décembre 4, 2021

Un Pape Pour l’Apocalypse – Jean-Luc Marcastel

Auteur : Jean-Luc Marcastel

Editeur : Pygmalion

Genre : Thriller

Résumé :

À Aurillac, le capitaine Malo Sinclair s’ennuie…
Il faut dire que Malo, jeune as prometteur de la police criminelle du quai des Orfèvres, avait tout pour monter vite et haut dans la hiérarchie… S’il n’avait eu la malheureuse idée de démolir le portrait d’un suspect, fils d’un ministre. Pour le protéger autant que pour le punir, son chef a décidé de le mettre « au vert « . Et pour ce faire, quoi de mieux qu’Aurillac, préfecture du Cantal, où l’on compte plus de vaches que d’habitants ?
Après deux ans, Malo est à la limite de la dépression.
C’est alors qu’on l’appelle pour une affaire de vol sur le chantier de fouille de l’abbaye Saint-Géraud récemment mise à jour. Une tête mécanique, incroyable vestige, presqu’une légende urbaine, a disparu. Enfin une affaire qui sort de l’ordinaire ! Mais, quand les cadavres pleuvent, Malo ne peut se dire qu’une chose : il n’en demandait pas tant…

Avis :

Si le thriller ésotérique est le genre de prédilection pour se pencher sur des énigmes séculaires qui perdurent, il exploite particulièrement bien celles qui ont trait à l’histoire des religions, notamment le christianisme. Dans le domaine, il est inutile de revenir sur l’impact de l’œuvre de Dan Brown ou d’autres auteurs versés dans les sujets en question. Lorsqu’on évoque l’Apocalypse et le lien qui semble l’unir à la papauté, on songe immédiatement à la prophétie de Saint Malachie. Pour autant, Jean-Luc Marcastel ne s’attarde pas sur ce texte, mais sur l’histoire sulfureuse, auréolée de rumeurs et de mystères, du pape Sylvestre II, aussi connu sous son patronyme d’origine, Gerbert d’Aurillac.

En cela, la documentation relative au « pape de l’an mil » est assez conséquente pour étayer l’intrigue. L’intégration dans sa ville d’origine permet également de trouver des corrélations historiques avérées, ainsi que quelques références contemporaines propres à certaines fouilles récentes. On démarre donc sur de bonnes bases, même si l’on remarque déjà un développement excessif de la caractérisation. De nombreuses anecdotes émaillent le premier tiers et, si l’on parvient à se faire une idée précise des différentes personnalités, elles ne servent pas forcément le récit. Sans être laborieuse, la mise en place reste un peu trop rigoureuse à force de s’attarder sur le background des personnages principaux et secondaires.

De même, le fait de dynamiser la progression par un changement de cadre n’est pas pour déplaire. Après un détour par la capitale, on voyage vers Londres, Madrid, puis la cité du Vatican. Cependant, on constate des descriptions sommaires qui se conforment à l’image communément admise des destinations. On ne s’en écarte jamais, quitte parfois à sombrer dans des clichés de circonstances. Pour autant, ces maladresses ne constituent pas des problèmes préjudiciables à outrance. La recherche historique et l’énigme initiale sont suffisamment intéressantes pour faire l’impasse sur des écueils qui, sous une autre plume, aurait pu présenter déjà un problème de taille.

En revanche, il est difficile de ne pas s’attarder sur des défauts structurels nettement plus handicapants. C’est bien simple, la trame repose sur un schéma narratif identique, et ce, quel que soit le lieu de l’action. La découverte d’un cadavre précède une confrontation avec l’antagoniste, puis une fouille méticuleuse des lieux. Celle-ci débouche ensuite sur un objet ou un artefact qui recèle une adresse. La chasse au trésor a beau être présente, les énigmes présentent toutes la même finalité, rendant la progression redondante et prévisible. On peut admettre que certains faits et éléments peuvent imposer une rigidité modérée dans l’évolution, mais un minimum de variation aurait permis de maintenir l’attention du lecteur.

On notera également que les personnages principaux sont « forts en gueule », ce qui amène naturellement à une divergence de points de vue. Seulement, les discussions qui tournent à la dispute, voire au règlement de compte, sont légion. En dehors du cadre des investigations, toutes les occasions sont bonnes pour s’affronter. Cela sans compter la présence d’Albert, le benêt de service version XXL (eu égard à son physique de colosse) dont les réparties basiques se résument à instiller un effet pseudo-comique au sein d’échanges apparemment sérieux. Il en ressort une atmosphère légère qui n’est pas vraiment de circonstances dans un tel ouvrage.

Au final, Un Pape pour l’Apocalypse demeure un thriller ésotérique assez décevant. Bien que le sujet reste peu usité, voire inédit sous cette forme, l’évolution et la structure narrative rendent l’intrigue simpliste et conventionnelle. On peut aussi déplorer ce revirement où le récit sombre dans des considérations fantastiques qui s’éloignent de toute véracité historique. Et même si l’on garde à l’esprit le caractère fictif de l’ensemble, ce choix est incohérent au regard des fondamentaux du genre. Bref, il faut se contenter d’une idée de base intéressante dont on apprécie la portée à travers les intermèdes vus sous le point de vue de Gerbert d’Aurillac lui-même. Une bien piètre compensation étant donné l’aspect bancal et les nombreux défauts qui émaillent le récit.

Note : 08/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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