octobre 26, 2020

Planetarium

De : Rebecca Zlotowski

Avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Saligner, Amira Casar

Année : 2016

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Paris, fin des années 30.
Kate et Laura Barlow, deux jeunes mediums américaines, finissent leur tournée mondiale.
Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux. Prise dans le tourbillon du cinéma, des expérimentations et des sentiments, cette nouvelle famille ne voit pas ce que l’Europe s’apprête à vivre.

Avis :

On a souvent tendance à dire que le cinéma français se laisse aller à des films faciles qui touchent un très large public. Il faut savoir que le financement des films est un serpent qui se mord la queue et que chaque entrée fait vivre le prochain film, puisque sur les tickets, un pourcentage est prélevé pour financer d’autres métrages. En partant de ce postulat, il serait idiot de ne pas faire dans le mainstream et ce qui marche, notamment les comédies sociales ou encore les drames larmoyants au casting de jeunes premiers qui ne sont là que par népotisme. Et si parfois on trouve des errances de parcours avec des films d’horreur ou de science-fiction à peine distribué dans l’hexagone, on trouve aussi des films qui ont des atouts, qui promettent beaucoup, mais qui déçoivent par leur traitement lénifiant et vide de sens. C’est un peu le cas de Planetarium, le dernier film de Rebecca Zlotowski, qui aurait pu prétendre au renouveau du cinéma de genre, mais qui a préféré faire de son métrage un drame obscur perclus de silences et de non-dits, à un tel point que l’on finit le regard hagard, les yeux vitreux et l’esprit embrumé.

Planetarium se base sur des fondements d’une histoire vraie. Dans les années 30, trois sœurs spirites se font repérer par des banquiers pour faire des tours de passe-passe. Délaissant le monde de la finance pour s’ancrer dans le monde du cinéma, la réalisatrice propose une vision étrange de deux sœurs américaines qui vont tomber dans les bras (ou plutôt le porte-monnaie) d’un producteur de cinéma aux origines juives. On voit à mille lieues la montée progressive du nazisme et cette volonté insupportable de transformer un film fantastique à tendance horrifique en un drame lénifiant et au montage sans queue ni tête. Car oui, Planetarium aurait pu être un film d’horreur. Son postulat de base est de présenter deux sœurs spirites qui arrivent à faire venir des esprits. D’ailleurs, le producteur tombe sous le charme de ces sœurs car il ressent la présence de quelqu’un qui tente de l’étrangler. On aura aussi droit à des expériences sur l’une des sœurs (Lily-Rose Depp assez bonne dans son rôle), avec ce qu’il faut d’ésotérisme et de moments étranges, voire angoissants, comme lorsqu’elle prend feu à la fin d’une séance. Seulement, ces présences fantomatiques passeront au second plan pour filmer la chute infernale d’un producteur obnubilé par son passé.

Et c’est là tout le défaut de ce film qui brasse du vent pour finalement ne rien raconter. Très rapidement, les séances de spiritisme s’effacent pour raconter la vie de ces deux sœurs qui vont profiter de l’argent d’un producteur français. Entre regards perdus et dialogues ineptes d’une société qui vit en dehors des réalités, on se retrouve face à un énième drame franchouillard qui se regarde le nombril et qui n’arrive jamais à sortir de son carcan narratif et scénique. Car si Rebecca Zlotowski fait preuve d’un certain talent pour manier la caméra, comme en atteste certains plans assez intéressants, notamment lorsqu’elle filme Natalie Portman à travers un miroir qui repose sur une autre caméra, cette mise en scène ne sera que tape à l’œil et ne servira finalement en rien son propos. Enfin… il faut dire que le propos, on le cherche encore. Du coup, on a vraiment la sensation que la réalisatrice se regarde filmer, mais comme elle n’a pas le talent de Inarritu, on reste figé dans quelque chose d’assez lourd, privé de tout mouvement.

On aurait pu croire à une vision cynique du monde du cinéma. En effet, on entre dans les coulisses de cet art et dès les années 30, le monde du septième art est en crise. On découvrira les secrets de certains effets spéciaux et cette volonté de vouloir sortir du cinéma conventionnel afin de concurrencer les américains. Cependant, et encore une fois c’est décevant, voire déplorable, tout ce qui aurait pu être intéressant, la mécanique des effets spéciaux, la volonté de vraiment faire un film fantastique avec un vrai fantôme, asseoir cette envie de sortir du schéma imposé par les producteurs français, tout cela est envoyé à vau l’eau pour raconter l’histoire du producteur juif complètement obnubilé par les deux sœurs spirites et la confrontation entre une grande sœur lucide et un petite sœur plutôt victime de la folie d’un homme. On a le sentiment que Rebecca Zlotowski a voulu occulter toute la partie qui montre les conditions difficiles du métier, de faire un film et encore plus un film fantastique, pour narrer du vent, se servant en sus d’une mise en scène tape à l’œil pour complaire le spectateur bobo qui va voir Natalie Portman parler français.

Au final, Planetarium est un film symptomatique du cinéma français actuel. C’est-à-dire qu’il préfère explorer la part dramatique de son film à travers deux sœurs étranges, plutôt que de montrer l’aspect fantastique, voire horrifique, de cette histoire et des expériences subies par la frangine cadette. Il en résulte un drame sans queue ni tête, dont l’histoire n’est pas suffisamment intéressante pour susciter l’intérêt et qui préfère occulter ce qui est fantastique afin de rentre dans les codes d’un genre français qui sent la naphtaline. C’est d’autant plus dommage que l’on sent le talent de réalisatrice de Rebecca Zlotowski, qui se gâche dans des mélos insipides, volontairement auteurisant, comme si cela avait plus de légitimité que de faire des films divertissants ou faisant ressentir des choses aux spectateurs.

Note : 05/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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