septembre 27, 2022

Crooked House

De : Gilles Paquet-Brenner

Avec Glenn Close, Max Irons, Stefanie Martini, Christina Hendricks

Année : 2017

Pays : Angleterre

Genre : Policier

Résumé :

Adapté du roman d’Agatha Christie. Le détective privé Charles Hayward va tenter de trouver le meurtrier du millionnaire Aristide Leonides.

Avis :

Avec des intrigues bien ficelées et un sens de la narration sans pareil, Agatha Christie n’a pas usurpé son statut de « reine du polar ». Elle est également responsable de figures emblématiques telles que Miss Marple ou Hercule Poirot. Si ces personnages surviennent de manière prépondérante dans ses histoires, ils ne sont pas les seuls enquêteurs à être nés sous sa plume, comme Charles Hayward. Roman indépendant (qui ne s’inscrit dans aucun cycle), La maison biscornue se veut une œuvre aussi curieuse que subtile dans l’exposition de son mystère. Le film de Gilles Paquet-Brenner en est la première adaptation cinématographique. Le responsable de Dark Places et Elle s’appelait Sarah est-il parvenu à retranscrire l’atmosphère du récit original ?

 Malgré quelques libertés indissociables du processus d’adaptation, le scénario correspond en grande majorité avec le livre. Exception faite du cadre temporel qui accuse un décalage d’une dizaine d’années. On délaisse le contexte d’après-guerre de 1947 pour privilégier les années 1950, où quelques propos anticommunistes s’invitent dans l’intrigue. Bien que le passif du personnage principal soit centré sur d’obscures affaires d’espionnage menées à l’internationale, ce ton dénote par rapport au style britannique. On a davantage l’impression de se situer en pleine guerre froide sur le territoire américain plutôt que dans la campagne anglaise. Un élément guère prépondérant, mais qui contraste grandement lorsqu’on découvre et explore le manoir des Léonides.

Autre conséquence de ce changement temporel, on se retrouve avec un traitement proche des romans noirs de l’époque avec son lot de clichés relatifs aux protagonistes et à une introduction pas assez recherchée. Au demeurant, Charles Hayward manque cruellement de répondant face à ses homologues. Cela est sans doute dû à la prestation timorée de Max Irons qui peine à s’imposer devant des acteurs de la trempe de Terence Stamp ou Glenn Close. Toutefois, il n’est pas seul responsable, car la caractérisation de son personnage se révèle surfaite et passablement creuse, n’en déplaise à son passé d’espion pour la couronne.

On remarquera également un manque cruel de rythme. Certes, le récit policier ne nécessite nullement de séquences d’action, mais son évolution doit rester fluide. Malgré la qualité de la majorité des dialogues, ceux-ci demeurent sur la réserve, un peu comme les acteurs censés leur donner vie. L’absence d’ambiance sonore et la platitude des échanges, même lorsqu’ils doivent être houleux, fait s’appesantir une atmosphère lourde, presque austère. Un peu comme la démesure du manoir, ses couloirs froids et ses êtres dénués de tout sentiment qui le hantent. Au lieu de confronter des personnages passablement détestables, le traitement sombre dans la torpeur et la contemplation d’une situation qui progresse difficilement.

De tels choix de direction desservent la qualité de l’histoire. Car elle se veut suffisamment habile pour brouiller les pistes et entretenir l’intérêt chez le spectateur. S’il n’est en rien novateur, le fait d’offrir un mobile à tous les intervenants apporte une orientation judicieuse pour explorer d’autres possibilités. Entre suspicion, rancœurs et accusations, le tour de table des différents protagonistes donne un éclairage nouveau sur le clan Léonides. À noter qu’il ne s’agit en rien d’un huis clos étant donné que Charles Hayward et les membres de la famille ne sont nullement confinés dans le manoir, même si les apparences laissent entendre le contraire.

Au final, Crooked House est une adaptation en demi-teinte. Malgré la subtilité de l’intrigue et son implacable vérité, celles-ci sont entachées par des défauts purement formels. Un cadre presque anachronique au regard de l’ambiance du livre, un personnage central trop effacé et une gestion maladroite du rythme plombent les bons a priori que l’on porte au film. Cela sans compter une atmosphère pesante (dans le mauvais sens du terme) dont le ton monotone altère considérablement la pertinence des dialogues. En lieu et place d’un récit policier délectable, on découvre une production britannique dont l’identité même s’étiole au fil d’une progression cahotante. Une représentation assez convenue et inaboutie du roman d’Agatha Christie.

Note : 12/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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