novembre 30, 2020

Le Fascinant Capitaine Clegg

Titre Original : Night Creatures

De : Peter Graham Scott

Avec Peter Cushing, Oliver Reed, Yvonne Romain, Patrick Allen

Année: 1962

Pays: Angleterre

Genre: Aventure, Horreur

Résumé :

En 1792, le capitaine Collier et son groupe de soldats débarquent à Romney Marsh sur la côte britannique afin d’enquêter sur une histoire de fantômes des marais semant la terreur dans le village voisin. Il soupçonne vite le révérend local d’être pour quelque chose dans les événements qui s’y déroulent. Il s’avère que le révérend Blyss est un ancien chef pirate, connu sous le nom de capitaine Clegg, qui s’est réfugié dans ce village pour s’y faire oublier.

Avis :

La Hammer est une société de production qui s’est spécialisée dans le film d’horreur et d’épouvante durant les années 40/50. Alors que son âge d’or arrive dans les années 60, elle décide de créer une sorte de partenariat avec Universal pour envoyer ses films aux Etats-Unis. Et aussi exploiter un catalogue intéressant, allant du Loup-Garou à ce cher Dracula. En 1937, Roy William Neill sort Doctor Sym, un film adapté d’une série de bouquins qui raconte l’histoire d’un pirate devenu pasteur et faisant vivre une petite communauté grâce au commerce illicite d’alcool. Dans les années 60, La Hammer souhaite diversifier son catalogue et jette alors un œil sur ce film. Hasard du calendrier, la même année Disney acquiert les droits d’exploitation des romans. Un accord sera trouvé et la Hammer, en changeant le nom du personnage principal, va faire de ce docteur Sym, un capitaine Clegg, et va réussir le tour de force de mélanger le film d’aventure à l’épouvante, avec un soupçon de policier.

Le tout début du film ressemble à une histoire de pirates, avec un homme qui va être abandonné sur une île déserte, la langue coupée et les oreilles percée, à cause d’une tentative de viol sur la femme du Capitaine Clegg, un célèbre pirate. Les années passent et le capitaine Clegg est alors pendu. On retrouve son tombeau dans une petite bourgade qui semble prospérer. C’est alors que survient le capitaine Collier, qui mène une enquête sur un réseau de trafic d’alcool. Il va alors se confronter à une population qui semble amicale, mais qui cache aussi de lourd secret. Quand on lit rapidement le pitch de départ, on se retrouve face à un film mêlant piraterie et filouterie dans une époque assez austère. Et il est étonnant de retrouver la Hammer dans un registre comme celui-ci, puisque d’habitude, on voit plus des fantômes et des vampires que des villageois faisant tourner en bourrique une troupe de soldats. Seulement, se contenter de ne voir que cela serait faire du tort au film qui est bien plus profond qu’il n’y parait.

En premier lieu, le film va soigner son ambiance. Si le début est très fantasmagorique avec une horde de cavaliers squelettes terrorisant un pauvre bougre qui meurt de peur, on va vite tomber dans un film d’aventure qui distille quelques pointes d’humour et de lourdes cachotteries. Cette ambiance assez pesante et étrange va durer tout au long du film grâce à des personnages secondaires ambigus. On aura bien le fabricant de cercueils qui reste très fidèle au pasteur de son village et dont la fidélité ne fait aucun doute, mais d’autres protagonistes seront assez troubles, comme le tenancier du bar, qui essaye de violer la serveuse, promise à un jeune homme riche, qui lui aussi cache un secret. Chaque habitant semble faire partie d’un complot et il semble difficile de faire confiance à qui que ce soit, et en premier lieu à ce pasteur incarné par Peter Cushing. Ce dernier est d’ailleurs formidable, sortant de sa zone de confort qu’est Van Helsing pour tenter d’autres projets avec efficacité. La particularité de ce film, c’est aussi de se passer exclusivement de nuit, malgré son côté un peu bon enfant. Car si certains passages peuvent prêter à rigoler, comme le trafic en question, la balade des soldats dans le marais et toutes les précautions prises pour ne pas se faire avoir lors du trafic, on reste dans quelque chose de sombre, constamment sur la tangente entre humour et épouvante.

Et alors que Disney en a fait une série pour les bambins, la Hammer va prendre la décision de rajouter une partie épouvante à son histoire. Cela permet aussi de montrer la marque de fabrique de la maison, mais va tout aussi bien servir le propos du film. On retrouvera donc quelques aspects fantasmagoriques, comme cette horde de cavaliers squelettes, dont on devine rapidement l’identité. Cependant, le traitement du noir et de la fluorescence des costumes marche du tonnerre et Peter Graham Scott va jouer avec les profondeurs de champ pour installer un certain malaise. On aura donc droit à des plans larges avec les cavaliers qui disparaissent comme des spectres, mais aussi des gros plans et des zooms avant sur les têtes de mort afin de susciter un sentiment de peur frontale. Cette façon de faire, relativement brusque et syncopée, apporte de l’angoisse et un sursaut, mettant le doute sur l’identité des cavaliers. On pourra même dire que c’est ce film qui a inspiré Tim Burton pour son cavalier sans tête de Sleepy Hollow. Néanmoins, le film a aussi ses défauts, et le principal est l’identité de Peter Cushing. Certaines ficelles sont assez grosses et ne fonctionnent plus trop aujourd’hui, tout comme les scènes d’action qui sont parfois brouillonnes. On pourra quand même se réjouir d’un final beau et touchant, autour d’un personnage qui marquera aussi bien les villageois bienveillants que les ennemis reconnaissant un adversaire hors pair et un filou au grand cœur.

Au final, Le Fascinant Capitaine Clegg est un titre à part dans le catalogue horrifique de la Hammer. A mi-chemin entre l’épouvante gothique et le film d’aventure et de pirate, le métrage de Peter Graham Scott arrive à divertir tout en touchant le spectateur avec un personnage principal fort. Il est dommage que le film soit parfois un poil longuet et que les scènes d’action manquent de crédibilité, car sans ça, on aurait eu un grand film, presque familial.

Note : 15/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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