octobre 26, 2020

Le Complexe de Frankenstein

De : Alexandre Poncet et Gilles Penso

Avec Guillermo Del Toro, Joe Dante, John Landis, Rick Baker

Année: 2015

Pays: France

Genre: Documentaire

Résumé:

Les créatures fantastiques n’ont jamais été aussi populaires qu’aujourd’hui, comme le prouvent les triomphes d’Avatar, Jurassic World, La Planète des singes ou Star Wars. Depuis les prémices du 7e art jusqu’aux dernières révolutions numériques, ce documentaire explore plus d’un siècle d’expérimentations dans le domaine des effets spéciaux, mettant ainsi en lumière, aux côtés des monstres les plus célèbres, la personnalité de leurs créateurs, véritables héritiers du Docteur Frankenstein. Le film célèbre un art unique, fragilisé par l’envol des nouvelles technologies numériques.

Avis :

Quand on parle de cinéma, on évoque très rapidement les réalisateurs et les acteurs, qui sont les premiers éléments d’un film. Du moins, les plus évidents et les plus visibles. Sauf que le septième art ne se résume pas seulement à de la comédie et à la mise en scène, il faut aussi des compositeurs, des photographes, des monteurs, des mécaniciens, des preneurs de sons, et, quand c’est nécessaire, des gens en charge des effets spéciaux. Aujourd’hui, le cinéma fait de plus en plus appel au numérique et aux effets spéciaux digitaux. Pourtant, les films fantastiques, les monstres en tout genre, ne datent pas d’hier et il a fallu trouver des méthodes pour tromper le spectateur et lui faire vivre des expériences hors normes. C’est avec un regard teinté de mélancolie que Gilles Penso et Alexandre Poncet, qui roulent depuis maintenant de longues années dans les couloirs du cinéma, ont décidé de rencontrer les rois des effets spéciaux, ceux qui ont créé les plus belles créatures, afin d’évoquer, étape par étape, l’évolution d’un métier sur le déclin, qui doit maintenant faire avec le numérique.

La force de ce documentaire vraiment passionnant, c’est qu’il n’est pas chapitré et jouit donc d’une fluidité parfaite. L’évolution du métier est donc d’autant plus frappante, le duo nous montrant tout, depuis les premiers films à base de marionnettes ou d’hommes maquillés, jusqu’aux effets numériques et la révolution engendrée en quelque sorte par Jurassic Park. Au détour de plusieurs interviews croisées de cinéastes et de spécialistes, les deux réalisateurs vont donc raconter toute l’histoire des effets spéciaux, mais surtout de la création des montres. Dès le départ, le ton est passionné. C’est bien simple, ce documentaire respire l’amour des créatures fantastiques, mais aussi leur secret de fabrication. Entre des images en gros plan de statuettes inédites ou encore avec de véritables extraits d’essais de costume (pour Alien pour exemple), Le Complexe de Frankenstein n’est jamais ennuyeux et propose un contenu intéressant.

Ce qui fait la richesse de ce film, outre son contenu sur l’histoire de la création, c’est surtout le fait de savoir que c’est le film qui fait avancer les progrès dans le domaine des effets spéciaux. Chaque réalisateur ayant ses prérogatives pour créer tel ou tel monstre, le documentaire met bien en avant le fait que c’est pour les besoins spécifiques de films que les effets spéciaux en sont là aujourd’hui. On peut donc parler de la longue attente de John Landis qui avait écrit le scénario du Loup-Garou de Londres en 1969, mais comme il voulait une transformation en pleine lumière et face caméra, il a fallu attendre dix ans pour que quelqu’un trouve la solution. On peut aussi parler de James Cameron et de son film Abyss, avec sa volonté de faire un serpent d’eau à visage humain et qu’il a fallu avoir recours pour la première fois à une image de synthèse. Bref, toutes ses petites anecdotes, qui démontrent de l’aspect visionnaire de certains prothésistes et réalisateurs, sont de petites friandises dans lesquelles il est bon de croquer.

On remarquera aussi tout l’amour que portent les créateurs sur leurs œuvres, notamment lorsqu’elle commence à prendre forme. Et que ce soit du côté des réalisateurs comme du côté des professionnels des effets spéciaux, on ressent un profond respect lorsque la créature se meut dans un décor. Les dernières paroles de Guillermo Del Toro sont d’ailleurs assez éloquentes, puisqu’elle exprime tout l’émerveillement que l’on peut avoir à créer une « vie » et à la voir bouger devant soi. Une notion d’émerveillement qui malheureusement va déclinant, la faute à une banalisation du tout numérique, et le documentaire se termine d’ailleurs par une note assez nostalgique. Il faut savoir que l’arrivée des ordinateurs à briser des personnes, notamment ceux qui avaient l’habitude de créer des maquettes, de faire de la stop-motion comme Phil Tippett, et que ces gens ont eu trois choix. Soit ils se sont retirés du métier, soit ils ont fait une dépression, soit ils ont survécu en s’adaptant et en essayant de faire des mélanges de texture pour les films. Ce dernier passage, où l’on peut avoir les témoignages poignants de certaines personnes, est assez beau, notamment parce qu’il montre que le tout numérique n’est pas une solution (absence de texture, acteurs jouant dans le vide, etc…) et que toute une partie du nouveau public ne va pas rêver comme ont pu le faire ceux né dans les années 60/70.

Au final, Le Complexe de Frankenstein est un excellent documentaire portant sur la création des monstres au cinéma, mais aussi sur le septième art. Mettant en avant des métiers que l’on ne considère plus aujourd’hui, le film met aussi en exergue l’évolution des effets spéciaux liée à l’ambition des réalisateurs et tend vers un message plutôt positif, comme quoi on ne pourra jamais se passer du latex et des monstres pour rendre le cinéma plus vivant. Et de donner la vie, c’est tout ce dont il est question ici.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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