avril 15, 2021

Nekfeu – Cyborg

Avis :

Le monde de la musique urbaine a des codes qui lui sont propres. Très connectée, parfois un peu trop, cette musique est peut-être celle qui utilise le mieux les réseaux sociaux afin de promouvoir des artistes de tout genre. A titre d’exemple, on peut citer l’insupportable Jul qui sort quasiment un album tous les deux mois en utilisant les mêmes rythmiques et arpentant le chemin dangereux de la rédaction de CE2. Mais ce n’est pas le seul et Nekfeu en est le parfait exemple. Alors qu’il sort en 2015 son premier album solo Feu, très sympathique au demeurant, il commence à faire une tournée et continue à faire parler de lui à travers des clips, des images de concert et autres spectacles de divertissement visant à ne pas l’oublier. Et c’est typiquement le genre d’artiste qui sait comment créer le buzz. En effet, Cyborg n’a bénéficié d’aucune pub, d’aucun clip, rien, et le rappeur l’annonce avec surprise durant son dernier concert. C’est grâce à cela qu’il crée alors le buzz et va entretenir une frénésie lors de la sortie de son skeud en digital et en CD la semaine d’après. Battant des records sur Itunes, devenant l’artiste le plus tweeté en une nuit, Nekfeu s’est alors assuré d’une réussite commerciale. Mais qu’en est-il du fond ?

Et bien il faut avouer que même si Nekfeu fait preuve de talent dans l’écrire et le flow, c’est quand même beaucoup moins bien que le premier album. En fait, ce qui frappe en premier lieu dans ce skeud, c’est la redondance des thématiques qui sont plus égocentriques que sur le premier album et il y a très peu de chansons qui parlent de la société, des jeunes des quartiers, de l’école, etc… Pour Cyborg, on a la sensation que Nekfeu a voulu faire quelque chose de plus personnelle, mais la sauce a du mal à prendre surtout au début. Il faut dire que des titres comme Squa ou encore Mauvaise Graine sont assez centrés sur le rappeur ou sur ses acolytes et on a du mal à trouver un sens à certaines paroles si l’on ne verse pas dans le verlan ou le langage typique des rappeurs. D’ailleurs, les deux morceaux évoqués sont plutôt classique dans leur genre, à savoir une instrumentalisation minime, une boite à rythmes et un flow percutante, certes, mais dont la portée peut laisser à désirer. En termes de morceau classique mais bien maîtrisé, on peut parler de Nekketsu qui clôture l’album et qui montre que le rappeur peut quand même proposer quelque chose d’un peu plus intéressant même si cela reste centré sur sa vie. Le refrain en japonais sied parfaitement à l’ambiance mélancolique donnée. Enfin, on peut aussi rester de marbre sur certains titres plus complexes comme Programmé qui demeure très redondant.

Cependant, Nekfeu prouve qu’il a toujours du talent à travers différents titres qui parsèment l’album de façon optimale. Ainsi, on ne ressent jamais d’ennui et on s’accroche aux morceaux plus originaux ou mieux écrits. Le début avec Humanoïde est d’ailleurs très convaincant avec un texte percutant et une rythmique qui s’accorde parfaitement aux propos. On peut aussi citer Le Regard des Gens qui s’accorde une pause assez calme au niveau du rythme pour poser des réflexions sur les clichés que véhiculent certains jeunes aux regards des gens, ceux-là qui refusent de voir autre chose que la première impression chez une personne. Au niveau des textes, Saturne est aussi un morceau assez sympathique, jouant avec les mots de façon plutôt intéressante, montrant finalement un amour inconditionnel pour la langue de Molière. On pourra par contre être déçu de l’instrumentalisation de l’album dans sa globalité. En effet, les pistes jouant autre chose que des boîtes à rythmes sont rares et il faudra surtout compter sur deux titres pour avoir un semblant de jazz en arrière son. OD s’amuse avec une ligne de basse et des sonorités électro assez rétros alors que Vinyle mise carrément plus sur des cuivres, donnant une ambiance qui fait immédiatement penser à Harlem et la culture urbaine américaine. Après, on peut aussi compter sur Galatée qui parle d’une histoire d’amour avec un piano et une basse assez présente de façon assez redondante mais plutôt plaisante.

Au final, Cyborg, le second album de Nekfeu, est une légère déception tant sur la forme que sur le fond. Beaucoup plus classique que le précédent dans ses instrumentalisations et dans sa façon de rapper, on ne peut reprocher à l’artiste de propose quelque chose de diversifié et de souvent intéressant au niveau des paroles, cherchant toujours à être positif. De ce fait, Cyborg reste plaisant, mais ne fait pas forcément avancer la machine Nekfeu, stagnant dans une zone de confort qui l’empêche d’aller de l’avant et de toucher les sphères stratosphérique d’un Oxmo Puccino pour ne citer que lui.

  1. Humanoïde
  2. Mauvaise Graine
  3. Squa
  4. Réalité Augmentée
  5. Avant tu Riais feat Clara Luciani
  6. Esquimaux feat Népal
  7. D. feat Murkage Dave
  8. Vinyle feat Alpha Wann
  9. Saturne feat Sneazzy & S.Pri Noir
  10. Galatée
  11. Le Regard des Gens feat Nemir, 2Zer, M.Ekra & Doum’s
  12. Programmé
  13. Besoin de Sens feat Framal & Jazzy Bazz
  14. Nekketsu feat Crystal Kay

Note : 12/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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