octobre 24, 2020

Les Yeux Jaunes des Crocodiles

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De : Cécile Telerman

Avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart, Alice Isaaz, Jacques Weber

Année : 2012

Pays : France

Genre : Comédie Dramatique

Résumé :

Deux sœurs que tout oppose. Joséphine, historienne spécialisée dans le XIIème siècle, confrontée aux difficultés de la vie, et Iris, outrageusement belle, menant une vie de parisienne aisée et futile. Un soir, lors d’un dîner mondain, Iris se vante d’écrire un roman. Prise dans son mensonge, elle persuade sa sœur, abandonnée par son mari et couverte de dettes, d’écrire ce roman qu’Iris signera, lui laissant l’argent. Le succès du livre va changer à jamais leur relation et transformer radicalement leurs vies.

Avis :

Cécile Telerman est une réalisatrice belge qui en treize ans n’a réalisé que trois films. Cécile Telerman étant aussi la scénariste de ses films, elle prend tout le temps dont elle a besoin pour écrire les histoires qui lui plaisent et qu’elle a envie de raconter. N’étant pas très connue, elle jouit d’une certaine liberté, car on ne peut pas dire qu’on attend le prochain film de Cécile Telerman.

Après cinq ans d’absence, elle revenait avec un film au titre intriguant et poétique à la fois, « Les yeux jaunes des crocodiles« . Tenu par deux grandes actrices, Julie Depardieu et Emmanuelle Béart, le nouveau film de Cécile Telerman était une belle énigme, car avec un titre pareil, il était difficile d’imaginer ce dont le film pouvait nous parler. « Les yeux jaunes des crocodiles » est un film à la fois doux, lumineux, amer et cruel qui aborde aussi bien la famille que le paraitre en société. Un film drôle et touchant, qui voit offrir à Julie Depardieu l’un de ses plus beaux rôles.

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Joséphine et Iris sont sœurs, mais absolument tout les oppose. Iris est une femme vaniteuse qui aime sa petite personne et qui utilise les autres. Joséphine est, quant à elle, bien trop gentille et se fait bouffer par tout le monde. Joséphine est bien souvent la victime des railleries de sa sœur, mais aussi de sa mère. Dans son coin, Joséphine écrit un roman dont l’intrigue évolue XIIe siècle. Un soir, dans un dîner mondain, alors que tous les convives se vantent de leur réussite, Iris, pour faire bonne impression, émet le fait qu’elle se lance dans une carrière d’écrivain et qu’elle bosse sur son premier roman dont l’intrigue suit une femme dans la France du XIIe siècle. L’un des amis d’Iris qui est éditeur est très intrigué par cette révélation et la harcèle pour lire les premiers jets du bouquin. Acculée, ne sachant que faire pour mettre en vérité ce mensonge, Iris va alors demander à sa sœur d’écrire le roman pour calmer l’éditeur. Alors qu’elle pensait sa sœur sans talent, quand elle présente le début du roman à son ami, l’éditeur est conquis et décide de sortir le livre pour la rentrée littéraire. Et le roman de Joséphine, sorti sous le nom de sa sœur, va devenir un véritable best-seller.

Avec ce film, Cécile Telerman réalise un beau film à la fois cynique, cruel et plein de tendresse sur la famille, sur les mensonges ou encore sur la société elle-même. Un film qui s’oppose et se complète en même temps. Déployant un panel de personnages plus vrais que nature, la réalisatrice nous entraîne dans une belle intrigue entre deux sœurs. Si le scénario a tendance à s’évaser un peu trop, notamment avec des personnages secondaires qui n’étaient pas forcément utiles, on restera tout de même accroché et emporté dans l’histoire que nous raconte Cécile Telerman et surtout par ses personnages principaux, car « les yeux jaunes des crocodiles » est avant tout un film de personnages. Partagé entre le drame et l’humour, « Les yeux jaunes des crocodiles » est un film qui touche, car les émotions qui le parcourent sont justes, même si parfois il y a un goût d’injustice insupportable qui émane de l’intrigue. Une intrigue qui parfois, dans son côté critique de la bourgeoisie, du paraître dont elle a besoin, rappelle le cinéma de Claude Chabrol. Bien entendu, on imagine bien que si le grand Claude avait tenu un scénario pareil entre les mains, le cynisme et le portrait de famille que peint ici Cécile Telerman aurait certainement été plus sombre et étouffant.

Cécile Telerman a très bien su nous raconter la complexité de la relation qu’entretiennent les deux frangines. Une relation aussi proche qu’éloignée. Une relation faite d’amour pur, mais aussi de fautes, de maladresses et de cruauté. Le film navigue entre ces sentiments et fait des allers-retours entre les bons et les mauvais moments de la vie de chacun de ses personnages. Il navigue parfaitement entre les soutiens et les abandons, les rébellions ou encore l’étouffement ressenti par le personnage de Joséphine. Bref, plus que l’intrigue en elle-même, qui est belle, prenante et originale, ce sont bien les personnages, les sentiments et les liens qui unissent ces deux sœurs qui font le film.

Comme je le disais un peu plus haut, le film a tendance à s’évaser dans des sous-intrigues qui ne sont pas utiles et ne font pas avancer l’intrigue principale. Ces sous-intrigues, même si elles sont bien tenues par leurs comédiens respectifs, apportent avec elles des longueurs. Alors que le scénario est déjà riche et intéressant, on a l’impression que Cécile Telerman pousse dans la durée, alors que ce n’était pas nécessaire, puisque tous les ingrédients présents sont là et nous tiennent. C’est donc une petite maladresse qui ternit quelque peu le film, sans pour autant l’abîmer, car au final, il reste très plaisant et touchant à suivre jusqu’au bout.

« Les yeux jaunes des crocodiles« , c’est aussi un sacré beau casting de comédiennes. Oui, de comédiennes, car ici les acteurs restent au second plan et sont assez transparents (Patrick Bruel, Samuel Le Bihan ou Quim Gutiérrez ou Jacques Weber). Ce très beau casting fait la part belle à Julie Depardieu qui, dans la peau de cette femme « trop bonne, trop conne », touche et peut même bouleverser parfois, de par sa force, sa bonne humeur et son optimisme, même dans les moments les plus injustes. On est même remué par l’étouffement de ce secret qu’elle cache à ceux qu’elle aime. Le personnage de Joséphine est vraiment magnifique dans ses retenues, ses silences, ou tout ce qu’elle peut faire dans l’ombre pour les autres. Assez sous-estimé, ce film démontre la grande actrice qu’est Julie Depardieu. En face d’elle, dans un rôle peu évident, on retrouve la grande Emmanuelle Béart. Arrogante, arriviste, exaspérante, même l’actrice trouve un rôle à sa hauteur et c’est avec plaisir qu’on va de plus en plus la détester au fur et à mesure que l’intrigue avance. Mais c’est aussi un rôle plein de nuances, qui fait que même si on la déteste, on ne peut aussi s’empêcher d’être touché par sa solitude, et son côté peu sûre d’elle. Et c’est avec ce rôle que Cécile Telerman crée une critique du paraître en société, car finalement, Iris ne sait vivre qu’à travers le regard de l’autre. Elle ne prend du plaisir dans la vie que si on l’admire et c’est dans cette recherche et ce mensonge qu’elle s’enferme et s’empoisonne. Et c’est pourquoi elle reste très touchante malgré son côté détestable. Puis enfin, côté révélation, on ne peut passer à côté d’Alice Isaaz insupportablement géniale en ado gonflante au possible et rebelle. Une ado qui mérite bien sa paire de gifles et la comédienne s’en donne à cœur joie pour être insupportable.

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Malgré ses défauts, « Les yeux jaunes des crocodiles » est donc une très belle surprise. Avec ce film, Cécile Telerman offre deux portraits magnifiques, qui sont à leur manière touchants tous les deux. Il s’agit-là d‘un beau drame, tenu par des actrices au sommet.

Note : 14/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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