novembre 30, 2021

Le Cinquième Cœur – Dan Simmons

Auteur : Dan Simmons

Editeur : Robert Laffont

Genre : Historique, Policier

Résumé :

Par une nuit parisienne pluvieuse de mars 1893, Henry James, le célèbre écrivain américain, est sur le point de se jeter dans la Seine lorsqu’un homme l’en empêche. James le reconnaît : c’est Sherlock Holmes. Etrange, car il est censé avoir trouvé la mort deux ans plus tôt dans les chutes du Reichenbach. Le fameux détective se fait passer pour Jan Sigerson, un explorateur norvégien, et enquête sur le suicide d’une Américaine, Marian Hooper Adams, survenu quelques années plus tôt.
Depuis, à chaque date anniversaire de sa mort, cinq personnes reçoivent une carte ornée de cinq petits coeurs et portant le message suivant :  » Elle a été assassinée.  » Elles appartiennent au  » Cinq de Coeur « , une société obscure qui prône la culture.
Henry James accepte, malgré lui, d’accompagner Holmes à Washington et de l’aider dans son enquête. Mais que vient faire Sherlock Holmes, personnage fictif, au milieu de personnages ayant véritablement existé ? Est-il réel ? Ou bien est-il le fruit de l’imagination du Dr Watson ou de Sir Arthur Conan Doyle ?

Avis :

Bien malgré lui, Arthur Conan Doyle est parvenu à créer l’une des figures les plus populaires et intemporelles de la littérature ; qu’il s’agisse du roman policier ou de tout autre genre. Parfois caricaturé, souvent cité comme une référence incontournable, Sherlock Holmes possède une aura telle qu’il est difficile de le considérer comme un personnage de fiction. Et c’est précisément sur ce postulat que Dan Simmons s’insinue dans l’univers de son prédécesseur. À savoir, flouer les frontières entre la réalité et l’histoire. Écrit après L’Abominable et publié en France un an après la sortie de ce dernier ouvrage, Le Cinquième cœur a tout pour plaire, du moins dans les intentions.

En effet, la notoriété et la qualité bibliographique de l’auteur de Terreur ont de quoi rassurer. Là où bien d’autres écrivains s’approprient les personnages d’Arthur Conan Doyle avec un rare opportunisme, Dan Simmons s’est déjà essayé au roman historique avec Drood. Sa prose élégante et pleine d’habileté suffit à entraîner son lectorat dans n’importe quel contexte ; des tréfonds de l’espace aux contrées glaciales de l’Arctique. De même, ancrer la présente intrigue dans le grand hiatus (1893, donc) avancé dans le canon holmésien demeure toujours aussi pertinent pour tenter d’expliquer les agissements du détective privé pendant cette période de latence.

On s’écarte ainsi du fog londonien pour rejoindre le Nouveau Monde, en compagnie d’un certain Henry James. La collaboration qui découle entre l’auteur historique et le personnage de fiction est, sur le papier, intéressante à appréhender, notamment en considérant leurs capacités intellectuelles respectives. Il ne s’agit pas du seul intervenant « réel » que l’on rencontre au fil des pages, mais, tête d’affiche oblige, il présente la caractérisation la plus développée. Du côté des qualités intrinsèques à l’ouvrage, le style de l’auteur reste soigné, parvenant à enchaîner des descriptions fouillées des environnements avec des échanges et des lignes de dialogues subtils, parfois à double sens.

Tout semble donc bien engagé pour fournir une formidable alternative aux aventures de Sherlock Holmes. Seulement, le roman de Dan Simmons va très vite s’enfoncer dans une routine lénifiante, presque complaisante. Ce n’est pas tant l’entame que l’ensemble de la trame qui s’avère poussive, voire laborieuse dans sa progression. L’enquête censée rapprocher les deux personnages est esquissée avec négligence. L’auteur préfère se cantonner à un enchaînement de visites impromptues et de copieux repas. La mise en contexte d’un dîner ou d’un souper n’est pas un mal, mais la réitérer pour n’importe quel prétexte démontre une paresse évidente pour varier les situations.

Il n’y a pas forcément de suspense ni de véritables enjeux pour maintenir l’intérêt du lecteur sur le long terme. De même, Sherlock Holmes privilégie son addiction aux drogues à ses investigations. On dénote plusieurs invraisemblances, ainsi que des digressions pénibles qui n’assimilent pas la profondeur du propos initial. Pour rappel, le détective est conscient de son caractère fictif et tente d’en percer le mystère ou, à défaut, la raison de sa folie. Cet aspect, qui laissait augurer une mise en abîme délectable, est surfait et se heurte aux états d’âme d’un junkie au mal-être palpable. Cela sans compter le scepticisme de son comparse Henry James.

Ces considérations sont d’autant plus ironiques que le narrateur (Dan Simmons, donc) fustige le canon holmésien. Il met en évidence des incohérences pour justifier son profond dédain à l’égard d’une œuvre à laquelle il est censé rendre hommage. S’il est vrai que l’on peut regretter certaines contradictions à la lumière de ces faits, quel est l’intérêt de couvrir une apparente admiration pour faire un procès à charge d’Arthur Conan Doyle ? Le discours demeure méprisant et hautain, comme si Dan Simmons démontrait sa pseudo-supériorité littéraire. On connaissait l’homme pour ses idées bien arrêtées sur le rapport à l’écriture, moins pour sa désinvolture et son arrogance, surtout au vu de la qualité de son ouvrage.

Au final, Le Cinquième cœur est un roman pénible et prétentieux. Dans un florilège de détails inutiles, Dan Simmons privilégie les séquences dispensables et répétitives au lieu de s’insinuer véritablement dans l’univers d’Arthur Conan Doyle. À ce titre, il exprime un profond mépris pour celui qu’il traite d’« écrivaillon » au vu du peu de crédit qu’il accorde au canon holmésien. On a droit à des digressions puériles d’une longueur assommante sur les prétendues errances des aventures de Sherlock Holmes. Un peu comme si l’auteur nous interpellait pour démontrer qu’il est capable de faire mieux. Dan Simmons se fourvoie dans une condescendance inhabituelle et une mesquinerie de bas étage. Vraisemblablement, il voit la paille dans l’œil de son confrère, mais pas la poutre dans le sien…

Note : 08/20

Par Dante

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