décembre 2, 2020

Le Serment des Limbes – Jean-Christophe Grangé

Auteur : Jean-Christophe Grangé

Editeur : Albin Michel/Le Livre de Poche

Genre : Thriller

Résumé :

Quand Mathieu Durey, flic à la brigade criminelle de Paris apprend que Luc, son meilleur ami, flic lui aussi, a tenté de se suicider, il n’a de cesse de comprendre ce geste.

Il découvre que Luc travaillait en secret sur une série de meurtres aux quatre coins de l’Europe dont les auteurs orchestrent la décomposition des corps des victimes et s’appuient sur la symbolique satanique. Les meurtriers ont un point en commun : ils ont tous, des années plus tôt, frolé la mort et vécu une « Near Death Experience ».

Peu à peu, une vérité stupéfiante se révèle : ces tueurs sont des « miraculés du Diable » et agissent pour lui. Mathieu saura-t-il préserver sa vie, ses choix, dans cette enquête qui le confronte à la réalité du Diable ?

Avis :

Avec La ligne noire, Jean-Christophe Grangé initiait une trilogie du mal qui visait à analyser cette notion sous toutes les coutures. Comportement inhérent à l’homme, potentielle entité ou tout simplement concept naturel répudié par les valeurs de nos sociétés (un état primitif et antédiluvien qui sera développé dans La forêt des Mânes)… Les théories sont nombreuses et, s’il n’est pas le seul auteur de thrillers à se pencher sur le sujet (Maxime Chattam, Thomas Harris, Franck Thilliez…), Grangé possède une vision suffisamment singulière, à tout le moins ensorcelante, pour happer son lectorat. Après un premier volet en dents de scie, Le serment des limbes parvient-il à exploiter cette thématique comme il se doit ?

On peut considérer Le serment des limbes comme la jonction entre La ligne noire et La forêt des Mânes. Toutefois, chacune de ses histoires est indépendante et ne nécessite nullement de toutes les connaître ou de les aborder dans leur ordre de parution. Il y a bien quelques menus détails, mais ceux-ci font office de clins d’œil ou de fils ténus pour accentuer la cohérence d’un univers et non pour obliger le lecteur à se pencher sur les autres ouvrages. Cela étant dit, l’auteur va mettre en lumière toute la noirceur de l’âme humaine comme rarement il a pu le faire auparavant. Certes, il est reconnu pour ses histoires glauques bien ficelées, mais Le serment des limbes ne fait pas dans la surenchère gratuite.

L’intrigue s’insinue insidieusement dans l’inconscient pour mieux détourner les attentes qu’on puisse nourrir. D’une part, on évite les digressions ou les expositions trop longues pour entrer dans le vif du sujet. D’autre part, nous ne sommes guère en présence de l’habituelle enquête qui s’appuie sur le sordide, des thématiques peu usitées et la ville de Paris. Une trinité récurrente dans l’œuvre de Grangé. Les investigations ont beau être présentes, elles agissent en filigrane sur le récit. Elles sont avant tout un moyen de parvenir à des faits, des personnages et des événements et non un moteur qui mène d’un point A à un point B sur une base linéaire. Et c’est cette construction nuancée qui surprend de par sa justesse.

Suspense savamment entretenu, atmosphère délétère, variation de l’environnement, dialogues fouillés… Tout concourt à se laisser emmener aux quatre coins de l’Europe dans une succession de révélations. Celles-ci agissent comme des poupées gigognes (les prémices pour Le passager ?) où chacune d’entre elles offre une vision différente, un point de vue nouveau sur l’intrigue, mais surtout sur le livre dans son ensemble. Il en résulte un traitement proprement épatant qui jongle entre les nombreux éléments qui le composent. À cela, s’ajoute un ton mystique où le paranormal vient s’inviter de temps à autre, puis de manière prépondérante au fil des pages.

Outre les expériences de mort imminente (NDE), le satanisme vu par Grangé fait fi des caricatures et des clichés ambulants. On oublie les messes noires, les sacrifices rituels et autres orgies prisés par les satanistes du dimanche. Ici, c’est à une poignée de personnages omnipotents et ne reculant devant rien que se confrontent les protagonistes. Vivre à travers le mal pour le propager. Une approche qui favorise une atmosphère paranoïaque où la déshumanisation des antagonistes accentue la menace latente. De plus, on a droit à un discours relativement pertinent sur le christianisme, le mal vu par la religion et ses conséquences sur l’homme en tant qu’individu et produit désincarné d’une société suffisante et aveugle.

Même constat pour les personnages principaux qui sont bien loin des poncifs auquel l’auteur a pu nous habituer. On oublie les flics bourrus et sûrs d’eux, les vieux de la vieille sans peur et sans reproche (ou pas), pour découvrir des personnalités subtiles qui se jouent des contradictions afin d’appuyer leur crédibilité. De fait, cette succession de portraits se révèle plus marquante qu’à l’accoutumée. On en vient même à se demander si c’est l’individu qui se construit sur la base de ses croyances ou si ce sont ces dernières qui forgent son caractère. Un traitement nuancé qui confirme ce qu’on a pu entrevoir dans La Ligne noire.

Au final, Le serment des limbes est un thriller qui montre tout ce que l’on apprécie chez Jean-Christophe Grangé. Thématiques singulières, plume affûtée au service d’une narration fluide, ambiance soignée… Grâce à une progression sans temps mort et une succession d’événements à multiples facettes, l’histoire trouve le ton juste pour exposer ses propos sans sombrer dans le dogmatisme ou la complaisance. Avec son aspect surnaturel (dont parfois, il est bien difficile d’entrevoir une explication logique ou rationnelle), le présent ouvrage offre une compréhension intelligente du mal en la confrontant à des croyances séculaires. Un roman maîtrisé et sans fioriture.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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