octobre 24, 2020

Hobboes – Philippe Cavalier

Auteur : Philippe Cavalier

Editeur : Anne Carrière/J’ai Lu

Genre : Anticipation

Résumé :

La mécanique du monde se dérègle. Les certitudes s’effacent. Pour beaucoup, c’est la fin de l’abondance et de la facilité. Faute de travail et d’avenir, des millions de nouveaux pauvres sont jetés sur les routes à la recherche confuse d’un nouvel espoir, d’un nouveau guide. C’est le temps des faussaires et des menteurs. Le temps des oracles et des sauveurs. Peut-être…
Sur la côte du Canada, les habitants d’un petit village de pêcheurs se précipitent dans l’océan du haut des falaises.
Dans les bidonvilles mexicains, des illettrés s’expriment dans une langue dont personne ne connaît l’origine.
Dans les montagnes du Dakota, une armée de miséreux se rassemble autour d’un inconnu dont certains disent qu’il est un dieu quand d’autres craignent qu’il soit le diable.
A l’écart des villes où demeurent ceux qui refusent de comprendre que rien n’est déjà plus comme avant, saints et corrupteurs cherchent désespérément l’enfant prophète qui les départagera.
Passif et protégé, le professeur Raphaël Banes l’ignore encore mais ces événements font déjà partie de son destin. Un destin dont il est loin, très loin d’imaginer tous les sacrifices qu’il suppose…

Avis :

On connaît le genre post-apocalyptique pour dépeindre le destin de l’humanité (et de la planète) après l’effondrement de notre société consumériste. Sous le prisme de la dystopie ou du survivalisme, il en ressort souvent des histoires âpres aux avertissements flagrants sur notre devenir. Or, les récits pré-apocalyptiques sont beaucoup plus rares. La plupart du temps, les auteurs s’en servent pour un simple flashback ou un prétexte à justifier leur existence. Hormis la saga Left Behind qui met en scène les événements bibliques avant l’« ultime révélation », les exemples sont peu probants en la matière. Aussi, Hobboes fait montre d’une certaine originalité dans l’avancement de son intrigue, mais pas seulement…

Malgré une entame qui traîne en longueur et peine à définir la ligne directrice, l’histoire fait preuve d’une grande méticulosité pour dépeindre un contexte à la fois réaliste et contemporain. Sur fond de crise économique aux effets dévastateurs, l’auteur développe ses propos à l’aide d’analyses plus que convaincantes. Il n’est pourtant pas question d’un essai socio-économique, mais la qualité des dialogues et des introspections des différents intervenants apporte un fond d’une rare lucidité. Difficile de dire s’il s’agit d’une sonnette d’alarme ou d’une inéluctabilité latente, toujours est-il que la force des arguments trouve une résonnance au sein même de l’intrigue et dans notre réalité.

La précarité et la marginalisation des individus sont la conséquence de l’irresponsabilité des états et d’une société où le conformisme rime avec consumérisme. Sur bien des points, on se rapproche de la dystopie avec le comportement totalitaire à peine voilé du pouvoir, les zones de non-droits et la résignation des masses face à un avenir sans lendemain. Le récit malmène le rêve américain, ainsi que les velléités matérialistes qui gangrènent notre quotidien, parfois de la plus insidieuse des manières. Et c’est dans cette façon de faire voler en éclats les illusions de nos vies qu’Hobboes puise toute sa force. Sans imposer un point de vue restreint à ce que certains pourraient qualifier de marxistes ou d’anarchistes, l’auteur demeure très pragmatique sans pour autant faire de concessions sur les thématiques qu’il aborde.

Mais Hobboes, c’est aussi une road-story à travers les États-Unis qui évoque un étrange mélange entre Le fléau de Stephen King et La route, le chef d’œuvre de Cormac McCarthy. Dès lors, les influences post-apocalyptiques sont flagrantes. Sous l’angle des vagabonds (les hobboes), le thriller dépeint quelques lignes plus haut s’oriente vers le fantastique. La mythologie naissante autour de ceux-ci s’inspire librement de l’Apocalypse de Saint Jean. Les analogies et les allusions sont nombreuses, mais l’on retient surtout la présence des cavaliers de l’Apocalypse et leurs actes qui surviennent. D’abord en guise d’intermède, puis de façon plus prépondérante dans l’histoire.

Certes, le mélange des genres ne plaît pas forcément à tout le monde, mais il apporte ici une richesse supplémentaire. Sans sombrer dans des propos religieux tels que la repentance ou la rédemption, le discours ayant trait à l’effondrement économique vise davantage à effectuer le parallèle entre croyances, faits et réalités. Ce qui permet de mieux extrapoler les prémices de l’Apocalypse. De fait, l’époque desdits événements ne se situe pas dans un avenir proche et incertain, mais dans le présent sans autre repère que le chômage, la démission des nations et l’instabilité socio-économique dans laquelle évoluent les protagonistes.

Critique acerbe et pleinement assumé du capitalisme et du modèle occidental, Hobboes s’avance comme une œuvre pré-apocalyptique percutante. À mi-chemin entre le thriller et le fantastique, le roman de Philippe Cavalier présente une description brutale et néanmoins réaliste d’une société balbutiante. Si la densité du texte peut rebuter quelques lecteurs novices, il n’en demeure pas moins que l’histoire révèle avec acuité les travers contemporains qui, lentement mais sûrement, en viennent à certaines extrémités individuelles ou collectives. Un livre écrit avec une grande lucidité qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour la finesse de son style et de ses propos intelligents.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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