décembre 2, 2020

Laurence Anyways

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De : Xavier Dolan

Avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri

Année : 2012

Pays : Canada, France

Genre : Drame

Résumé :

Le jour de son trentième anniversaire, Laurence, qui est très amoureux de Fred, révèle à celle-ci, après d’abstruses circonlocutions, son désir de devenir une femme.

Avis :

Xavier Dolan, c’est le petit génie découvert à Cannes en 2009. À l’âge de vingt ans, il débarque sur la croisette avec un premier long métrage et la dite croisette s’enflamme. Depuis, le réalisateur s’est taillé une réputation en or, et chacun de ses films est attendu comme un cadeau de noël. Mais si Xavier Dolan a ses admirateurs, c’est aussi un réalisateur qui divise. Adoré par les uns, c’est logique qu’avec un tel tapage autour de lui il soit détesté par d’autres.

S’il est clair que Xavier Dolan a un œil et un sens de l’esthétisme hors normes, il lui manquait surtout le sens de l’écriture. Son premier film, « J’ai tué ma mère« , avait su cerner de jolies manières l’adolescence, mais n’avait pas réussi à aller plus loin. « Les amours imaginaires » fut une claque visuelle, mais une déception dans son scénario, plat, creux, sans relief. Et c’est ici avec « Laurence Anyways » que Xavier Dolan arrive à joindre les deux bouts, offrant un film aussi magnifique esthétiquement parlant qu’excellent à suivre dans son intrigue. Pour son troisième film, le jeune réalisateur, âgé alors de vingt-trois ans, se lance dans un sujet assez difficile à traiter, puisqu’il y aborde la transsexualité et cela sur une durée de deux heures quarante. Deux heures quarante pas toujours justes, quelque peu longues, mais qui restent toutefois une très belle expérience.

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Laurence est en couple avec Frédérique depuis maintenant deux ans. Alors que leur amour est à son meilleur, Laurence décide d’avouer l’inavouable à son amour. Laurence n’est pas homosexuel, mais il a toujours su qu’il était piégé dans un corps d’homme. Du plus profond qu’il se souvienne, Laurence a toujours voulu être une femme. Pour sa compagne, c’est un choc, mais elle décide de l’accompagner comme elle peut dans ce changement.

Encore une fois, Xavier Dolan laisse éclater un esthétisme incroyable. « Laurence Anyways » est un petit bijou visuel. Sa mise en scène est encore une fois bourrée d’idées toutes plus jolies les unes que les autres. Une mise en scène très colorée, qui rappelle parfois le cinéma de Pedro Almodovar. Encore une fois, Xavier Dolan se trouve être exigeant dans ses cadres et la composition de ses plans, cherchant le plus beau et le meilleur. D’un point de vue visuel, Xavier Dolan a toujours su faire du très beau cinéma et ce film ne déroge pas à sa règle. « Laurence Anyways » par bien des aspects, ressemble à un rêve éveillé qui se laisse découvrir en toute liberté et en toutes métaphores. On en prend plein les yeux, on réfléchit un petit peu et l’on en ressort émerveillé, avec plein de belles scènes en tête.

Avec « Laurence Anyways« , Xavier Dolan se lance dans un film particulier, complexe, puisqu’il s’agit de parler de la transsexualité, et d’autant plus rude puisqu’il a choisi de parler d’un personne hétérosexuel, ce qui apporte une nuance plus profonde encore. Le scénario, qui est une magnifique histoire d’amour impossible, est très bien tenu, et surtout, il est parcouru de belles réflexions sur une telle décision. Le jeune réalisateur propose d’analyser les envies et peurs de cet homme, mais aussi de son entourage, à commencer par son amoureuse et la mère de ce dernier. Le film oscille tout le temps entre la romance, l’humour et le tragique et Xavier Dolan aborde cette transformation de plein fouet, tout en gardant un côté très pudique. Avec ce film, Xavier Dolan élargit son champ de réflexions, abordant l’amour dans toutes ses conditions. Il aborde aussi le regard des autres et le courage d’être ce que l’on a envie envers et contre tous. De plus, il parle aussi du temps qui passe, dans un film qui ressemble à un fleuve, puisqu’il se déroule sur plus d’une dizaine d’années. Il pose aussi la question sur les ambitions de chacun, que ce soit sur la vie ou dans le travail ou bien en amour. Bref, « Laurence Anyways« , à bien des arguments, est le film le plus riche et profond de Xavier Dolan.

Le seul petit hic que l’on peut trouver dans son film, c’est qu’il est parfois parcouru de longueurs. Des longueurs assez étranges, car elles se font sentir alors même que l’on ne s’ennuie pas pendant son film. Il y a bien un petit goût de répétitions, mais là encore, on ne s’ennuie pas. C’est donc étrange comme sensation, car on sait qu’elles sont là et en même temps, elles s’effacent.

Si sur toute l’histoire, on suit le personnage de Melvil Poupaud qui trouve là un personnage intéressant et touchant, c’est bien avec les personnages secondaires qu’on sera totalement touchés. Premièrement avec une Suzanne Clément bluffante que le réalisateur a totalement réinventée. On n’avait jamais vu Suzanne Clément ainsi et la comédienne est tout bonnement fascinante. D’une émotion rare, elle va à plus d’une reprise nous arracher des larmes. Le réalisateur réinvente aussi notre Nathalie Baye nationale qu’on n’avait pas vue aussi excellente depuis « Le petit Lieutenant » de Xavier Beauvois, c’est dire. Xavier Dolan a parfaitement su diriger ses comédiens pour obtenir le meilleur d’eux et c’est un véritable plaisir à voir. À noter qu’on peut déjà y voir dans une très belle scène Antoine-Olivier Pilon, le futur Steve de « Mommy« .

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« Laurence Anyways » est donc une très belle surprise. Avec ce troisième film, Xavier Dolan trouve enfin l’équilibre entre sa mise en scène et son histoire. Portée par des comédiens et particulièrement Suzanne Clément, Xavier Dolan nous entraîne avec grâce et esthétisme dans une très belle histoire d’amour. On en ressort conquis et ému et ça malgré les longueurs. Si « J’ai tué ma mère » et « Les amours imaginaires » nous avaient laissé dubitatifs, si « Tom à la ferme » est très appréciable, « Laurence Anyways » se range à côté de son magnifique « Mommy« .

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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