préjudiciable. Soit dit en passant, il s’agit exclusivement de femmes. Un choix assez rare pour le souligner. Encore une fois, tout repose sur l’exploration de la Zone X. Vestiges archéologiques, découverte de la faune et de la flore dans toute leur richesse, sans compter la présence d’un phare et d’une frontière qui préserve soigneusement ses secrets… Chaque question en entraîne une autre, accentuant par la même le sentiment d’appréhension et le climat angoissant qui émane de ces contrées étranges.

L’immersion dans cet environnement hostile provient surtout d’une menace latente, dissimulée dans quelques recoins obscurs. Celle-ci se veut physique et empirique au regard des disparus des précédentes expéditions. Toutefois, l’évolution du récit nous emporte dans une approche psychologique plus pernicieuse. Hallucinations ? Réalité ? Cauchemars ? Toutes les hypothèses sont envisageables pour mieux contraindre les protagonistes et le lecteur à la résignation et au doute. Pour ne rien gâcher, certains aspects de l’histoire, comme le monstre de la tour ou l’atmosphère générale, ne sont pas sans rappeler quelques écrits de Lovecraft, notamment sur les mythes des Grands Anciens et d’êtres antédiluviens. On songe surtout au Cauchemar d’Innsmouth à l’évocation des créatures de l’océan.

Au final, Annihilation se présente avant tout comme une œuvre déstabilisante pour le moins étrange. Le roman de Jeff Vandermeer bénéficie d’une ambiance oppressante parfaitement maîtrisée. De pertes de repères en découvertes effroyables, le lecteur se plaît à accompagner les membres de la 12e expédition dans une odyssée désespérée, presque nihiliste au regard de ce qui est avancé dans les ultimes pages. Ce premier tome écarte tout classicisme dans sa progression pour mieux ébranler nos certitudes. Ce n’est pas forcément le peu d’éclaircissements qui importe, mais leur interprétation et ce qu’ils laissent augurer par la suite. Une intrigue originale, audacieuse et diablement immersive.

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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