octobre 29, 2020

Le Premier Sang – Sire Cédric

premiersang2013

Auteur : Sire Cédric

Editeur : Pocket

Genre : Thriller

Résumé :

Par une nuit d’hiver glacée, deux flics de la criminelle, partis pour surveiller un parrain de la drogue en banlieue parisienne, mettent les pieds dans une étrange affaire. Leur principal suspect est mort brûlé vif dans son appartement et les méthodes employées ne ressemblent pas à un règlement de compte. Eva Svärta, la policière albinos, dominée par le désir obsessionnel de retrouver le meurtrier de sa mère et de sa sœur jumelle, pressent un danger imminent. Et si les fantômes du passé se mettaient à reprendre vie ? Hallucination ou réalité ?

Avis :

Depuis L’enfant des cimetières, Sire Cédric est plébiscité par les inconditionnels du thriller et du fantastique. Un univers singulier, sombre et empreint d’une poésie macabre, l’auteur offre des récits aussi étranges qu’envoûtants. D’une constance rare dans la qualité de ses écrits, sa plume dégorge autant des litres d’encre que d’hémoglobine au fil des pages. Après Le jeu de l’ombre qui touche au chef d’œuvre dans son domaine, Le premier sang poursuit dans cette exploration de l’occultisme via des enquêtes policières entrecroisées. La question n’est pas de savoir s’il s’agit d’un bon roman, mais jusqu’où peut-il nous emporter dans les méandres de l’âme humaine ?

Ce nouveau récit s’inscrit dans le sillage des précédents. Autrement dit, l’on reprend des protagonistes connus (Vauvert, Eva…) afin de retrouver rapidement ses marques, mais également de répondre à nombres d’interrogations qui entourent le traumatisme d’enfance d’Eva. L’occasion est donc donnée de la voir se confronter à ses peurs, ses souvenirs. Les personnalités sont déjà bien ancrées et tendent à évoluer de manière plus discrète qu’à l’accoutumée au fil de l’histoire. En ce sens, Le premier sang semble être un croisement entre deux périodes de vie pour chacun d’entre eux. Se libérer des fantômes du passé tout en repensant leur priorité pour l’avenir.

Pour ce faire, les investigations sont toujours menées selon un schéma bien connu. À savoir, des événements en apparence dissemblables qui se rejoignent via des liens ténus et néanmoins plausibles. La documentation concernant les méthodes policières demeure également fouillée à plus d’un titre, tout autant que les éléments ayant trait à la magie ou à la mythologie. Sans perdre le lecteur novice dans une érudition poussée, les rituels, croyances et autres pratiques occultes, s’incorporent au sein de l’intrigue sans jamais casser le rythme ou empiéter sur la progression générale.

Si Le jeu de l’ombre avait pour terme central la musique, Le premier sang se penche sur les sacrifices (au sens propre comme au figuré). De fait, il en (dé)coule tout un florilège d’hémoglobine et de souffrance. Que la douleur se propage dans la chair ou dans l’esprit, la violence est au cœur du récit. On retrouve bien là les influences de l’auteur (Clive Barker en tête), même s’il parvient à les contenir pour instaurer une atmosphère pesante et angoissante. Encore une fois, les descriptions sont étudiées de manière à servir l’intrigue, l’envelopper d’une aura délictueuse, et non la noyer dans une succession de passages dispensables.

L’équilibre entre le thriller et le fantastique reste homogène jusqu’au point de chute où le second occupe toutes les attentions. Il s’agit d’un parti pris qui plaira ou pas, mais les lecteurs qui se sont penchés sur les livres de Sire Cédric ont déjà leur idée sur la question. Les apparitions démoniaques et possessions en tout genre ne sont pourtant qu’une pièce d’un puzzle bien plus vaste que prévu. À l’instar des précédents ouvrages, on a l’impression de contempler la face cachée d’un monde invisible à nos yeux. La force de l’auteur étant de le transposer au quotidien sans sombrer dans le grotesque ou l’invraisemblable. Un peu comme si l’on posait un filtre sur notre réalité pour découvrir de nouvelles nuances, de nouveaux degrés de perception.

Au final, Le premier sang s’inscrit comme une véritable perle sombre du thriller fantastique. Cet opus magnifie la souffrance pour en retirer une poésie macabre, presque charnelle. Rythmé, immersif et d’un intérêt indéniable concernant l’occultisme et les sacrifices rituels, la progression se fait sans heurt pour fournir un travail soigné tant au niveau du style que de l’intrigue. Outre une symbolique du sang omniprésente, la quintessence même de la damnation et de la douleur auront rarement trouvé une plume aussi affûtée pour les exposer. Autrement dit, une valeur sûre.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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