décembre 5, 2020

Tant qu’il y Aura des Hommes

Titre Original : From Here to Eternity

De: Fred Zinnemann

Avec Burt Lancaster, Deborah Kerr, Montgomery Clift, Frank Sinatra

Année: 1953

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Romance

Résumé :

Un ancien boxeur est appelé à remonter sur le ring par le capitaine de la caserne de Schofield afin de défendre l’honneur des soldats. Mais il redoute de revenir de peur de subir continuellement des moqueries pour avoir rendu un homme aveugle lors de son dernier combat. En marge de ces évènements, des histoires d’amour se tissent au sein de la base.

Avis :

Réalisateur autrichien s’étant exilé à Hollywood après des études à Paris, puis à Berlin, Fred Zinnemann laisse derrière lui plusieurs chefs-d’œuvre et grands films indiscutables, comme « Le train sifflera trois fois« , « Chacal« , « Un homme pour l’éternité » et bien entendu, « Tant qu’il y aura des hommes« . On notera aussi que Fred Zinnemann a par deux fois reçu les Oscars du meilleur réalisateur et meilleur film pour les deux derniers films cités plus haut.

Film aux huit Oscars, aujourd’hui on s’arrête sur ce que l’on peut aisément classer dans les classiques indémodables du cinéma américain. Revenant quelques jours avant la tragique attaque de Pearl Harbor par les Japonais, Fred Zinnemann livre ici un film bien loin du film de guerre qu’on se serait imaginés. Film aussi noir que romantique, il est avant tout une belle critique des pratiques militaires et de la vie même des régiments. C’est donc entre le devoir, l’amour et les rabaissements que Fred Zinnemann livre un grand film, tenu par des acteurs extraordinaires.

Robert Lee Prewitt est un soldat qui vient d’être transféré à sa demande sur la base d’Hawaï. Ancien boxeur, ce dernier se voit proposer d’intégrer l’équipe de la caserne afin de remporter une compétition qui tient à cœur au capitaine de la base. Mais Prewitt refuse. Dès lors, Capitaine et Commandant sont bien décidés à le faire céder. Pendant ce temps-là, au sein de la base, des amitiés et des histoires se forment.

Si vous vous attendiez à un film de guerre comme Hollywood a si souvent su en faire, passez votre chemin, car « Tant qu’il y aura des hommes » est bien plus loin et sensible qu’on ne l’aura imaginé. À travers le portrait superbe et touchant d’un jeune soldat à toute épreuve, Fred Zinnemann nous entraîne en plein cœur d’une caserne avec ses bons côtés, ses perms et mais aussi ses côtés plus sombres, ses injustices et son sadisme.

Tenu par un très beau scénario, « Tant qu’il y aura des hommes » est un véritable film à charge qui dénonce et montre une armée bien loin de l’esprit de fraternité qu’on nous a si souvent mis en avant. Si le personnage principal aura bien ses frères d’armes, il va devoir endurer bien des déconvenues de par sa hiérarchie. Avec ce film, le réalisateur nous montre un côté de l’armée qu’on voit assez peu et le portrait de ces soldats est aussi beau qu’il est touchant. Loin des brutes habituelles, ici, ces hommes ont du cœur et des sentiments. Ils sont sensibles, et même s’ils sont engagés et prêts à mourir pour le pays, ils aspirent aussi à la tranquillité, l’amour, et la vie. On appréciera beaucoup ces portraits fragiles et nuancés. Ces portraits sont peints avec beaucoup d’intelligence de la part du cinéaste, mais aussi de ses acteurs, avec notamment un Montgomery Clift magique de sincérité, prêt à affronter toutes les épreuves qui se mettent sur sa destinée. On remarquera aussi un grand Burt Lancaster en sergent au départ antipathique, mais qui finalement derrière sa carapace se révèle tendre et touchant. Ces messieurs seront aussi relevés par les deux grandes actrices que sont Deborah Kerr, magnifique en femme adultère, et Donna Reed, géniale en prostituée qui aspire à une autre vie.

On ajoutera à la magnificence de l’ensemble que « Tant qu’il y aura des hommes » est aussi un film fabuleux à regarder. Un film à la mise en scène aussi belle que soignée. Un film dont la mise en scène prend le temps de nous présenter le lieu et ses personnages. Si parfois, elle se fait un peu longue, elle est aussi parsemée de fulgurances qui marquent durement et il n’y aura pas que la scène culte du baiser entre Burt Lancaster et Deborah Kerr enlacés sur la plage.

Avec ce film, Fred Zinnemann s’adapte à son intrigue et ainsi son film, tour à tour, est une comédie, un drame, ou encore un film de guerre, mettant en scène avec beaucoup de crédibilité l’attaque de Pearl Harbor. Puis il y a ce final, sublime, tragique, qu’on avait pourtant vu arriver et qui saisit et surprend quand il se produit. Bref, « Tant qu’il y aura des hommes » est aussi bon et beau dans son fond que dans sa forme.

Si personnellement, il lui manque un petit quelque chose pour l’élever au rang du chef-d’œuvre qu’on m’avait tant vanté, « Tant qu’il y aura des hommes » a été très loin de me décevoir. Grand film, beau et romantique, aussi bien que cynique et à charge contre l’armée, Fred Zinnemann livre là un film à hauteur d’homme et il n’a absolument pas volé ses Oscars.

Note : 16/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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