décembre 3, 2021

La Preuve Ultime – Peter James

Auteur : Peter James

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Thriller

Résumé :

Le journaliste d’investigation Ross Hunter a failli ne pas répondre à l’appel qui allait changer sa vie, et l’avenir de l’humanité pour toujours. Au bout du fil, un certain Harry F. Cook lui annonce qu’il a découvert la preuve irréfutable de l’existence de Dieu. Cependant, pour la révéler publiquement, il a besoin de la caution de Ross afin de ne pas être décrédibilisé. Malgré ses doutes le journaliste accepte la mission, mais découvre peu après le corps sans vie du chercheur, assassiné dans son appartement, ainsi que trois mystérieuses coordonnées géographiques. Décidé à honorer la dernière volonté de Cook, Ross se lance alors dans la quête de cette preuve ultime, au risque d’être éliminé avant d’y accéder.
Car menacer les grandes religions n’est pas sans danger…

Avis :

Avec Da Vinci Code, Dan Brown a inauguré le succès du thriller ésotérique au début des années 2000. Depuis, les ouvrages se sont multipliés avec plus ou moins de réussite. Très tôt, on a distingué les auteurs spécialisés (et talentueux) pour explorer les méandres historiques à la recherche d’énigmes séculaires et de triturations éhontées de faits avérés. Le genre s’est également pourvu en de pâles ersatz opportunistes qui, à défaut de ne pouvoir proposer un sujet original, étaient incapables de fournir un semblant d’intérêt à leur récit. Cela se vérifie notamment quand un écrivain sort de sa zone de confort pour s’immiscer dans un genre qui ne le touche guère.

Ce fut le cas avec La Dernière prophétie de James Patterson, habitué aux polars classiques. Piètre incursion qui amalgamait bien maladroitement les secrets de Fátima à la venue de l’Antéchrist. Avec La Preuve ultime, il s’agit d’une démarche similaire dans les intentions. À savoir, un romancier surtout versé dans le polar (lui aussi) qui se lance dans un brûlot pour tenter de prouver l’existence de Dieu… avec 20 ans de retard ! Le scepticisme latent ne tient pas à un désintérêt progressif pour le sujet, mais plutôt à un manque flagrant d’ambitions dans la manière d’aborder la thématique principale.

L’intrigue fait une promesse à son lectorat et non des moindres : apporter une preuve tangible d’une puissance divine. Si l’on reste bel et bien dans le domaine de la fiction, il ne faut pas pour autant oublier que le thriller ésotérique s’appuie sur une part de réalité et de véracités historiques. D’emblée, on devine de nombreuses approximations. Lorsqu’on est amené à présenter des faits avérés tels que les premières heures du christianisme, l’auteur privilégie des anecdotes et des points connus de tous. Il n’est même pas nécessaire de s’intéresser au sujet pour se confronter à des idées reçues sur l’importance des religions au fil des époques ou encore le Saint-Graal.

À ce titre, la mise en scène pour évoquer la découverte de la relique reste l’une des moins spectaculaires jamais dépeintes. Sous prétexte d’une intervention divine, la justification de son emplacement semble couler de source. Et cela n’est rien en comparaison de la progression répétitive que l’auteur nous inflige, et ce, en dépit d’une structure narrative assez dynamique avec ses chapitres courts. On se heurte alors à une profusion de personnages secondaires, dont certains n’ont aucune utilité et s’oublient à l’issue de quelques pages. On a donc droit à un remplissage flagrant, comme si l’écrivain ne savait pas comment aborder son sujet pour le présenter.

Si son style demeure relativement plaisant, il dissimule un rythme redondant qui ressasse régulièrement les mêmes évènements. C’est bien simple, on reste toujours dans un discours théorique qui tente d’analyser les faits précédemment vécus par les protagonistes avec d’autres interlocuteurs. On s’étend alors plus que de rigueur sur des points censément importants du récit. De cette répétitivité cyclique, il en découle des séquences dénuées d’intérêt, sans compter un détachement progressif du cœur de l’intrigue ; hormis quelques propos théologiques du point de vue des croyants et celui des athées.

Le lecteur demeure constamment dans l’attente d’une révélation qui ne surviendra jamais, du moins pas avec l’aspect percutant escompté. Les préliminaires pour préparer à cette preuve « ultime » sentent bon l’enfumage et l’on ne s’y trompe guère par la suite. On se retrouve dans une déconvenue similaire à Origines de Dan Brown. Le caractère irrévocable de l’élément en question laisse une part de doute et d’interprétation. On reste avec les mêmes interrogations et surtout une promesse éventée par la facilité du traitement. Pour résumer, l’intrigue se contente de répéter l’existence de ladite preuve avant de coucher négligemment sa teneur sur le papier.

Au final, La Preuve ultime s’avance comme un pétard mouillé. Malgré une plume assez fluide et un protagoniste intéressant, le roman de Peter James se complaît dans un atermoiement permanent sans jamais satisfaire les attentes de son lectorat. D’un point de vue historique, on n’apprend strictement rien. En ce qui concerne la théologie et l’approche pseudo-scientifique pour attester de cette fameuse preuve, on en reste au stade des hypothèses. Un roman long et répétitif qui n’est guère à la hauteur de ses ambitions ; de façade, vraisemblablement. Dans un style similaire et avec un dénouement réellement porteur de réflexions, préférez-lui La Formule de Dieu de José Rodrigues dos Santos ou Le Signe de Raymond Khoury.

Note : 07/20

Par Dante

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