octobre 29, 2020

Soudain l’Eté Dernier

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Titre Original : Suddenly Last Summer

De : Joseph L. Mankiewicz

Avec Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Montgomery Clift, Mercedes McCambridge

Année: 1960

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

A la Nouvelle-Orléans de 1937, une riche veuve, Violet Venable, propose de financer l’hôpital public Lyons View si l’un de ses praticiens, le docteur Cukrowicz, accepte de pratiquer une lobotomie sur sa nièce Catherine Holly. Celle-ci est internée depuis le décès mystérieux, durant un périple estival, de Sebastian Venable, poète et fils de Mrs Venable. La version que raconte Catherine du décès de Sebastian paraît tellement loufoque, que Violet la croit folle à lier. Avec l’aide du Dr Cukrowicz, Catherine va peu à peu recouvrer la mémoire jusqu’à révéler une vérité que certains auraient préféré rester enfouie…

Avis:

« Soudain, l’été dernier » est l’un des derniers films de Joseph L. Mankiewicz, réalisateur culte et hautement estimé dans la stratosphère du cinéma classique. Le réalisateur est connu pour nous avoir laissé des chefs-d’œuvre parmi lesquels on citera les plus connus « Cléopatre« , « La Comtesse aux pieds nus« , « Eve » ou encore « Un Américain bien tranquille » et « Le limier« .

Cette incursion dans le cinéma de Joseph L. Mankiewicz est une très belle surprise, puisque l’on y découvre un film passionnant et très troublant de par le traitement de ses thématiques, de par ce drame psychologique qui s’y trame, mais aussi de par ses acteurs incroyables et bluffants et tous les tabous que le film ose aborder. Magnifiquement filmé et mis en scène, « Soudain l’été dernier » est un film aussi inquiétant qu’il est imprévisible et bluffant. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on reste accroché et l’on retient notre souffle jusqu’à la fin aussi belle que marquante.

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1937, la Nouvelle-Orléans, le docteur Cukrowicz est un jeune chirurgien ambitieux qui rêve de travailler dans de meilleures conditions, mais faute de moyen, il opère comme il peut dans un hôpital public dont les conditions d’hygiène laissent à désirer. Une riche veuve fait appel à lui pour examiner et pratiquer une lobotomie sur sa nièce qui, de retour d’un voyage en Europe est atteinte de démence. Pendant ce voyage, cette veuve a perdu son fils et sa nièce Catherine est l’unique témoin de la mort de ce dernier. Mais le récit qu’elle en fait parait dingue. Le docteur Cukrowicz va donc s’entretenir avec cette patiente pour essayer d’en analyser la démence afin de savoir si elle est dangereuse et si une opération est nécessaire.

D’une richesse et d’une ambition incroyable, « Soudain l’été dernier » est une très bonne surprise. Adapté d’une pièce de théâtre de Tennessee Williams, Joseph L. Mankiewicz nous livre ici un film d’une densité rare et surtout terriblement osé pour l’époque, puisque le film s’aventure avec beaucoup de nuances sur des chemins à haut risque. Parfaitement écrit, jouant à la perfection avec le double sens, on pourra donc entrevoir les ombres de l’homosexualité, le cannibalisme ou encore des manipulations mentales perfides pour rejeter certaines causes sur l’autre et ainsi occulter une douleur, un deuil.

Si le scénario suit les entretiens et les doutes d’un médecin qui analyse une patiente pour accepter ou non de la lobotomiser, « Soudain l’été dernier » sera principalement la lutte féroce de deux femmes. Deux femmes aussi dures que fragilisées. Deux femmes blessées luttant pour éviter le pire. Deux femmes touchantes et passionnantes dans leurs désespoirs, leurs tristesses et leur déni. La première, incroyable et terrifiante Katharine Hepburn, tient un rôle des plus ambiguës, acceptant et refusant à la fois la mort de ce fils tant aimé avec lequel elle entretenait une relation si particulière. Sans jamais le dire, sans jamais l’évoquer même, avec seulement des attitudes, des silences, des temps morts, le film s’aventure même sur le chemin très dangereux de l’inceste. La seconde, Elizabeth Taylor, magnifique de talent et magnétique de beauté, nous emporte vers la frontière si mince entre la réalité, la folie et la douleur. L’actrice tient un rôle bouleversant qui se révèle être des plus prenants. Est-elle folle ou non ? Il faudra attendre la fin pour en être sûr, car elle aussi est terriblement ambiguë, et dans la peau de Catherine, l’actrice arrivera à nous faire plus d’une fois douter, remettant constamment en cause ce que l’on sait, ou du moins ce que l’on croit savoir et ce que l’on aimerait qu’il soit vrai. Bref, si Katharine Hepburn nous met mal à l’aise et arrive même à nous coller quelques frissons tant elle est en dehors d’une certaine réalité, Elizabeth Taylor sera saisissante et son personnage ne sera qu’une montée d’émotion jusqu’à cette dernière scène, cette dernière révélation d’une horreur absolue qui nous laissera sur les rotules, épuisé aussi bien par la tension ressentie que par la douleur du personnage.

Rarement un film n’aura été aussi éprouvant mentalement parlant et la mise en scène de Joseph L. Mankiewicz est absolument sans faille. Ingéniosité, tension, folie, romanesque, prise de risque, ayant le sens du drame, sans tomber dans le pathos, mettant mal à l’aise son spectateur pour mieux le tenir, Joseph L. Mankiewicz sait parfaitement où il veut aller et surtout comment il va nous y emmener. Et cette façon de faire, crescendo, nous livrant des bouts de vérités fragmentées tout au long de son film va nous tenir en haleine jusqu’à son générique de fin.

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Avec « Soudain, l’été dernier« , Joseph L. Mankiewicz nous livre un film brûlant et osé, qui s’aventure aussi bien dans le thriller que dans le drame psychologique. Surprenant jusqu’à la fin, le réalisateur nous éprouve, nous fait douter et garde son mystère tant qu’il peut. Et une fois ce mystère dévoilé, alors que le film était déjà incroyable, il va en devenir inoubliable !

Note : 18/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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