mars 2, 2021

Le Serpent et la Perle – Kate Quinn

9782258110670

Auteur : Kate Quinn

Editeur : Presses de la Cité/Pocket

Genre : Historique

Résumé :

Rome, 1492. La belle Giulia Farnese épouse le jeune et séduisant Orsino et croit que la fortune lui sourit. Mais elle découvre avec stupeur que son mariage n’est qu’un leurre, orchestré par l’influent cardinal Borgia, bien décidé à en faire sa concubine. Enfermée dans une prison dorée, espionnée par les serviteurs, Giulia peut compter sur le soutien de Leonello, un cynique garde du corps qui poursuit de sa vengeance un mystérieux tueur, et de Carmelina, cuisinière irascible au passé secret. Tandis que la corruption grandit au Vatican et que le nombre de leurs ennemis ne cesse de croître, Giulia et ses acolytes doivent faire preuve de ruse pour survivre dans le monde des Borgia. N’est pas intrigant qui veut…

Avis :

Fille d’un historien, Kate Quinn a réussi à faire son petit bonhomme de chemin dans la littérature des romans historiques. Son premier roman, La Maîtresse de Rome, paru en France en 2012, a été un véritable succès et a fait reprendre goût à l’Histoire Antique, notamment celle de l’Empire Romain.

Ce roman raconte l’histoire de deux esclaves, Thea la Juive, et Arius le Breton, lors du règne de l’empereur Domitien (81 ap. J.-C. – 96 ap. J.-C.). La suite, intitulée L’impératrice des 7 collines, nous fait vivre les parcours tumultueux de Vix, jeune gladiateur à la retraite, et de Sabine, fille d’un sénateur en quête d’aventures, sous le règne de l’empereur Trajan (98 ap. J.-C. – 117 ap. J.-C.). Le troisième tome est déjà paru dans sa version originale sous le nom de The lady of the eternal city et continue de suivre Vix et Sabine, cette fois-ci sous le règne de l’empereur Hadrien (117 ap. J.-C. – 138 ap. J.-C.).  Sa parution en version française ne devrait plus tarder. Il fera d’ailleurs très certainement l’objet d’une critique sur le site. Ouvrez l’œil !

L’auteure a également publié un autre roman relatant les épopées des empereurs romains et pouvant se voir comme une préquelle à cette trilogie : les héritières de Rome. Ce livre décrit une année marquée par le sang, une année que l’on nomme celle des quatre empereurs : de juin 68 à décembre 69, trois empereurs (Galba, Othon, Vitellius) vont se succéder avant que le pouvoir ne soit donné à l’empereur Vespasien, père de l’empereur Domitien.

Cette épopée romaine, certes très satisfaisante pour l’auteure, l’a lassée le temps de s’intéresser à une autre grande épopée historique de l’Italie : celle de la famille Borgia ! Si ce nom ne vous est pas inconnu, cela peut être dû à vos cours d’Histoire, dont quelques réminiscences vous reviennent de temps à autre, à la série télévisée de Canal+ ou à votre passion pour cette incroyable famille qui ne cesse d’intriguer les historiens tant elle est entourée de mystères. Dès que mystère il y a, Kate Quinn est au rendez-vous et se plaît à investiguer et affabuler sur ce qui aurait pu se passer, en se basant sur des références historiques solides.

Deux tomes sont déjà sortis sur ce thème. Le premier est Le serpent et la perle (paru en poche en 2016).

Ce roman détaille une partie de la période pendant laquelle Rodrigo Borgia régna en tant que pape, sous le nom d’Alexandre VI (de 1492 à 1503). Ce pape, aux mœurs dissolues, est surtout connu pour ses frasques, ses scandales, son autoritarisme et son goût insatiable pour les plaisirs de la chair. Ce dernier point n’est particulièrement pas apprécié par ses compatriotes qui le désignent comme un suppôt du diable. Cependant, ses aventures auront permis à Rodrigo de donner le jour à plusieurs enfants dont, certains, bien plus connus que lui. Les deux romans mettent surtout en avant deux liaisons bien connues du pape : celle avec Vannozza Cattanei et celle avec Giulia Farnèse. Vannozza est restée la maîtresse de Rodrigo pendant près de dix ans et lui a donné quatre enfants : César, un tyran violent, prêt à tout pour aider son père, Juan, un inconditionnel amoureux des boissons et des jeux, Lucrèce, une jeune femme prometteuse, et Joffre, un jeune garçon timide et effacé. Quant à Giulia, elle ne donna qu’une fille à Rodrigo, Laura, même si celui-ci douta de sa paternité dans cette affaire, préférant que Laura porte le nom du mari officiel de Giulia, Orsini.

L’intrigue débute en effet avec cette drôle d’histoire : un mariage qui n’en est pas un, un mari lâche manipulé par sa mère qui préfère ‘vendre’ sa nouvelle femme pour récupérer de nombreux privilèges et un futur pape qui tombe amoureux et désire aussitôt faire de Giulia sa nouvelle maîtresse. La jeune femme n’accepte pas tout de suite tant cela est contraire à tout ce qu’on lui a enseigné et parce qu’elle se sent répudiée par Orsino Orsini, celui qu’elle vient d’épouser et qu’elle ne voit déjà plus. Elle se sent trompée.

Ce roman décrit le cheminement de ses pensées, de son mariage à son statut de maîtresse du pape. Giulia, que l’on surnomme « la Bella », finit par s’attacher à Rodrigo qu’elle détestait de premier abord. Par la suite, on suit la jeune femme dans sa nouvelle demeure où elle doit gérer son nouveau statut et où elle se lie d’amitié avec Lucrèce.

Etre maîtresse du pape a toujours existé même si cela est très mal vu par l’Eglise. Le précédent pape avait même plus d’une dizaine d’enfants qu’il désignait comme ses neveux ou nièces. Sous son règne, Alexandre VI ne déroge pas à cette règle mais amplifie la chose : sa maîtresse est connue de tous, n’est plus cachée et il s’affiche avec elle à tous les galas mondains au lieu de garder sa liaison discrète comme il est de coutume. Ce comportement déplaît grandement à ses adversaires politiques et Giulia est mal aimée à travers le pays. Personne ne lui rend visite, à part les enfants de Rodrigo. Sa propre famille la rejette même si cette dernière profite dorénavant d’avantages octroyés par le pape en personne. La vie de Giulia est bien triste et solitaire et son mari officiel n’a pas le droit de lui rendre visite. La mère de ce dernier surveille au grain et vit avec la Bella. Tout doit être fait pour plaire au pape et subvenir à ses besoins. Mais même si la jeune femme est méprisée, on vient la voir pour demander des grâces au pape par son intermédiaire. Une vie plutôt ironique s’il en est : Giulia est méprisée publiquement mais jalousée secrètement.

Pour enjoliver son récit, l’auteure a créé deux personnages fictifs : Leonello, un nain pas si petit que cela, maniant le couteau comme un chef et étant féru de lecture, et Carmelina, une cuisinière de talent au passé tumultueux et au caractère bien trempé. L’ajout de ces personnages ajoute un certain piquant au récit et le destin de Giulia sera vite lié au leur.

Le serpent et la perle s’articule autour d’une narration particulière : nous vivons le récit sous trois points de vue différents. Cette alternance de points de vue à la première personne trouble légèrement au départ mais s’estompe vite. Effectivement, l’auteure laisse s’étirer un point de vue souvent sur plus d’une dizaine de pages, ce qui permet de bien s’imprégner la personnalité du personnage et de ressentir ce que ce dernier vit. Aucun point de vue n’est inintéressant, le lecteur plonge dans chacune de ces trois personnalités avec plaisir. Grâce à Carmelina, le lecteur en apprend plus sur la cuisine de l’époque, les aliments, la manière dont sont traitées les femmes dans ce domaine et comment fonctionne une maisonnée noble. Avec Leonello, le lecteur devient vite plus ironique, plus sarcastique, car le petit homme a un passé lourd et un humour bien à lui. Enfin, la personnalité de Giulia laisse entrapercevoir une époque bien douteuse dans laquelle une personnalité innocente a du mal à se frayer un chemin.

Ces trois destins, plus liés que l’on ne le pensait au début, nous fascinent tout au long de la lecture. Ils sont bien rythmés et le fond historique est passionnant pour les amoureux de l’Histoire. On y voit évoluer Lucrèce Borgia et César Borgia, entre autres personnalités de l’époque. On y découvre également une Rome libre, une Venise fêtarde et une France méprisée.

Il ne se passe pas spécialement beaucoup de choses dans ce roman, en termes de rebondissements. Le livre prend le temps de présenter les trois protagonistes et leur passé, de mettre en place le fond historique et les personnages importants de l’époque. Une fois tous ces sujets abordés, la lecture n’en devient que plus passionnante, surtout lorsque des évènements majeurs viennent perturber le récit. On se prend vite au goût de suivre la vie de Giulia et du pape. De plus, deux autres intrigues secondaires, liées à Carmelina et Leonello, se poursuivent tout au long du récit. Ces personnages apportent ainsi vraiment un plus non négligeable.

Les précisions historiques de l’auteure à la fin du roman donnent des indications sur ce qui est réel ou non dans son récit. Ces quelques pages d’explication sont très intéressantes et renforcent la crédibilité de ce que vous venez de lire.

Pour ce qui est de l’écriture, celle-ci est simple, sans fioriture. L’auteure y insère souvent du vocabulaire italien qui permet de mieux s’immerger dans l’intrigue et les descriptions des lieux et actions sont claires et assez précises pour qu’on les visualise sans peine.

Kate Quinn a, de nouveau, montré son talent pour la romance historique, faisant la part belle au vrai comme au faux et s’amusant à redonner vie à des passages brumeux de l’Histoire.

Note : 15/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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