Le Vénérable W. – Bouh Disme

De : Barbet Schroeder

Avec Barbet Schroeder et Bulle Ogier

Année : 2017

Pays : France, Suisse

Genre : Documentaire

Résumé :

En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

Avis :

Après avoir beaucoup œuvré dans les années 80 et 90, avec Barfly, J.F partagerait appartement, Kiss of Death ou encore l’excellente série B L’Enjeu, Barbet Schröder avait un peu ralenti la cadence à l’orée des années 2000. Si on se souvient du sympathique Calculs Meurtriers avec Sandra Bullock et un jeune Ryan Gosling, ou du plus anecdotique Inju, la Bête dans l’Ombre, son premier film en français depuis Tricheurs en 1984, Barbet Schröder aura plus marqué ce nouveau millénaire avec son documentaire sur le tristement célèbre Jacques Vergès, l’Avocat de la Terreur.

On aurait pu croire une première pour le réalisateur, plus connu pour ses thrillers sombre et vénéneux, mais ce serait trop vite oublier qu’il en fait coutumier du fait, lui qui a démarré sa carrière avec des court-métrages documentaires, et qui est responsable de films comme Koko, le gorille qui parle, The Charles Bukowski Tapes, et bien sûr Général Idi Amin Dada : Autoportrait, le film sur le dictateur ougandais, dont le documentaire sur Vergès était selon son propre aveu la suite thématique et formait le second opus de ce qu’il a appelé sa « Trilogie du Mal ».

Et bien le voilà qui revient enfin, dix ans plus tard, pour clore cette trilogie avec Le Vénérable W., portrait sans concession d’une figure beaucoup moins connue que ses prédécesseurs par chez nous, mais tout aussi terrifiante, le moine bouddhiste Wirathu. Intégriste raciste et islamophobe, il est à l’origine de manifestations violentes envers les peuples musulmans du Myanmar (à l’époque la Birmanie), et en partie responsable d’une véritable volonté génocidaire qui trouva son apogée avec les émeutes de 2013.

En ces temps d’islamisme rampant et d’attaques terroristes régulières en Occident, il est assez déstabilisant de voir des musulmans victimes d’un véritable génocide ethnique, d’autant plus déstabilisant qu’il vient de la part des membres d’une religion connue pour son pacifisme et son ouverture d’esprit.

Par ce fait, le film est aussi extrêmement pertinent tant il démontre sans forcer que le mal ne vient pas d’une catégorie de personnes ou d’une religion en particulier, mais bien d’individus influents qui savent littéralement laver le cerveau de ceux qui les suivent. Voir des moines manifester pour l’expulsion pure et simple des musulmans hors de Birmanie, ou des bouddhistes pratiquants mettre le feu à des maisons, laisser brûler leurs occupants ou poursuivre des musulmans pour les battre à mort, a quelque chose de profondément choquant car cela provoque un paradoxe dans l’inconscient collectif. Le Bouddhisme, qui prône sans cesse la compassion et l’amour de son prochain, et ne s’est jamais engagé dans des guerres de religion (un célèbre proverbe est d’ailleurs rappelé régulièrement par la voix off de Bulle Ogier tel un mantra, « la haine ne peut guérir la haine, seul l’amour le peu »), le bouddhisme donc, contiendrait lui aussi des moutons noirs et des oiseaux de mauvais augure, capable de soulever des régions entières et de rallier des citoyens à leur point de vue extrémiste.

On apprend dans Le Vénérable W. des faits qui nous laissent pantois, tant il semble avoir été plus ou moins passé sous silence par les médias, nous laissant seulement voir un vernis apte à contenter l’Occident et sa soif de manichéisme. Dès les années 70, la communauté musulmane des Rohingyas avait subi la répression du régime en place et l’exode dans ce qui ressemblait plus à une véritable entreprise d’épuration ethnique (images d’archives à l’appui). Aujourd’hui encore, même la célèbre Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix et à présent dirigeante du Myanmar, réfute les allégations pourtant fortement appuyées par l’ONU de nettoyage ethnique en faisant la sourde oreille. Bref, on découvre un conflit larvé et sanguinaire quasiment inconnu du grand public.

Mine de rien, en auscultant de manière clinique et objective, sans véritable point de vue (ce qu’on pourrait lui reprocher avant de constater que les événements présentés par le film se suffisent à eux-mêmes), une situation explosive, Le Vénérable W. s’avère un plaidoyer pour la paix, une preuve que la compassion comme la haine ne viennent pas des cultures et des ethnies, mais des hommes. Si rien ne nous est épargné, tant au niveau des discours que des images, parfois extrêmement violentes, il ressort du film un sentiment d’espoir, le sentiment que si tout homme est capable de telles extrémités, tout homme est également capable du meilleur.

Avec la finesse visuelle qui le caractérise, Barbet Schröder réalise une fois de plus un documentaire aussi choc qu’important, qui offre un regard nouveau et terrible sur une réalité trop rarement mise en lumière.

Note : 18/20

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Par Corvis

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